«Débâcle» Avions F-35 : la décision du Conseil fédéral suscite plusieurs critiques

ATS

12.12.2025 - 19:53

La gauche et la droite ont critiqué la décision prise par la Confédération d'acheter moins d'avions de combat F-35A afin de respecter l'enveloppe financière de six milliards de francs. A gauche, on déplore le fait que le Conseil fédéral poursuive la «débâcle de Viola Ahmerd» alors que le camp bourgeois estime de son côté qu'il faut s'en tenir au nombre d'appareils initialement prévus.

La Suisse achètera moins de F-35 que prévu pour respecter le budget

La Suisse achètera moins de F-35 que prévu pour respecter le budget

La Suisse achètera «autant d'avions F-35 que possible» dans la limite de l'enveloppe financière de 6 milliards de francs. Aucun crédit supplémentaire ne sera alloué, a indiqué vendredi le Conseil fédéral. La volonté populaire sera respectée.

12.12.2025

Keystone-SDA

Premiers à réagir vendredi, les libéraux-radicaux ont été très virulents en appelant les partis de gauche à «renoncer immédiatement à leur opposition à l'avion de combat». Face à la situation sécuritaire en Europe, le PLR estime que la Suisse a besoin de tous les avions nécessaires, sans pour autant que ce renforcement se fasse au détriment du contribuable.

Le conseiller aux Etats Werner Salzmann (UDC/BE) a déclaré à Keystone-ATS être «déçu que le Conseil fédéral n'ait pas eu le courage de commander 36 avions de combat». Pour lui, le Conseil fédéral doit commander les jets restants et insérer ensuite le crédit supplémentaire dans le prochain message sur l'armée.

Le ton est aussi accusateur chez sa collègue du Centre, la Lucernoise Andrea Gmür-Schönenberger, qui se dit «choquée que le Conseil fédéral ne voie pas que nous nous trouvons dans une situation internationale aussi dangereuse». Une position qui dénote de celle de son parti qui a salué la décision de la Confédération sur X.

La Société suisse des officiers (SSO), par la voix de son président Michele Moor, a indiqué à Keystone-ATS que cette décision était en «contradiction flagrante avec les réalités actuelles de la politique de sécurité». Pour la SSO, le Département fédéral de la défense (DDPS) et l'armée ont toujours démontré que 36 avions de combat constituent le seuil minimal absolu permettant d’assurer ne serait-ce qu’une protection rudimentaire de l’espace aérien suisse face aux menaces venues des airs.

Vendredi, le Conseil fédéral s'est aussi montré ouvert à l'idée d'acheter davantage de chasseurs que les 36 prévus. Selon les réflexions militaires, la Suisse a même besoin de 55 à 70 avions de combat modernes pour être armée face aux menaces actuelles. Une proposition qui fâche le Parti vert'libéral qui peine à imaginer que la Suisse puisse, en cas de crise, exploiter autant d'avions à réaction.

Population trompée

L'alliance «Stop F-35» (PS, Les Vert-e-s et le Groupement pour une Suisse sans armée) voit dans le plan communiqué vendredi par le ministre de la défense Martin Pfister une continuation de la «débâcle de sa prédécesseure Viola Amherd». Pour l'alliance, la population a été trompée lors de la votation populaire du 27 septembre 2020 s'il est maintenant question d'acheter jusqu'à 40 avions de combat supplémentaires.

La conseillère nationale socialiste spécialisée en matière de sécurité Priska Seiler Graf (ZH) n'est pas surprise par la décision du Conseil fédéral: «Nous avons simplement dépensé six milliards de francs pour moins d'avions», a-t-elle déclaré à Keystone-ATS. Mme Seiler Graf a toutefois qualifié d'"intéressant» le fait que Martin Pfister a ouvert le débat du type d'avion de combat en vue d'une éventuelle extension de la flotte.

Autre figure socialiste, la conseillère aux Etats soleuroise Franziska Roth partage aussi cet avis. Elle juge toutefois scandaleux que le Conseil fédéral veuille laisser intact le contrat pour 36 F-35 en conservant l'acquisition de tous les appareils restants grâce à un financement plus tardif.

Pour elle, il faut reconnaître la «révolution sur le champ de bataille», par exemple le danger des drones. Cette situation exige des mesures différentes des «jets haut de gamme dépendants des Etats-Unis». Pour Mme Roth, il ne faut pas non plus ignorer les énormes coûts subséquents du F-35, car ceux-ci menacent d'affamer le reste de l'armée.