Histoire50 ans après, une Espagne divisée se souvient de la mort de Franco
ATS
18.11.2025 - 07:52
Entre volonté de réhabiliter les victimes du régime et souhait de ne pas «rouvrir les blessures», le 50e anniversaire de la disparition de Franco, mort le 20 novembre 1975 après des décennies d'une brutale dictature, illustre les divisions de l'Espagne face à son passé.
Francisco Franco (1892-1975), général et dictateur espagnol, avec son épouse Carmen Polo (1900-1988) et les officiers de l'état-major, photo non datée. (KEYSTONE/PHOTOPRESS-ARCHIV/Str)
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18.11.2025, 07:52
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Après la sanglante guerre civile (1936-1939) qui mit fin à la République espagnole, Franco a gouverné l'Espagne de manière implacable pendant 36 ans, mais après son décès, aucun responsable du régime n'a été jugé, grâce à l'adoption d'une loi d'amnistie qui a bénéficié aux deux camps.
Et depuis, le pays n'a toujours pas eu un débat apaisé pour élaborer un consensus sur cette période, résume Paloma Román, docteure en Sciences politiques et directrice de l'École de gouvernement de l'Université Complutense de Madrid.
«Si, au lieu de nettoyer, vous mettez la poussière sous le tapis, quand vous enlèverez le tapis, la poussière sera toujours là», observe l'analyste.
Un sondage publié en octobre a surpris en montrant que, bien qu'une majorité d'Espagnols considèrent la dictature comme mauvaise, un Espagnol interrogé sur cinq (21%) estime que la période franquiste a été bonne ou très bonne pour le pays.
Un résultat en accord avec l'augmentation de la popularité de Franco parmi les jeunes Espagnols, qui ont souvent de maigres connaissances sur cette époque et qui sont très perméables à des éléments de propagande largement diffusés sur les réseaux sociaux, selon les experts.
«C'est un problème d'éducation (...) Les personnes qui n'ont pas vécu la dictature peuvent être entraînées par ce récit de réécriture», avertit Paloma Román.
Polarisation politique
La forte polarisation politique régnant en Espagne achève d'approfondir ces divisions, selon l'analyste: le gouvernement actuel de gauche a fait de la réhabilitation de la mémoire des victimes du franquisme un de ses chevaux de bataille, mais la droite et l'extrême droite refusent, elles, de «rouvrir les blessures» du passé.
L'exécutif conduit par le socialiste Pedro Sánchez, qui a exhumé Franco en 2019 du mausolée de la Valle de los Caídos – désormais Valle de Cuelgamuros-, a promu en 2022 une loi sur «la Mémoire démocratique» qui a notamment créé un registre des victimes et ordonné le retrait des symboles franquistes de l'espace public.
Mais pour le Parti populaire (PP) conservateur, principal parti d'opposition, Pedro Sánchez utilise ainsi le «joker Franco» pour masquer la fragilité de son gouvernement, affaibli par plusieurs affaires judiciaires et par sa difficulté à faire adopter des lois au Parlement.
Et Vox, le représentant d'une extrême droite encore résiduelle il y a moins d'une décennie mais devenue la troisième force politique du pays, a même fait du gouvernement de Pedro Sánchez «le pire gouvernement en 80 ans d'histoire», une période qui inclut donc la dictature franquiste.
«Je le respectais énormément»
Après une messe en mémoire du dictateur qui sera célébrée jeudi à la demande de sa famille et de la Fondation Franco, vendredi aura lieu à Madrid une manifestation de la Phalange, le parti fasciste qui fut l'un des piliers du régime, avant, samedi, un autre rassemblement... à l'appel d'un comité antifasciste sous le mot d'ordre «50 ans d'impunité franquiste».
Aucun acte officiel n'est prévu le 20 novembre, mais le lendemain, une cérémonie aura lieu au Palais royal et une autre au Parlement pour marquer la restauration de la monarchie en Espagne, sans son principal protagoniste toutefois, le roi émérite Juan Carlos, couronné le 22 novembre 1975.
Ayant abdiqué en 2014 en faveur de son fils Felipe VI, Juan Carlos fut pour beaucoup un homme-clé dans le chemin de l'Espagne vers la démocratie après la mort de Franco, qui l'avait officiellement désigné comme son successeur.
Mais des scandales financiers et des relations extraconjugales ont érodé son image publique ces dernières années et l'ont conduit à s'exiler à Abou Dhabi en 2020.
Et il a de nouveau suscité la controverse ces derniers jours avec la publication de ses mémoires, dans lesquelles il se réfère justement à Franco en des termes élogieux: «Je le respectais énormément, j'appréciais son intelligence et son sens politique (...). Je n'ai jamais permis que quiconque critique (Franco) en ma présence».
Des «louanges» critiquées par Pedro Sánchez la semaine dernière.