Vous avez trouvé une erreur?
Signaler maintenant
Le Tribunal cantonal valaisan devra conclure ou non au rejet de l'appel d'un ressortissant afghan accusé d'avoir roué de coups son épouse (photo d'illustration).
ATS
Un Afghan a comparu, mercredi, devant le Tribunal cantonal valaisan. L'homme a dû répondre de tentative d'assassinat sur son épouse. En première instance, le Tribunal de Martigny l'avait condamné à 10 ans de prison ferme et à une expulsion de 15 ans de Suisse.
Le 21 novembre 2022, l'accusé a poussé au sol son épouse. Il a alors saisi une branche de 80 cm et l'a battue à l'arrière du crâne, puis sur l'ensemble du corps. La scène aura duré près de 10 minutes. Une femme âgée a d'abord tenté d'arrêter ces coups. N'y parvenant pas, elle a alerté deux hommes, qui sont parvenus à stopper la scène de violence, en pleine forêt.
La victime a subi un traumatisme crânien, une atteinte à une vertèbre cervicale et des fractures de l'orbite et du sinus maxillaire gauche.
«Je ne comprends toujours pas les accusations de mon épouse», a-t-il d'abord précisé lors de son audition devant le TC. «Je me souviens juste d'avoir bu une bouteille de vodka, puis d'avoir marché 200 mètres. Ensuite, je ne me rappelle de plus rien jusqu'à mon arrivée au poste de police.»
Quelques minutes plus tard, l'accusé a modifié sa version: «le jour où j'ai frappé ma femme, j'ai été idiot, mais les choses que j'ai bues (ndlr: juste avant) ont pu m'influencer. Si personne n'était intervenu, J'aurais pu lui faire encore plus mal. Je ne me suis pas rendu compte des conséquences. Je m'excuse auprès de ma femme et mes enfants. J'assume mes responsabilités.»
Et de préciser: «j'adorais ma femme et je l'adore toujours. Je ne l'ai jamais frappé avant ce jour-là.»
«Je tiens aussi à m'excuser auprès de toutes les femmes et toutes les mères du monde, notamment la mienne. Mon acte n'a rien à voir avec la culture de mon pays», a-t-il tenu à préciser.
Interrogé par le président de la Cour, Christophe Pralong, le prévenu a refusé de parler de choc culturel, lors de son arrivée en Suisse, pour lui ou sa famille. «A l'âge de 16 ans, je suis parti durant 4 ans en Russie, puis j'ai travaillé avec de nombreux ressortissants étrangers à Kaboul (ndlr: il assurait leur sécurité), ainsi qu'une association qui défendait le droit des femmes», a-t-il raconté.
«Cette affaire est d'une gravité extrême», a estimé, de son côté, le procureur Alexandre Rosset, lors de sa plaidoirie, se positionnant pour le rejet de l'appel. «Nous ne sommes pas ici à cause d'une simple et légère querelle ou d'un geste malheureux posé dans un moment d'égarement. La victime a survécu uniquement grâce à la chance, ici, l'intervention de tiers. Le prévenu a fait preuve d'une volonté homicide.»
«Durant ce procès, l'accusé, pour la première fois, a pris conscience du risque de mort. Dans tous les cas, il ne pouvait pas l'ignorer», a poursuivi le procureur. «Il a fait preuve d'une détermination glaçante et d'une brutalité extrême en visant la tête, une partie du corps vitale et en continuant à frapper alors que son épouse gisait à terre.»
L'élément déclencheur de cette affaire aurait été la crainte du prévenu de voir son plus jeune enfant être retiré de la garde de ses parents à cause d'une enquête sociale qui allait prochainement débuter.
Pour Me François Pernet, l'avocat de l'épouse, le prévenu «cherche en vain à cacher ses responsabilités et ses conséquences. Ma mandante est toujours marquée par cet acte. Le prévenu a usé, sur elle, de violences physiques et verbales.» Pour l'avocat, il s'agit bien d'une tentative d'assassinat.
Comme lors du procès en première instance, l'avocat du prévenu, Me Luis Neves, a plaidé pour une condamnation uniquement pour lésions corporelles simples, afin de lui éviter une expulsion. Selon l'homme de loi, son client n'avait pas son comportement habituel au moment des faits, à cause de l'accumulation d'alcool. «Mon mandant respecte sa femme. Il n'a jamais voulu l'agresser ou la tuer.»
Agé de 55 ans, père de cinq enfants, le prévenu bénéficie du statut de réfugié politique. Dans son pays, il travaillait, notamment, à protéger les collaborateurs de l'ambassade de Suisse. «C'est très dangereux pour moi de rentrer au pays», a-t-il rappelé, mercredi. «Les Talibans n'acceptent pas que j'ai travaillé avec des Européens et des Américains.»
Le jugement sera rendu ultérieurement.