«Vivre avec le virus» Armando Braswell: «Parfois, j’ai l’impression d’être au paradis»

De Sulamith Ehrensperger

21.4.2020

Ralenti en plein vol, Armando Braswell est professeur de danse à Bâle. Cette photo date de l’époque où il était danseur soliste au théâtre de Bâle.
Ralenti en plein vol, Armando Braswell est professeur de danse à Bâle. Cette photo date de l’époque où il était danseur soliste au théâtre de Bâle.
Ida Zenna

Le coronavirus impose à tout le monde un nouveau quotidien. Mais comment se vit cette nouvelle vie? Dans sa série, «Bluewin» donne chaque jour la parole à une personne différente pendant une semaine. Aujourd’hui, partons à la rencontre du danseur Armando Braswell.

«Je suis un danseur et professeur de danse originaire de New York et j’ai franchi de grands obstacles dans ma vie. Ma carrière de danseur m’a permis de sortir de la pauvreté dans ma jeunesse. Aujourd’hui, la danse scénique est en crise. Tous les lieux se rapportant à la danse sont fermés, y compris mon école de danse ici à Bâle. J’ai été pris en plein vol.

A propos

Armando Braswell est originaire de New York. Sa carrière de danseur lui a permis de sortir de la pauvreté. Il a notamment été danseur soliste au ballet de Bâle. Aujourd’hui, il est propriétaire du Braswell Arts Center à Bâle.

Dans ma vie, j’ai toujours rêvé grand. J’ai investi chaque centime reçu durant ma carrière de danseur dans le Braswell Arts Center, une école de danse qui vise à offrir également un accès à la danse et à l’art aux enfants et aux jeunes socialement défavorisés.

Moi qui ai du mal à rester assis, moi qui ai constamment bougé au cours de ma vie, je suis désormais contraint au télétravail. Je propose maintenant mes entraînements retransmis en direct. Notre pianiste est connecté et joue en direct depuis l’Italie. Et ça marche – à New York, en Angleterre, en Autriche et en Suisse, les gens dansent avec nous.

Une école de danse pour tous: après avoir commencé avec une poignée élèves, Armando Braswell rassemble aujourd’hui plus de 300 danseurs au Braswell Arts Center.
Une école de danse pour tous: après avoir commencé avec une poignée élèves, Armando Braswell rassemble aujourd’hui plus de 300 danseurs au Braswell Arts Center.
Jubal Battisti

Je ne gagne rien en faisant cela. Je dois pourtant payer le loyer de l’école de ballet et plus tard, je devrai aussi verser les fonds de soutien à la lutte contre le coronavirus. Cependant, l’heure n’est pas venue de réfléchir aux encaissements, mais à l’honnêteté. Je veux atteindre les gens à l’extérieur avec la danse, les aider à traverser ces moments difficiles. Je n’ai cessé de constater à quel point les gens m’ont aidé. J’aimerais rendre un peu de tout cela.

Jusqu’à récemment, j’étais danseur soliste au théâtre de Bâle. La danse souffre particulièrement de ce coup d’arrêt – pas de représentations, pas de public, pas de répétitions. Le coronavirus représente aussi une crise personnelle pour chaque danseur. Subitement, nous devons nous interroger: qu’est-ce je fais? Qui suis-je en réalité? Mais je pense que l’art peut justement être d’un grand soutien dans les moments difficiles.

Je suis également marié et père de deux garçons – ils ont sept et dix ans. Je passe désormais mes journées à la maison avec ma famille. Je dois m’occuper du ménage et des devoirs des garçons. Les mathématiques, ça passe encore, mais j’ai du mal avec les langues. Néanmoins, j’apprécie le fait d’être avec ma famille. Parfois, j’ai l’impression d’être au paradis. Mais je n’ose guère le dire.»

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