Une seconde jeunesse pour la pisciculture d'Estavayer-le-Lac 

lp, ats

3.11.2021 - 10:07

Abandonnée, la pisciculture d'Estavayer-le-Lac (FR) devrait revivre. Les députés fribourgeois ont accepté mercredi une motion populaire demandant la réactivation de l'installation, dont la construction avait causé une débâcle financière de 2,3 millions de francs.

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3.11.2021 - 10:07

Plus rien ne s'oppose a priori à la remise en fonction de la pisciculture d'Estavayer-le-Lac suite au soutien apporté à l'infrastructure, malgré les déboires financiers, par les députés fribourgeois (archives).
ATS

Le très long feuilleton de la pisciculture staviacoise, plus de dix ans de déboires, trouve un dénouement. Au terme d'un débat très nourri, le Grand Conseil a accepté par 87 voix contre 10 et 9 abstentions la motion populaire déposée en février 2020, munie de 2400 signatures, et demandant une réouverture pure et simple.

Le vote du volet de la remise en état a provoqué la joie de la vingtaine de défenseurs de la pisciculture venus du district de la Broye, dont la députation s'est battue pour corriger un «fiasco», selon le mot retenu par le conseiller d'Etat Didier Castella lui-même. La motion a été traitée comme une motion parlementaire.

Le temps d'agir

«Nous voulons une production d'alevins», a insisté le député UDC Jean-Daniel Chardonnens, s'étonnant de lire que le Conseil d'Etat parlait de réaffectation du site dans sa réponse. Son groupe a exigé des réponses claires sur la remise en service d'une pisciculture sur la rive sud du lac de Neuchâtel, selon une convention intercantonale.

Le PS, par la voix de Benoît Piller, a demandé la même chose, «mais avec d'autres mots». «A une question claire, le gouvernement donne une réponse vague», a-t-il conclu, en évoquant, sur le ton de la plaisanterie, une possible réaffectation en un «musée de l'incompétence» ou en un «restaurant proposant du 'fish and chips'».

Le PLR a exigé d'écouter les motionnaires. «Une réouverture et rien d'autre», a lâché Nadia Savary-Moser. Au nom du groupe Vert Centre Gauche, Cédric Péclard a déploré les quatre pages d'explications «creuses» de l'exécutif, tout rejetant, comme ce dernier, l'idée de modifier la loi sur la pêche pour inscrire le repeuplement des eaux.

Alevinage en question

Le député centriste Eric Collomb a dénoncé le «manque de considération crasse vis-à-vis des motionnaires. «Le Conseil d'Etat essaye une nouvelle fois de nous enfumer. Nous voulons une réalisation, pas une nouvelle étude sur les coûts», a-t-il noté. La motion était néanmoins soutenue par le gouvernement.

Celui-ci s'est ravisé de la sorte deux ans après avoir décidé de sous-traiter l’alevinage des poissons du lac de Neuchâtel à la pisciculture intercantonale de Colombier (NE), sur la rive nord. Un projet de décret pourra ainsi être présenté «dans le courant de l’an prochain». Le texte intégrera l'alevinage, a promis Didier Castella.

Le commissaire du gouvernement a rappelé toutefois que la pratique pourrait être remise en question, l'alevinage ne constituant pas nécessairement la panacée pour remédier au déclin des poissons dans les lacs et cours d’eau. Quant au flou de la réponse de l'exécutif, il a été mis sur le compte du manque de temps par Didier Castella.

«Victoire du bon sens»

Le oui tombé mercredi a réjoui la députation broyarde, dont la mobilisation avait conduit à l'instauration d'une Commission d'enquête parlementaire (CEP) en février 2020. Débattu il y a un mois, le rapport a livré des conclusions très sévères sur les manquements du Conseil d'Etat et proposé de relancer la structure.

Eric Collomb, vice-président de la CEP, avait alors parlé de «victoire du bon sens», après trois ans de tergiversations. La CEP estime à 1,4 million de francs, un million net avec des remboursements, l’investissement pour une remise en fonction, contre 1,5 million dans l’appréciation du Conseil d’Etat en 2019.

La CEP a pointé des responsabilités à tous les niveaux de l’Etat dans la déconfiture d'un site qui n’a jamais fonctionné depuis son inauguration en 2016. «La déception, voire la colère face au gâchis de ressources publiques, est parfaitement compréhensible et le gouvernement la partage», a admis le Conseil d’Etat dans son rapport.

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