Témoignages - ZAD

«La ZAD c’est notre planète en entier, pas seulement la colline du Mormont»

Clémence Moulin

23.1.2022

Une opération d’envergure et une quarantaine d’arrestations. L’évacuation de la ZAD du Mormont en mars 2021 n’a pas laissé la population suisse indifférente. Cette occupation illégale et cet épilogue forcé ont, depuis, multiplié les soutiens aussi bien de la part de la population que de certains élus.

En attendant le verdict du tribunal d’arrondissement de la Côte lundi matin, avocat, activiste, mère de famille ou encore prix Nobel ont témoigné lors des trois premiers jours de procès. Extraits...

Des activistes pour le climat defilent lors d'une manifestation apres le premier proces des activistes de la ZAD du Mormont ce lundi 17 janvier 2022 au Tribunal d'arrondissement de La Cote a Nyon. Les anciens occupants de la
Les anciens occupants de la "zone a défendre" sont accusés de violation de domicile et d'insoumission a une décision de l'autorité. Ici une image de la manifestation de soutien qui a eu lieu lundi 17 janvier à Nyon. 
KEYSTONE/Laurent Gillieron

Clémence Moulin

23.1.2022

Jacques Dubochet : «la machine est lourde»

Présent pour «soutenir ces jeunes», le prix Nobel de physique constate que « la machine est grosse, la machine est lourde. Il faudra que ça change ! On peut tourner longtemps autour de la réalité, mais la réalité nous rattrape toujours ». Et à la question de savoir ce qu’il conseillerait aux jeunes qui se mobilisent ? « Eux savent mieux que moi » a conclu Jacques Dubochet.

Maman d’une zadiste accusée : «il faut toujours mettre des bémols et cela m’agace»

«Je soutiens ma fille parce que dans le fond, je partage les grandes inquiétudes relatives à l’avenir de notre planète. Et je trouve que des actions comme la ZAD, plus il y en aura plus cela va inciter des changements sociétaux.»

«En Suisse c’est l’économie qui dicte le tempo : tout ce qui est proposé en matière de défense de l’environnement est toujours trop radical, il faut toujours mettre des bémols et cela m’agace. Je trouve que les politiques doivent reprendre beaucoup mieux la main.»

«Selon le procureur Eric Cottier, le ministère public applique la loi, il ne veut pas entendre parler politique. Dans sa logique je peux le comprendre, il n’est pas là pour faire de la politique, il est là pour appliquer les lois et c’est ce que disent constamment les gens qui assument de telles fonctions.»

Camille* 65 ans : «Je me fais du souci pour mes filles, pour mes petites-filles»

«Je les rejoins totalement sur leurs idées anticapitalistes, écologistes, féministes. Je trouve que c’est extrêmement courageux ce qu’ils font. Ils me donnent une énergie incroyable, ils sont combatifs, créatifs, ils ont beaucoup d’imagination, ils sont joyeux, je trouve ça magnifique. Je recharge mes batteries quand je suis ici. Ils ont bossé sur tellement de sujets, je les trouve vraiment, vraiment costaux.»

«La société capitaliste est patriarcale et détruit la planète. C’est évident, tout est lié. Je n’accepte pas du tout qu’on juge les zadistes pour cela, certains risquent des peines de prison, alors qu’en face la société capitaliste est d’une violence telle, on le constate tous les jours, ils font leurs magouilles dans une pseudo-légalité, personne n’est jugé, donc ça je trouve ça extrêmement révoltant.»

«Ma vision du futur ? Elle n’est pas très bonne, je me fais du souci pour mes filles, pour mes petites-filles, je me dis qu’en plus des problèmes sociaux qui s’accumulent il va y avoir tous ces problèmes environnementaux, je pense qu’elles vont avoir une vie difficile. Mais j’espère me tromper un peu, j’espère que les gens se réveilleront».

*nom fictif

Avocat d'une zadiste : «C’est une question d’intérêt public général»

«Ma motivation est clairement axée sur le droit de se défendre dans ce type de situation et sur la volonté de montrer que le combat des zadistes est juste et nécessaire. Et la manière dont la réaction des tribunaux et notamment du ministère public vaudois se fait, la quotité des peines ici est absolument scandaleuse, donc oui il est légitime qu’on intervienne, évidemment.»

«Premièrement, tout le monde a le droit d’être défendu, deuxièmement, dans ce cas-là il y a une motivation qui est juste derrière, et troisièmement il y a un vrai manque de légitimité dans la répression pénale.»

«On est sur une question d’intérêt public général. La ZAD c’est notre planète en entier c’est pas seulement la colline du Mormont. Donc il y a un moment donné ou ce genre d’action est nécessaire et elle a des conséquences positives. (...)

«Il y a tout un tas d'initiatives après l’occupation de la colline du Mormont qui viennent aussi grâce à ça, donc, j’entends, ces mouvements-là ils servent réellement à attirer l’attention sur une problématique, ils ont un impact beaucoup plus important que les outils habituels auxquels on nous renvoie, que ce soit l’initiative populaire, que ce soit l’engagement dans des partis politiques, que ce soit des pétitions ou autre, on sait que c’est trop lent ici en Suisse et ces actions-là elles ont un impact beaucoup plus important.»

«Donc sans les zadistes il n'y aurait pas eu des prises de conscience, il n'y aurait pas eu d’initiative, il n'y aurait pas eu un certain nombre de choses pour protéger la colline et ça je crois que c’est quand même quelque chose que la justice doit comprendre.»

Ecologie radicale

  • L'écologie radicale est au coeur de l'idéologie des activistes. Ecologie radicale au sens propre du terme : s'attaquer aux racines de la crise. Cela passe par une critique assumée du capitalisme et des formes de domination et d'exploitation que celui-ci entraîne, entre autres, sur les femmes et la nature.
  • La ZAD se définit comme un lieu d'expérimentation de nouvelles manières de vivre-ensemble qui avait pour but de dénoncer le bétonnage à outrance et de stopper l'exploitation de la colline du Mormont par le cimentier Holcim.

Aline*, 51 ans : «C'est le monde à l'envers»

«Je suis trop écœurée pour rester chez moi avec ce qui se passe. S’il y a un crime, c’est l’écocide. Et donc le dénoncer est légitime. C’est la seule chose à faire. Je trouve qu’en tant que parent, qu’adulte, c’est nécessaire d’être ici pour les gens qui sont là, qui se sacrifient et qu’on essaie de mettre au pilori (...) C'est le monde à l'envers. Ça devrait être à l’Etat de protéger la vie, c’est dans notre constitution.»

*nom fictif


Les anciens occupants de la colline du Mormont sont accusés de violation de domicile, ainsi que d’empêchement d’accomplir un acte officiel et insoumission à une décision de l’autorité. Certains doivent aussi répondre de violence ou menace envers les autorités. Le verdict est attendu lundi avant midi.

Début des premiers procès des zadistes du Mormont

Début des premiers procès des zadistes du Mormont

Les premiers procès des zadistes du Mormont ont démarré à Nyon (VD). Les militants, qui encourent de la prison ferme, ont été accueillis par environ 80 sympathisants lundi matin devant le Tribunal d'arrondissement de La Côte. Les personnes soutenant les zadistes ont dansé devant le tribunal. Elles ont brandi quelques pancartes et applaudi l'entrée des accusés dans le tribunal.

17.01.2022