«Un burst de type 2» Observation inédite: voici à quoi ressemble une tempête stellaire!

ATS

12.11.2025 - 20:05

Une tempête stellaire provenant d'une étoile hors du système solaire a été détectée pour la première fois par des astronomes, un évènement dont la puissance questionne les conditions d'habitabilité des exoplanètes évoluant près de ce type d'étoiles.

Keystone-SDA

Pour obtenir cette observation, les scientifiques se sont plongés dans des données archivées par LOFAR, le gigantesque réseau de télescopes répartis à travers l'Europe, et piloté conjointement par l'Institut néerlandais de radioastronomie (ASTRON) et l'Observatoire de Paris-PSL.

«Depuis 2016, on est en train de faire un grand relevé de l'hémisphère nord», explique à l'AFP Cyril Tasse, astronome à l'Observatoire de Paris et co-porteur de l'étude publiée mercredi dans Nature.

«LOFAR, c'est bon pour faire de la physique extra-galactique, les trous noirs, les galaxies, etc. Mais on a toujours des étoiles dans le champ de vue du télescope et généralement, on ne s'intéresse pas à ces objets-là», souligne l'astronome.

Or LOFAR ne fonctionne pas comme les télescopes traditionnels. Il détecte les phénomènes physiques les plus extrêmes et les plus énergétiques. Des phénomènes qui émettent des signaux radios relativement stables au fil du temps.

Les chercheurs de l'Observatoire de Paris ont donc intégré à LOFAR un module mathématique qui permet d'enregistrer dans le même temps ce qui se passe pour les étoiles qui se trouvent dans son champs de vision, bien qu'elles ne soient pas étudiées.

«C'est une méthode qui permet d'aller surveiller le flux de ces étoiles», explique Cyril Tasse.

En 2022, une équipe internationale a décidé d'aller voir «ce qui était tombé dans les filets». Et ils sont tombés sur un signal datant du 16 mai 2016.

133 années-lumière

Il n'a duré qu'une minute, et provenait d'une étoile naine rouge, nommée StKM 1-1262, située à plus de 133 années-lumière.

Les chercheurs ont rapidement identifié un burst de type 2.

«Un burst de type 2, c'est une éjection de masse coronale, ce qu'on appelle les tempêtes solaires», explique Cyril Tasse. «Ces tempêtes solaires, par définition, on ne les observe que sur le Soleil. Et là, ça vient d'une autre étoile que le Soleil. C'est donc une éjection de masse coronale extrasolaire et c'est la première fois qu'on en détecte une», souligne-t-il.

Les chercheurs ont également réussi à évaluer la puissance de cette tempête, impressionnante, puisque «l'éjection de masse est au moins 10.000 fois plus violente que les tempêtes solaires connues», indique l'astronome.

Ce qui ouvre de nouvelles perspectives pour les exoplanètes, ces planètes situées hors du système solaire.

Car les naines rouges, dont la masse représente entre 10 et 50% de celle du Soleil, sont les hôtes les plus fréquents de planètes de masse terrestre, rappellent les chercheurs de l'Observatoire de Paris dans un communiqué accompagnant l'étude.

«Cette première détection radio inaugure une nouvelle ère pour la météorologie de l'espace appliquée à d'autres systèmes stellaires», estime Philippe Zarka, directeur de recherche à l'Observatoire de Paris-PSL et contributeur de l'étude. «Ce domaine émergeant ouvre des perspectives majeures pour comprendre comment l'activité magnétique des étoiles influence les conditions d'habitabilité des planètes qui les entourent», ajoute-t-il.

Tempêtes et exoplanètes

Quand notre soleil connait une éjection de masse coronale, «des satellites sont parfois obligés de se mettre en protection», rappelle Cyril Tasse. «Le vent stellaire ou le vent solaire peuvent arracher des atmosphères. C'est ce qui s'est passé sur Mars probablement».

Là, il semble que les petites étoiles de type naine rouge puissent adopter des comportements «beaucoup plus erratiques et violents que le Soleil», souligne le chercheur.

«L'implication, c'est que ces étoiles-là peuvent être plutôt inhospitalières, quand on parle de la vie et des exoplanètes», avec des tempêtes si puissantes qu'elles seraient susceptibles «de détruire les atmosphères planétaires» environnantes, conclut-il.