Coupes dans la prévention malvenues Suisse: les addictions coûtent 8 milliards par an!

ATS

5.2.2026 - 05:00

Alors que les primes maladie explosent et que les addictions coûtent des milliards chaque année, la Confédération coupe dans la prévention, dénonce Addiction Suisse. L'association exige un changement de cap et des investissements massifs.

En matière d'alcool, 16% de la population présente encore une consommation à risque moyen ou élevé pour la santé.
En matière d'alcool, 16% de la population présente encore une consommation à risque moyen ou élevé pour la santé.
IMAGO/Depositphotos

Keystone-SDA

Une étude publiée en 2021 a estimé les coûts économiques des addictions en Suisse à environ 8 milliards de francs par an, note jeudi Addiction Suisse dans son «Panorama suisse des addictions 2026». Cette somme englobe les pertes pour les entreprises et les coûts pour le système de santé.

A ces coûts s’ajoutent d’immenses souffrances: chaque année en Suisse, plus de 10'000 personnes décèdent des suites de la consommation de substances et des dizaines de milliers d'individus sont pris au piège de la dépendance.

Malgré cela, les politiques de prévention font face à des coupes au niveau de la Confédération, mais aussi des cantons. Pourtant, chaque franc investi dans la prévention permet de réduire les coûts, assure Addiction Suisse.

«Tailler dans le domaine des addictions revient à perdre le contrôle et à en reporter les conséquences sur les personnes concernées et sur la société tout entière, prévient l'organisation. Elle réclame à l'inverse une «stratégie clairvoyante» en matière de prévention, avec les moyens financiers que cela suppose.

Moins d'alcool et de tabac

Dans son tour d'horizon annuel, Addiction Suisse salue la baisse des ventes de cigarettes depuis de nombreuses années. Cependant, la consommation de nicotine concerne toujours 27% de la population de 15 ans et plus. L'essor et la diversification des nouveaux produits du tabac se poursuivent, avec les jeunes pour coeur de cible.

Il est encore trop tôt pour dire si ces développements auront un impact positif en matière de santé publique. Dans tous les cas, Addiction Suisse réclame une meilleure protection des jeunes avant qu'ils n'entrent dans la consommation.

Sous l'angle de la santé publique, la baisse des ventes d'alcool et de la consommation quotidiennes sont aussi de bonnes nouvelles, se réjouit l'association. Mais 16% de la population présente encore une consommation à risque moyen ou élevé pour la santé.

Un quart des achats tests d'alcool dans les commerces et restaurants aboutissent aussi à des ventes illégales à des jeunes. Et chaque année, plus de 1700 nouveaux-nés sont concernés par des troubles en lien avec l'alcoolisation foetale.

Du soutien face à la «crise du crack»

La consommation de cannabis concerne pour sa part 200'000 personnes en Suisse, avec un marché noir d'au moins 50 tonnes par an échappant à toute régulation ou taxation. Addiction Suisse espère que la «voie prometteuse» des essais pilotes de vente régulée de cannabis et d'un projet de loi visant prioritairement la santé publique aboutira.

Face à la «crise du crack» qui touche de nombreuses villes suisses, Addiction Suisse propose un soutien accru de la Confédération. L'association invite aussi à se préparer à l'arrivée possible d’opioïdes de synthèse dont la consommation provoque une énorme vague de décès en Amérique du Nord. Préservée jusqu'ici, la Suisse doit rester vigilante.

Chez les jeunes, la consommation de médicaments et autres substances peut évoluer de manière fluctuante, relève le rapport. La codéine reste un problème, alors que la sensibilisation semble porter ses premiers fruits concernant les antalgiques opioïdes, ainsi que les somnifères et les tranquillisants.

La priorité doit maintenant aller au renforcement du monitorage, à la poursuite de la sensibilisation, à la formation de professionnels, ainsi qu’à l’amélioration du contrôle de la remise des médicaments, réclame Addiction Suisse.

Réguler les réseaux sociaux

Selon le rapport, les problèmes liés aux jeux d'argent et de hasard sont en hausse en Suisse. Environ 7% des jeunes adultes présentent un usage problématique et plus de 18'000 exclusions de jeu ont été prononcées en une année. Les pertes des joueurs dépassent les deux milliards de francs.

Les dépendances peuvent également survenir en ligne. Environ 7% des jeunes de 15 ans allant sur les réseaux sociaux en ont un usage problématique. Malgré les débats autour des réseaux sociaux et de l'utilisation des téléphones à l'école, aucune mesure efficace n'est pour l'heure envisagée pour réguler les mécanismes manipulatoires de ces réseaux, regrette l'association.