Espèce invasive Petite mais costaude, la «fourmi électrique» est à nos portes: faut-il s'inquiéter ?

Valérie Passello

30.4.2026

Trois foyers de fourmis électriques (Wasmannia auropunctata) ont été découverts dans le Var, en France. Il n'est donc pas impossible de voir cette espèce de fourmi hautement invasive passer les frontières suisses. Comment la reconnaître ?  Que risque-t-on exactement ? Eclairage avec le biologiste spécialiste des fourmis Daniel Cherix.

Si elle s'installe discrètement, la Wasmannia auropunctata n'en menace pas moins les espèces de fourmis locales, qui sont vulnérables face aux congénères venues de l'extérieur: «Elles vont se développer en réseaux, se mettre à élever des pucerons et éventuellement favoriser certaines maladies, en plus d’éliminer ou de repousser la faune des fourmis locales», énumère Daniel Cherix.
Si elle s'installe discrètement, la Wasmannia auropunctata n'en menace pas moins les espèces de fourmis locales, qui sont vulnérables face aux congénères venues de l'extérieur: «Elles vont se développer en réseaux, se mettre à élever des pucerons et éventuellement favoriser certaines maladies, en plus d’éliminer ou de repousser la faune des fourmis locales», énumère Daniel Cherix.
Droits réservés: J. Casevitz-Weulersse

Valérie Passello

Elle vient d'Amérique du sud, mais est parvenue jusqu'en Europe. Comment? Probablement en se dissimulant dans des plantes exotiques importées par l'être humain. La Wasmannia auropunctata, dite «fourmi électrique» est petite par la taille (1,5 mm pour les ouvrières, 3mm pour les reines), mais elle est capable de faire de gros dégâts sur notre biodiversité car elle forme des supercolonies de plusieurs centaines, voire milliers de reines et d’ouvrières.

Il y a trois semaines, le département du Var, situé à moins de 500 km de la Suisse, détectait la présence d'un troisième foyer de ces fourmis invasives. Pour tenter d'éradiquer le problème, la décision a été prise par la préfecture de traiter les deux premiers foyers par saupoudrage de produit insecticide, indique le journal «Le Monde».

Spécialiste des fourmis, le biologiste Daniel Cherix est très actif dans la lutte contre les espèces invasives. Contacté par blue News, il raconte notamment: «À l'époque, nous avions lutté contre cette espèce sur les îles Galapagos en utilisant de l’hormone juvénile mélangée à un appât, qui stoppe la ponte des reines sans aucun dégât pour l’environnement».

L'expert explique: «La fourmi électrique a toutes les caractéristiques d'une espèce envahissante: elle est de petite taille, efficace en reproduction et elle ne construit pas de nid, mais plutôt de petites propagules qui se logent à l'intérieur des feuilles des plantes tombées au sol».

L'ouvrière mesure 1,5 mm.
L'ouvrière mesure 1,5 mm.
Droits réservés: J. Casevitz-Weulersse

Si elle s'installe discrètement, la Wasmannia auropunctata n'en menace pas moins les espèces de fourmis locales, qui sont vulnérables face aux congénères venues de l'extérieur: «Elles vont se développer en réseaux, se mettre à élever des pucerons et éventuellement favoriser certaines maladies, en plus d’éliminer ou de repousser la faune des fourmis locales», énumère le biologiste.

Une piqûre douloureuse

Jusqu'ici, ce minuscule et néanmoins redoutable insecte n'a pas été aperçu en Suisse, indique le spécialiste. Ce qui ne signifie pas que la fourmi électrique n'y a pas encore posé les pattes. «Souvent, on les découvre par hasard: c'est plus facile quand elles sont installées», note Daniel Cherix. Le hic, c'est que dans ce cas, il est très difficile de s'en débarrasser.

Parmi d'autres espèces de fourmis envahissantes, Daniel Cherix cite l'exemple de la Tapinoma magnum, une fourmi un peu plus grande, noire et mordeuse, venue du Sud de la France et désormais installée en Suisse, notamment dans les cantons de Vaud, de Genève, du Valais et en Suisse alémanique. «La Tapinoma magnum nous a été signalée en 2012 par un désinfestateur», raconte le biologiste, qui ajoute: «Elle a causé des problèmes aux visiteurs du cimetière de Cully: il y en avait tellement que les gens n'arrêtaient pas de se faire mordre et n'arrivaient plus à fréquenter le lieu!»

Pour en revenir à la fourmi électrique, celle-ci n'est pas mordeuse, mais piqueuse: «elle possède un aiguillon exceptionnel», indique le spécialiste, capable de percer la peau humaine.

Contrairement aux fourmis rouges ou noires, dont la piqûre est désagréable mais vite oubliée, celle de la fourmi électrique -d'où son surnom- provoque des douleurs comparables à des brûlures d'ortie, mais plus fortes et prolongées. Elles peuvent aussi entraîner des réactions plus importantes chez les personnes allergiques. «Si vous avez dix individus qui vous tombent dans le cou et qui vous piquent, vous vous en souviendrez», estime Daniel Cherix.

Une myriade de fourmis électriques s'attaque à une main.
Une myriade de fourmis électriques s'attaque à une main.
Droits réservés: J. Casevitz-Weulersse

Ouvrir l'oeil et signaler

Même avec une bonne vue, il est quasiment impossible de reconnaître une fourmi électrique à l'oeil nu, souligne encore l'expert: «Il faudrait l'observer au binoculaire pour l'identifier. Mais c'est finalement à la piqûre qu'on la reconnait le plus facilement».

Son conseil: «Si vous observez quelque chose de bizarre, le mieux est d'envoyer un échantillon au Naturéum à Lausanne». Ce sont alors les équipes du Département de zoologie qui se chargeront de dire de quelle espèce il s'agit.