«Tout semble encore irréel»Blatten, entre désolation et désir de reconstruction
ATS
2.10.2025 - 10:23
Quatre mois après l'effondrement du glacier du Birch sur Blatten (VS), le lieu porte encore les traces des millions de mètres cubes de gravats, glace et eau qui se sont déversés sur le village le 28 mai. Mais au milieu de la boue et des décombres, une lueur d'espoir que le président de la commune Matthias Bellwald entend faire rayonner.
Matthias Bellwald, maire de la commune de Blatten, contemple le village détruit, quatre mois après qu'un glissement de terrain l'ait ravagé, à Blatten, en Suisse, le mercredi 1er octobre 2025. Le 28 mai 2025, le village de Blatten, dans la vallée de Loetschental, dans le canton du Valais, a été dévasté lorsqu'une partie du glacier de Birch s'est effondrée, provoquant une avalanche de roches, de glace et de débris dans la vallée de Loetschental.
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02.10.2025, 10:23
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«Quand on vient ici, on a toujours cette image apocalyptique. Tout semble encore irréel», raconte à Keystone-ATS Matthias Bellwald, alors qu'il sillonne les débris en ce premier jour d'octobre. Le lac qui s'est formé suite à l'éboulement trouve son regard. «Et pourtant, on ressent un optimisme grandissant quand on voit tout le travail déjà accompli pour reconstruire», poursuit le Haut-Valaisan.
Dans le Lötschental, l'ampleur de la catastrophe se lit sur plusieurs kilomètres. Les parois qui bordent Blatten semblent désormais un peu plus basses. Les matériaux naturels tapissent le fond de la vallée de brun et de gris, étouffant les vestiges de constructions humaines, dont certaines remontent à plus de cinq cents ans.
Que reste-t-il?
Du village mentionné pour la première fois en 1433 sous le nom de «Uffen der Blattun» ne restent que quelques maisons. La «Blattenstrasse» qui se déroulait autrefois entre elles s'arrête brusquement. Elle fait face à l'immensité des débris.
Moins d'une dizaine de toits, parfois intacts ou munis de leurs panneaux solaires, trouvent leur reflet dans l'eau turquoise. Le lagon a perdu entre 3 et 5 mètres de profondeur depuis sa formation.
«La place de jeu est encore en état», relève dans son accent haut-valaisan le président de la commune, avec un sourire qui ne se dessine que timidement. Effectivement, le toboggan jaune et sa structure en bois sont restés à la verticale. Ils baignent dans le bleu, aux côtés de deux ou trois arbres qui regardent encore vers le haut, en direction des sommets.
Vers la montagne
Est-ce que l'événement du 28 mai a transformé le rapport à la montagne? «Non», répond rapidement Matthias Bellwald. «Nous nous sommes bien sûr demandé pourquoi elle avait détruit notre village, mais notre amour pour les montagnes, pour la vallée et le paysage n'a, en soi, pas changé.»
Les pelleteuses qui s'affairent en amont et en aval de la Lonza rompent avec le silence du lieu, dépossédé de ses quelque 300 habitants – qui ont pu être évacués à temps. Seule victime humaine de la catastrophe, l'homme de 64 ans retrouvé sans vie dans son étable dans la zone de Tennmatten, à un peu plus de deux kilomètres du centre du village englouti, reste en mémoire.
Un nain de jardin sur ses deux pattes, un hamac accroché sur une terrasse brinquebalante ou encore un vélo à moitié noyé: les traces de la vie d'avant contrastent avec les décombres, que les caméras n'ont pas le droit de capter si précisément.
Danger toujours présent
Aujourd'hui encore, la zone sinistrée reste interdite au public. Seuls les treize résidents des deux hameaux de Weissenried et Eisten ont pu se rendre sur le cône d'éboulis début juin, pour récupérer des affaires de première nécessité.
A intervalles réguliers, les équipes des dangers naturels – dont le géologue cantonal – se rendent sur les lieux. Le danger est toujours présent. Déjà visibles depuis l'espace des années avant la catastrophe, les mouvements persistants du Petit Nesthorn, perché à 3341m d'altitude, sont toujours surveillés de près.
Le 28 mai, à 15h24 exactement, le point culminant du sommet s'était détaché. Et le village de Blatten avait perdu le sien. L'église paroissiale de 1985, pourtant construite en béton armé, a disparu.
«Nous souhaitons retrouver notre cimetière, qui est actuellement enseveli sous les décombres, confie le président de la commune. Cela nous touche profondément de ne pas avoir pu le dégager et que l'église soit complètement détruite».
Blatten 2030
Mais l'expression populaire trouve à Blatten toute sa force: il faudra remettre l'église au milieu du village, dans tous les sens du terme. Car la reconstruction est déjà en marche. Le premier coup de pelle, hautement symbolique, a d'ailleurs été donné le 19 septembre.
La première pierre du futur Blatten a été posée
Moins de 4 mois après l'effondrement du glacier du Birch, la commune de Blatten a donné un premier coup de pelle en vue de la construction d'un nouveau village. L'acte symbolique a eu lieu sur les éboulis qui recouvrent les anciennes constructions.
19.09.2025
La priorité «absolue»? C'est la «partie socioculturelle, la vie communautaire qui continue dans les communes où vivent actuellement nos concitoyens», affirme M. Bellwald. Il s'agira ensuite de disposer d'un moyen de transport rapide et performant pour rejoindre le village, afin de ramener engins et autres équipements.
Pour l'heure, seule une route de secours aménagée en terre permet d'atteindre le village autrement que par les airs. Un véritable «cordon ombilical» selon les termes du président. Autre signe de l'avancée des travaux, les accès à l'eau et l'électricité sont déjà prêts à être rétablis.
Une carte des dangers naturels, en cours d'élaboration, guidera les prochaines étapes de la reconstruction. Selon le souhait des autorités, celle-ci devrait être achevée d'ici à 2030 – dans ce lieu où l'avenir se redessine déjà, coup de pelle après coup de pelle.