COVID-19: Changer de comportement «peut prendre plusieurs semaines»

Runa Reinecke

25.3.2020 - 13:39

Apprendre à adopter de nouvelles pratiques? «Cela peut prendre plusieurs semaines», explique Jennifer Inauen de l’université de Berne.
zVg

Eternuer dans le pli de son coude, arrêter de se toucher le visage:iIl n’est pas si facile d’appliquer les recommandations de l’OFSP en matière d’hygiène. Une psychologue de la santé nous révèle comment apprendre à adopter de nouvelles habitudes.

Renoncer subitement aux poignées de main – même le conseiller fédéral Alain Berset trouve cela difficile. Si le terme de distanciation sociale est sur toutes les lèvres, il vaut mieux éviter de se les toucher afin de réduire le risque d’infection par le nouveau coronavirus, également appelé SARS-CoV-2.

Comment se débarrasser de vieux schémas comportementaux et s’habituer aux règles d’hygiène recommandées par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP)? C’est ce que nous a appris Jennifer Inauen de l’université de Berne, psychologue de la santé et experte en changement de comportement.

Mme Inauen, trouvez-vous difficile de ne pas serrer la main aux autres pour les saluer?

Plus maintenant! Il y a quelques semaines, j’ai pris la résolution de ne plus serrer la main aux gens. Désormais, c’est déjà automatisé. Cela est aussi dû à mon environnement social qui soutient cette décision.

Ceux qui n’ont pas le réflexe d’éternuer et de tousser dans leur mouchoir ou dans le pli de leur coude peuvent avoir du mal à s’y habituer…

Ce n’est vraiment pas facile. Il existe des pratiques parfois bien établies que nous ne remettons même plus en question nous-mêmes. Des habitudes que nous sommes censés changer, pratiquement du jour au lendemain. La poignée de main fait partie de ces automatismes.

Cela étant, nous ne sommes pas à la merci de nos habitudes et nous sommes donc à même de changer notre comportement. Mais cela exige de la motivation et de l’autogestion.

Comment parvient-on à s’habituer à de nouvelles pratiques?

Il faut se fixer un objectif et planifier concrètement sa mise en œuvre, s’observer et essayer d’exécuter des actions de façon plus consciente. On peut également utiliser des aides numériques telles qu’une application pour smartphone qui envoie des rappels réguliers pour le lavage des mains.

L’environnement social peut également être un soutien: on peut demander à de bons amis ou alors à son conjoint ou sa conjointe d’attirer activement l’attention sur le fait que l’on s’est une nouvelle fois gratté le nez sans le savoir.

Faut-il beaucoup de temps pour suivre ces nouvelles pratiques automatiquement, pour ainsi dire?

Cela peut prendre plusieurs semaines. Les moyens d’accélérer cet effet d’apprentissage font actuellement l’objet d’études scientifiques. Nous savons que le système de récompense peut être d’une grande aide à cet égard. Si, après avoir adopté une nouvelle pratique, on reçoit quelque chose de positif de quelqu’un d’autre ou on s’accorde quelque chose de positif, l’habitude se développe plus rapidement. Il est également crucial de savoir à quelle fréquence on répète ces nouvelles pratiques.

Serrer la main à des gens, se toucher le nez, la bouche ou les yeux avec les mains parce que quelque chose nous démange, par exemple, nous faisons cela plusieurs fois par jour en règle générale.

Ce «réapprentissage» fonctionne-t-il plus rapidement chez les enfants?

Les enfants n’ont pas du tout acquis les «mauvaises» pratiques et sont dans le même temps capables de s’adapter plus rapidement à une nouvelle situation. Mais les individus plus âgés parviennent également à prendre de nouvelles habitudes. Nous, les adultes, devons d’abord «interrompre» une habitude existante pour pouvoir ensuite apprendre à adopter une nouvelle pratique.

La recherche nous montre également que les habitudes ne peuvent jamais être complètement éradiquées. Il est possible que la vieille habitude revienne sans cesse s’immiscer lorsque l’on est très inattentif ou fatigué.

Ne peut-on pas développer une compulsion en suivant ces mesures d’hygiène de façon stricte?

C’est possible. Mais cela ne touche que très peu d’individus. Un changement de comportement convient aux circonstances actuelles – et dans le même temps, il est important de ne pas tomber dans la peur et la panique dans cette situation particulière. Il ne s’agit pas de se surveiller constamment, mais plutôt de prendre conscience de ces nouvelles pratiques jusqu’à ce qu’elles deviennent une habitude.

Généralement, la peur n’est pas de bon conseil. Mais peut-elle aussi servir d’outil de sensibilisation pour que nous prenions au sérieux les pratiques recommandées et que nous les appliquions de façon cohérente?

La peur est quelque chose de naturel et dans une situation de crise, elle peut aussi être utile. Les dégâts que la panique peut causer ont toutefois été démontrés lorsque le grand public a fait le plein de masques respiratoires et de désinfectants, alors que ces produits sont aujourd’hui en pénurie là où on en a impérativement besoin.

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