Procès chez les antiquairesLeurs faux meubles royaux étaient si parfaits qu'ils ont berné Versailles !
ATS
11.6.2025 - 15:51
Leurs faux meubles royaux du XVIIIe étaient si parfaits qu'ils ont leurré tout le marché de l'art: la justice française a condamné mercredi deux figures du monde feutré des antiquités qui, entre «jeu» et «appât du gain», ont dupé jusqu'au célébrissime château de Versailles.
Six personnes, au premier rang desquelles l'expert référence du mobilier royal du XVIIIe et un menuisier-ornemaniste de réputation internationale, ainsi qu'une prestigieuse galerie d'antiquaires ont comparu au début du printemps près de Paris, en lien avec un trafic de fausses chaises d'époque entre 2008 et 2015. (image prétexte)
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Keystone-SDA
11.06.2025, 15:51
ATS
Six personnes, au premier rang desquelles l'expert référence du mobilier royal du XVIIIe et un menuisier-ornemaniste de réputation internationale, ainsi qu'une prestigieuse galerie d'antiquaires ont comparu au début du printemps près de Paris, en lien avec un trafic de fausses chaises d'époque entre 2008 et 2015. Un scandale qui a secoué le microcosme des antiquaires et du patrimoine.
Dandy haut en couleurs, costume trois-pièces et cheveux longs, l'expert Bill Pallot a été reconnu coupable d'avoir organisé la fabrication et la vente de fausses chaises rarissimes comme des chaises du Barry, du nom de la dernière favorite du roi Louis XV, ou encore des fauteuils Jacob pour la reine Marie-Antoinette.
Interdiction d'exercer pendant 5 ans
La justice a condamné cet ancien professeur à l'Université de la Sorbonne à quatre ans d'emprisonnement dont quatre mois ferme, 200'000 euros d'amende et une interdiction pendant 5 ans d'exercer la fonction d'expert dans quelque domaine qu'il soit.
«On s'est dit qu'on allait faire ça par jeu, pour voir si le marché de l'art voyait ou voyait pas (...). C'est passé comme une lettre à la poste», s'était-il délecté à la barre lors du procès, ne se faisant pas prier pour disserter devant les juges sur l'art et la passion nécessaires à la fabrication d'un bon faux.
Fabriqués avec des carcasses d'époque
Le tribunal a également condamné à trois ans de prison dont quatre mois ferme et 100'000 euros d'amende son acolyte Bruno Desnoues, menuisier réputé du faubourg Saint-Antoine, quartier historique du travail du bois à Paris, qui a fabriqué les meubles à partir de carcasses d'époque.
À l'audience, ce meilleur ouvrier de France s'était efforcé de se présenter en humble artisan désintéressé par l'argent et seulement motivé par l'amour de son art, «le plaisir de travailler, de faire des belles choses».
«Quand je suis arrivé il y a quarante ans dans le faubourg Saint-Antoine, c'était des copies, des copies, des copies. Ce genre de chaises, on en faisait toute la journée», avait expliqué le maître menuisier de 69 ans.
Près de 1,2 million d'euros de commissions
Le duo a empoché près de 1,2 million d'euros de commissions. Les galeries et maisons d'enchères bien davantage encore, qui ont vendu en ignorance de cause – mais avec des marges mirifiques – ces meubles au château de Versailles ou à des milliardaires.
Accusée d'avoir procédé à des vérifications insuffisantes, la prestigieuse galerie d'antiquaires Kraemer a été relaxée. Le parquet avait requis à son encontre une amende de 700'000 euros.