Après son coming-out«Ça m'a tout simplement fait peur» - Menacée de mort, elle quitte la politique
Valérie Passello
14.1.2026
Lea Blattner ne sera plus la coprésidente de la Jeunesse du Parti évangélique suisse (PEV). La jeune femme de 32 ans, homosexuelle, n'a pas supporté la vague de haine qui a déferlé sur elle après son coming-out en avril 2025.
Après son coming out, Lea Blattner a reçu de nombreux messages de haine.
«J'ai longtemps hésité à rendre cette décision publique. À me demander si j'étais prête à exposer cette partie de moi-même dans un espace qui laisse souvent peu de place à la différence. Mais j'ai compris une chose: ma propre liberté est aussi une petite lueur d'espoir pour tous ceux qui attendent encore de pouvoir s'afficher tels qu'ils sont», écrivait Lea Blattner en avril sur son compte Instagram.
Elle se disait prête à écouter les questions et les critiques qui feraient suite à son coming-out, affirmant: «Je suis chrétienne. Je suis femme politique. Je suis une femme qui aime les femmes. Et je ne veux plus me diviser. Ni intérieurement, ni extérieurement.»
Le ton est désormais différent dans son dernier post, daté du 12 janvier: «Après des années d'engagement intense, de discussions et de rencontres, j'ai décidé de démissionner de mon poste de coprésidente de la Jeunesse du PEV. Lorsque l'engagement politique devient un fardeau, il faut en tirer les conséquences», écrit-elle.
Menaces issues de «proches du parti»?
Si Lea Blattner s'attendait à des réactions après son annonce publique au printemps, elle n'avait sans doute pas mesuré l'ampleur de la vague d'insultes et de haine qui allait s'abattre sur elle.
Dans un long message, elle déclare qu'elle a certes reçu beaucoup d'amour, mais qu'elle a aussi dû faire face à une déferlante de haine. Elle a notamment reçu une lettre anonyme la menaçant de mort, affirme-t-elle, «dont le contenu laisse à penser qu'elles provenaient de personnes proches du parti».
La jeune femme queer ajoute que pendant une longue période, ces centaines de messages reçus ont «mis sa sécurité à l'épreuve, porté atteinte à sa santé mentale et ébranlé sa confiance dans les espaces politiques sécurisés». «Ça m’a tout simplement fait peur, au point que j’ai eu des problèmes pour dormir», a-t-elle témoigné dans la Matinale de la «RTS».
Mettant notamment l'accent sur l'insuffisance de garde-fous au sein du PEV, Lea Blattner conclut avec le voeu de voir naître «des espaces politiques permettant à chacun de participer sans que son identité ne constitue un obstacle».
Interrogé sur «RTS», le vice‑président du PEV François Bachmann se dit «choqué» de l'envoi de telles menaces: «C'est une infraction pénale grave (...) En tant que parti suisse, s'il s'avère que c'est vraiment un membre qui a écrit cette lettre - pour l'instant c'est une supposition- on va clairement envisager des mesures disciplinaires», lâche-t-il.