Serbe, le premier vampire?«Quand ils lui ont enfoncé un pieu dans le coeur, du sang frais s'est mis à couler...»
ATS
30.6.2025 - 07:46
La Roumanie est connue comme le pays de Dracula mais c'est en Serbie, il y a 300 ans, qu'un vampire aurait été vu pour la première fois. Aujourd'hui, le petit village de Kisiljevo aimerait reconquérir son titre de berceau des vampires et les touristes qui vont avec.
Mirko Bogicevic, 68 ans, habitant local et chroniqueur du village, passe devant les cimetières de Kisiljevo le 23 juin 2025. La Roumanie est connue comme le pays de Dracula, mais c'est en Serbie, il y a 300 ans, qu'un vampire aurait été vu pour la première fois. Aujourd'hui, le petit village de Kisiljevo aimerait bien récupérer son titre de berceau des vampires, et les touristes qui vont avec. Pour retrouver Petar Blagojevic, le premier des vampires, il faut entrer dans un petit cimetière coincé entre trois champs de maïs et un lac, à une centaine de kilomètres à l'est de Belgrade. Sous une chaleur étouffante, on marche derrière les tombes pour découvrir de vieilles pierres tombales sous un tas de broussailles. (Photo : OLIVER BUNIC / AFP)
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Keystone-SDA
30.06.2025, 07:46
30.06.2025, 07:51
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Pour remonter la trace de Petar Blagojevic, le premier des vampires, il faut pénétrer dans un petit cimetière coincé entre trois champs de maïs et un lac, à une centaine de kilomètres à l'est de Belgrade pour découvrir entre les broussailles de vieilles pierres tombales.
C'est ici qu'au début de l'été 1725, des villageois ont déterré le corps de Peter Blagojevic qu'ils soupçonnaient de se réveiller d'entre les morts la nuit pour tuer des innocents. «C'était un jour de juin ou juillet. Ils ont appelé un prêtre et ouvert la tombe», explique Mirko Bogicevic, dont la famille vit ici depuis onze générations.
Une mission de Vienne
«Ils ont trouvé un corps totalement intact. Quand ils lui ont enfoncé dans le coeur un pieu fait de bois d'aubépine, du sang frais s'est mis à couler de sa bouche et de ses oreilles. Tous ceux qui étaient là ont pu voir qu'il ne s'agissait pas d'une blague», atteste l'ancien maire du village et biographe officieux de Petar Blagojevic.
«C'était probablement un homme ordinaire qui a eu la chance, ou la malchance, de devenir un vampire. Tout ce que l'on sait de lui, c'est qu'il venait de Kisiljevo. Son nom apparaît dans les registres à partir de 1700 environ», poursuit-il en tenant à la main la copie du Wienerische Diarum du 21 juillet 1725, la gazette de la cour de Vienne. L'histoire s'est en effet vite répandue.
Quand les officiers qui occupent à cette époque le territoire serbe racontent ces événements à leurs supérieurs, «une mission est envoyée de Vienne pour enquêter», explique Clemens Ruthner, directeur du centre d'études européennes au Trinity College de Dublin.
Des médecins autrichiens arrivent à Kisiljevo et donnent naissance au mot «vampire», dont l'étymologie reste encore aujourd'hui un mystère. «Il existe un vieux mot bulgare, Upior, qui veut dire 'mauvaise personne'. Selon moi, les villageois ont marmonné ce mot plusieurs fois, les docteurs ont mal compris et noté 'vampire' dans leur rapport», avance M. Ruthner.
Baguettes dans le sol
Sous la plume des Autrichiens, le mot était né, le vampirisme aussi. Trois cents ans plus tard, plus personne ne sait que la Serbie fut le berceau du premier vampire, mais plusieurs habitants de Kisiljevo entendent bien se rattraper. Ce sont eux qui ont retrouvé la tombe de Blagojevic, dont l'emplacement avait été tu, par oubli et superstition.
«Nous avons mené l'enquête il y a quelques années avec des sourciers, des personnes qui localisent les noeuds d'énergie dans la terre», explique Nenad Mihajlovic, professeur d'histoire. «Juste à côté de là où nous nous trouvons, quelque chose de vraiment inhabituel s'est produit: les baguettes qu'ils utilisaient se sont littéralement enfouies dans le sol. Le sourcier n'avait jamais rien vu de tel».
«Cette tombe, dont la pierre tombale s'est érodée au fil des siècles, présentait des signes de quelque chose de très inhabituel», ajoute cet homme 62 ans en montrant la pierre sous laquelle aurait été enterré le vampire. Son corps, une fois déterré, a finalement été brûlé et ses cendres jetées dans le lac.
De toutes ces histoires, ils sont plusieurs à espérer tirer profit. «Le potentiel est immense», espère Dajana Stojanovic, directrice de l'office du tourisme. «De nombreux mythes et légendes sont liés à notre région. Et je ne parle pas seulement de l'histoire de Petar Blagojevic, mais aussi de la magie valaque. Chaque village a ses propres traditions», ajoute-t-elle en référence aux rites, parfois taxés de magie noire, qui existent encore dans cette région frontalière de la Roumanie.
Epidémie d'anthrax
«Je crois qu'il existe des choses qu'on ne peut pas expliquer», abonde Mirko Bogicevic. «Nos âmes ne sont pas juste en nous. Et si on croit en la vie après la mort, en Jésus, pourquoi ne pas croire à tout ça?»
«Le vampirisme, comme la sorcellerie, sont des modèles très courants pour expliquer ce qu'on ne peut pas expliquer, surtout des phénomènes collectifs comme les épidémies», avance M. Ruthner en s'appuyant sur la théorie d'une épidémie d'anthrax qui aurait fait rage au début du XVIIIe siècle en Serbie et qui aurait été responsable des morts attribuées à l'époque à Blagojevic.
«Le récit du vampirisme est une pensée magique. Plutôt que d'imaginer une raison inconnue, comme les bactéries, vous trouvez un coupable: une personne maléfique meurt et entraîne d'autres personnes avec elle dans la tombe».
A Kisiljevo, dans le doute, on garde ici et là des bouteilles de Rakija, l'eau-de-vie serbe, à l'ail et au piment, au cas où.