«On se pose tous la question» Carnaval sous tension: la sécurité fait sauter les portes à Saint-Maurice

Barman Nicolas

30.1.2026

À Saint-Maurice (VS), les déguisements se préparent, les bars s’organisent et la Grand-Rue s’apprête à vibrer pour la 175e édition du Carnaval Agaunois. Mais derrière la légèreté de la fête, l’attention portée aux questions de sécurité s’invite dans les discussions. Comment la commune s’organise face à ces enjeux et quels choix ont été posés ? Entretien avec le président de la commune valaisanne, Xavier Lavanchy.

À Saint-Maurice, le carnaval 2026 se fera donc sans porte, mais sous contrôle. Un équilibre assumé entre tradition, fête populaire et exigences de sécurité. (Image d'illustration)
À Saint-Maurice, le carnaval 2026 se fera donc sans porte, mais sous contrôle. Un équilibre assumé entre tradition, fête populaire et exigences de sécurité. (Image d'illustration)
KEYSTONE

Nicolas Barman

« Quelques citoyens nous ont interpellés, mais nous nous sommes mis nous-mêmes la pression pour contrôler nos processus et corriger ce qui n’était pas parfait. Lorsqu’un événement tragique survient, on se pose tous la même question : fait-on les choses correctement ? » observe le président Xavier Lavanchy.

À Saint-Maurice, la configuration des lieux impose une attention particulière. La Grand-Rue, longue d’un peu plus de 400 mètres, concentre l’essentiel des bars du carnaval. Une densité élevée, un afflux de personnes et un patrimoine bâti ancien : l’équation est connue, mais elle exige une gestion particulièrement rigoureuse.

«Pour les récalcitrants, la fermeture reste une option»

Face à ce constat, la commune a pris les devants. Une première tournée de formation et de sensibilisation a été menée auprès des exploitants. Un contrôle final des décorations et des installations de sécurité est prévu dans la semaine précédant le carnaval.

Sur le dispositif retenu, le président adopte un ton à la fois rassurant et ferme. « Aujourd’hui, tous les bars sont autorisés à ouvrir sous réserve du dernier contrôle. Si quelque chose ne va pas, le chef de la sécurité va le signaler, le tenancier pourra corriger les erreurs. Mais pour les récalcitrants, la fermeture reste une option »

Afin de garantir des contrôles indépendants, la commune s’est entourée d’experts externes, notamment l’entreprise spécialisée Ecofire.

Les portes sautent pour la sécurité

À Saint-Maurice, la question des jauges est au cœur des discussions et le président rappelle le cadre légal auquel la commune doit se conformer. « Le problème de jauge est important à Saint-Maurice, car dès que l’on passe 20 personnes à l’intérieur, il faut respecter certaines normes et la commune doit veiller à leur respect. »

La problématique se complexifie avec les portes dans la vieille ville. De nombreux bâtiments sont classés ou soumis à des règles patrimoniales strictes, limitant les possibilités d’aménagement.

Sur ce point, Xavier Lavanchy détaille les contraintes concrètes. « Pour les portes, c’est un problème de patrimoine. Les portes qui s’ouvrent sur l’extérieur ne sont pas admises. Le problème de jauge se pose alors à nouveau. Tant que l’on reste en dessous de 20 personnes, cela ne pose pas de difficulté. Mais à carnaval, l’affluence est évidemment plus importante. Deux options existent alors : enlever la porte ou la bloquer. Dans ce cas, la jauge peut monter jusqu’à 50 personnes. »

Selon nos informations, plusieurs exploitants privilégieront des établissements sans porte, une solution qui permet de répondre aux exigences en matière de sorties de secours.

«Les contrôles communaux ne les déchargent pas de leurs responsabilités»

Sur le plan juridique, la répartition des responsabilités est clairement définie. Le président le rappelle sans détour. « Dans les lois, le propriétaire ou l’exploitant est toujours responsable de ce qui se passe dans son bar. Les contrôles communaux ne les déchargent pas de leurs responsabilités. »

La commune n’en demeure pas moins vigilante quant à son propre rôle. « Si l’on acceptait d’ouvrir un établissement avec des problèmes de sécurité, on pourrait engager notre responsabilité. Mais la loi stipule que le propriétaire ou l’exploitant est le premier responsable. »

Les établissements inscrits au carnaval bénéficient d’une autorisation d’ouverture prolongée, assortie de conditions strictes. En cas de non-respect, les mesures sont immédiates : retour aux horaires standards, voire fermeture. Les bars non inscrits aux programmes feront également l’objet de contrôles afin de garantir le respect des horaires habituels et l’absence de décorations.

«Tout le monde a envie de faire juste»

Malgré le contexte, la possibilité d’annuler le carnaval n’a jamais été mise sur la table. La commune constate au contraire une adhésion des exploitants aux nouvelles mesures.

« On sait que les gens seront très sensibles cette année et les premiers contrôles ont été très bien accueillis par les gérants. Tout le monde a envie de faire juste et d’être bien informé », relève le président.

Reste une réalité difficile à contourner : la charge de travail imposée par une législation particulièrement exigeante. « C’est compliqué pour toutes les communes valaisannes de répondre de A à Z aux exigences de la loi cantonale, la plus sévère de Suisse. À Saint-Maurice, il y a 55 établissements à contrôler avec les moyens humains et financiers dont nous disposons. Même si des ajustements pourraient être envisagés dans le futur, nous n’avons pas le droit de remettre en question la loi actuellement en vigueur.»

Comme sur un drakkar !

À Saint-Maurice, le carnaval 2026 se fera donc sans porte, mais sous contrôle. Un équilibre assumé entre tradition, fête populaire et exigences de sécurité.

Et pour la 175e édition du Carnaval Agaunois, placée sous le signe des « Gens du Nord », le symbole s’impose presque de lui-même : comme sur les drakkars, il n’y a pas de porte… mais chacun sait où il met les pieds.

De quoi voguer vers la fête l’esprit léger, en sachant que la sécurité est solidement arrimée à bord.