Environnement

Consommer à outrance est aussi un facteur de réchauffement

afp

19.1.2022 - 09:45

Plus de 500 milliards de tonnes de matières vierges ont été utilisés dans le monde depuis l'accord climat de 2015, dont moins de 10% sont ensuite recyclées, alerte un rapport paru mercredi. Selon le document, le monde néglige l'impact climatique de son appétit pour la consommation de biens.

epa07365367 Selected organic waste collected for compost fermentation at a waste treatment complex in the town of Roshal, Moscow region, Russia, 12 February 2019. EcoLine Voskresensk operating company started its work in December 2018 as one of twelve household waste utilization enterprises, constructed by Moscow regional government. Moscow region (without city of Moscow) produces seven million tons of household garbage per year. Traditional way of waste burial causes increasing protests of people and growing ecological problems. Such kind of factories sorting waste return around 10-15 percent of garbage (paper, plastic, glass, metal) for secondary usage after processing. Organic waste after fermentation produces compost. Nevertheless 40 percent of waste must be buried or burnt. One factory can develop 350 thousand tons per year. EPA/SERGEI CHIRIKOV
Avec une économie plus circulaire, une extraction de ressources et une consommation réduites de 28%, le monde aurait une chance de limiter le réchauffement à 1,5°C par rapport aux niveaux pré-industriels, selon le rapport. Or aujourd'hui, l'humanité consomme 70% de ressources vierges en trop par rapport à leur capacité de renouvellement. (image d'illustration)
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19.1.2022 - 09:45

Construction, alimentation, moyens de transport... 70% des émissions de gaz à effet de serre sont aujourd'hui liées à la production manufacturière et à l'utilisation des biens produits, selon le rapport annuel de la Circle Economy sur la consommation de matières. Pour ces chercheurs, les engagements climatiques des Etats se concentrent souvent sur les émissions liées aux énergies fossiles, en oubliant l'appétit croissant pour les produits de toutes sortes.

Seul un tiers de ces promesses mentionnent l'économie circulaire dans leurs objectifs. «Si nous repensions notre relation aux objets, qu'est-ce que cela nous apporterait? Eh bien, pas mal de choses», selon Matthew Fraser, directeur de recherche.

Avec une économie plus circulaire, une extraction de ressources et une consommation réduites de 28%, le monde aurait une chance de limiter le réchauffement à 1,5°C par rapport aux niveaux pré-industriels, selon le rapport. Or aujourd'hui, l'humanité consomme 70% de ressources vierges en trop par rapport à leur capacité de renouvellement.

Trop de déchets

Sur la base des flux commerciaux, The Circle Economy a estimé que les matières consommées annuellement sont passées de 89,8 milliards de tonnes en 2016, à 101,4 en 2021. En 2020, seuls 8,6% ont été ensuite recyclés, l'essentiel finissant en déchet, la demande de consommation dépassant les efforts, réels, en faveur du recyclage et de la réutilisation.

«Même si les biens gagnent en efficacité – ordinateurs plus petits, voitures plus légères, amélioration du recyclage... – cela ne compense pas la croissance de la demande», constate M. Fraser. Des améliorations sectorielles peuvent encore venir, mais ne dispenseront pas d'une réduction globale de la consommation: pour le chercheur, le modèle qui dans les pays riches permet aujourd'hui de se faire livrer en quelques heures un produit fabriqué de l'autre côté du globe «devra inévitablement changer».

Le rapport évoque aussi la nécessaire réparabilité des équipements électriques (qui contiennent des métaux précieux), prône une restriction des plastiques à usage unique, l'essor du partage et de la location. La construction a aussi une grande marge de progrès, note-t-il, en développant des modes de déconstruction plus favorables à l'environnement.

«Angle mort»

Aux gouvernements aussi de réorganiser leurs systèmes de soutien, pour qu'il coûte enfin moins cher de recourir aux matériaux issus du recyclage plutôt qu'aux neufs. «Pourrions-nous être plus stricts quant au métabolisme de notre économie? De la même manière que vous n'aimeriez pas consommer de la malbouffe tout le temps», s'interroge le chercheur.

La question reste «un angle mort» pour les Etats, qui ne mesurent même pas leur empreinte «matières», regrette-t-il, anticipant une possible pression à venir de la part de l'opinion.

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