Portrait

Raphy Buttet, l'artiste qui croise le fer avec la liberté 

Valérie Passello

16.2.2022

Entrer dans le 3ème âge, pour Raphy Buttet, c'est entrer dans l'Âge de fer. Passionné de sculpture depuis longtemps, il s'y consacre désormais pleinement. Sans pression, mais avec l'immense bonheur de donner corps à ce qu'il a dans la tête. Et le succès est au rendez-vous. Portrait.

Valérie Passello

16.2.2022

Le regard est malicieux, l'homme se dit heureux. «Chaque sculpture est une aventure», sourit Raphy Buttet devant sa tasse de café. Il se souvient que ces aventures-là l'ont emmené un peu partout, dans des symposiums en Suisse et à l'étranger. L'art était déjà bien présent dans sa vie avant sa retraite, pendant son temps libre. «J'ai toujours été manuel. Pour moi ce qui compte, c'est de faire», lâche-t-il simplement.  

Et comme il avait «un peu fait le tour» du bois, cet habitant de Choëx dans le Chablais valaisan, a choisi le métal pour occuper «son 3ème Âge de fer», comme il l'appelle. Il aime ce matériau pour son côté populaire et pour l'opportunité qu'il laisse à celui qui le façonne de se tromper et de recommencer. «Je fonctionne à l'envie. Il y a des artistes qui s'enferment dans leur art. Moi, je ne suis obligé de rien du tout. Je continue d'explorer.»  

Et sa liberté d'artiste, Raphy Buttet la partage avec ceux qui posent leurs yeux sur son travail. Il laisse toujours «respirer» ses créations, ménageant assez d'espace pour l'imaginaire d'autrui. D'ailleurs dans son atelier, deux grandes pointes de ballerine en fer attendent patiemment l'été pour aller danser dans l'exposition Ailyos, qui mêle art et nature entre Aigle, Leysin et les Mosses. «Je vois déjà le ciel à travers», pointe l'artiste, pour qui le contexte entourant l'objet fait partie intégrante de l'oeuvre.

Toujours une idée d'avance... ou presque

Une oeuvre, un lieu, une évidence
Sculpturevalais.ch

C'est dans le cadre d'Ailyos 2021 que Raphy Buttet a présenté «La leçon de taille», inspirée du tableau du peintre aiglon Frédéric Rouge (1867-1950). Installée sur la poya du château d'Aigle, l'oeuvre a séduit un large public durant l'exposition. La concrétisation en 3D du tableau -par ailleurs propriété de la ville- ainsi que la magie du mariage entre le lieu et la sculpture, ont décidé la commune à acquérir cette dernière. Drôle de coïncidence: la marraine de l'artiste lui avait offert jadis une assiette représentant la scène. Et, comme le Valaisan a travaillé durant trente ans dans le domaine de la vigne et du vin, cette image lui a toujours parlé. «La leçon de taille» vue par Raphy Buttet restera désormais installée au coeur des vignes, comme une évidence. Le vernissage officiel s'est tenu ce mercredi 16 février en fin de matinée.  

Amoureux de la nature, Raphy Buttet s'y échappe volontiers, comme en septembre dernier, lorsqu'il a décidé de marcher jusqu'à la mer. Mais «l'envie de taper du fer» revient toujours. Et heureusement, car les demandes affluent.

En 2021, son oeuvre «À fleur d'eau» a été récompensée par le Prix du jury de la Biennale de Montreux. Autre belle reconnaissance: la ville d'Aigle a craqué pour «La leçon de taille», inspirée d'un tableau du peintre Frédéric Rouge (voir ci-contre).

Et de nouveaux projets se dessinent, avec une exposition prévue sur les bords de la Vièze à Monthey et une autre à Gap, en France, l'été prochain. «D'habitude j'ai toujours une idée d'avance, mais là j'avoue que ça coince un peu... je pense que je vais me lancer dans quelque chose d'abstrait, pour une fois», confie Raphy Buttet.

Pas question pour autant de se mettre la pression, même si l'artiste reconnaît qu'il serait dommage de bouder les invitations, puisqu'elles lui font le plaisir d'arriver. Ce qui est certain, c'est que son esprit n'a pas dit son dernier mot: «Pour moi, faire des croquis est une étape inutile. Je vois dans ma tête exactement ce que cela va donner et puis je travaille jusqu'à ce que je sois content du résultat.»

Dans l'atelier, l'appel du métal se fait entendre. Raphy Buttet va bientôt retourner à son enclume et à ses meules: «Dans la vie, nous avons tous de grands bonheurs et de grandes traîtrises. La sculpture est là, c'est du réel et ça, ça ne me trahira jamais», conclut-il.