Etude de l'UNIGE

La voix maternelle réduit la douleur chez les prématurés

nt, ats

5.9.2021 - 11:43

La voix maternelle diminue les signes de douleur chez les bébés prématurés, lorsqu'ils subissent des interventions médicales nécessaires à leur survie. La présence parentale a un réel impact sur leur bien-être et leur développement, selon une étude de l'Université de Genève.

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5.9.2021 - 11:43

(image d'illustration)
Depuis plusieurs années, des études démontrent que la présence maternelle ou paternelle a un véritable pouvoir apaisant sur l’enfant.(image d'illustration)
KEYSTONE

Un bébé né prématurément doit souvent être séparé de ses parents et placé en couveuse aux soins intensifs. Durant parfois plusieurs semaines, il sera soumis à des procédures médicales de routine parfois douloureuses (intubation, prise de sang, sonde alimentaire, etc.), sans que l'on puisse le soulager par trop d'analgésiques, risqués pour son développement, a indiqué l'Université de Genève dans un communiqué.

Toutefois, depuis plusieurs années, des études démontrent que la présence maternelle ou paternelle a un véritable pouvoir apaisant sur l’enfant. Notamment grâce aux modulations émotionnelles de la voix.

Piqûre au talon

Pour vérifier ces hypothèses, l'équipe de Didier Grandjean, professeur à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation (FPSE) a suivi vingt bébés prématurés de l'Hôpital Parini en Italie en collaboration avec ce dernier et l’Université de la Vallée d’Aoste.

Les scientifiques ont demandé à la mère d'être présente lors de la prise de sang quotidienne, qui se fait via l’extraction de quelques gouttes de sang sur le talon.

«Nous avons axé cette étude sur la voix maternelle, car lors des premiers jours de vie, il est plus difficile pour le père d'être présent, en raison des conditions de travail qui n’accordent pas toujours des jours de congé», précise la première autrice de l'étude, la chercheuse Manuela Filippa.

Comparaisons parlantes

L'étude s’est faite en trois phases réparties sur trois jours permettant la comparaison: une première piqûre était prise sans la présence de la mère, une seconde avec la mère qui parlait au bébé et une troisième avec la mère qui chantait pour le bébé. L'ordre de ces conditions changeait aléatoirement.

Dans un premier temps, l’équipe de recherche a observé si la douleur du bébé diminuait en présence de la mère. Pour ce faire, elle s'est fondée sur l’échelle de la douleur PIPP (Preterm Infant Pain Profile), qui établit une grille de codage entre 0 et 21 des expressions du visage et des paramètres physiologiques (battement du cœur, oxygénation) attestant un ressenti douloureux du bébé.

Les résultats sont significatifs: le PIPP se situe à 4,5 lorsque la mère est absente et chute à 3 lorsque la mère parle à son bébé. Lorsque la mère chante, le PIPP est à 3,8.

Ocytocine à la hausse

«Cette différence avec la voix parlée s’expliquerait notamment par le fait que la mère adapte moins ses intonations vocales à ce qu’elle perçoit chez son bébé lorsqu’elle chante, car elle est en quelque sorte contrainte par le cadre de la mélodie. Ce qui n’est pas le cas lorsqu’elle parle», souligne le professeur Didier Grandjean.

Grâce à un prélèvement indolore salivaire avant que la mère ne parle ou ne chante et après la piqûre au talon, l'équipe de recherche a constaté que le taux d’ocytocine a passé de 0,8 picogramme par millilitre à 1,4 lorsque la mère parlait. «Au niveau de l'ocytocine, il s'agit d'une augmentation significative!», se réjouit Manuela Filipa.

Ces résultats, publiés dans la revue Scientific Reports, démontrent l'importance de réunir les parents et l’enfant, surtout dans le contexte délicat des soins intensifs.

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