Déjà une levée de boucliersArmée: voilà comment Pfister veut obtenir 31 milliards de plus
ATS
28.1.2026 - 16:00
L'armée et la sécurité doivent bénéficier de 31 milliards supplémentaires. Ces moyens supplémentaires seront financés par une hausse de 0,8 point de TVA pendant dix ans, a annoncé mercredi le Conseil fédéral. Un projet doit être présenté en mars.
L'augmentation des dépenses de l'armée à 1% du PIB d'ici 2032 n'est pas suffisante pour assurer la sécurité de la Suisse aux yeux du Conseil fédéral (archives).
ATS
Keystone-SDA
28.01.2026, 16:00
28.01.2026, 18:29
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La situation sécuritaire mondiale s'est rapidement dégradée ces dernières années. Mais l'armée suisse n'est pas suffisamment équipée pour protéger la population et le pays.
Seul un tiers de l'armée peut aujourd'hui être équipé de manière suffisante, a avancé le chef de l'armée Benedikt Roos devant les médias. «En cas de conflit international, la Suisse peut devenir une cible et elle n'est pas prête», a poursuivi le ministre de la défense Martin Pister.
L'augmentation des dépenses à 1% du PIB d'ici 2032 ne peut pas couvrir tous les besoins en matière de défense et de sécurité malgré les nouvelles priorités établies par l'armée, indique le gouvernement.
De nouvelles recettes de l'ordre de 31 milliards de francs sont donc nécessaires afin de ne pas impacter le budget de la Confédération. Cela représente environ 2,2 milliards en 2028 puis entre 3 et 3,6 milliards entre 2029 et 2038.
D'autres options écartées
Le choix du Conseil fédéral s'est porté sur une augmentation temporaire de la TVA. Un choix préférable à d'autres mesures en raison des répercussions sur l'économie et la société, a indiqué M. Pfister.
Le Conseil fédéral a examiné et écarté plusieurs augmentations de taxes, de nouvelles taxes ainsi qu'une augmentation des cotisations salariales. Il ne veut pas non plus réduire l'armée, ni alléger le frein à l'endettement ni financer les dépenses par de nouvelles économies.
Et de souligner que «le Conseil fédéral est conscient de l'impact de cette augmentation sur la population. Mais la sécurité demeure une condition indispensable pour garantir la liberté, la prospérité et la démocratie. La question n'est pas de quoi nous voulons nous protéger, mais ce que nous voulons protéger.»
Ces recettes doivent être versées dans un fonds pour l'armement, alimenté également par le budget ordinaire de la défense. Celui-ci sera dédié à la sécurité et à la capacité de défense de la Suisse. Le fonds pourra s'endetter. Cependant, les dettes devront être intégralement remboursées à l'échéance de l'augmentation de la TVA, soit en 2038. Le fonds est ainsi conforme au frein à l'endettement, a souligné M. Pfister. Son département (DDPS) doit préparer une base légale à cet effet.
Priorité à l'armement
L'argent sera affecté en priorité pour les dépenses d'armement. Sans augmentation des moyens financiers, la Suisse ne pourrait pas développer ses capacités de défense.
L'armée a déjà redéfini ses priorités en la matière. Elle peut ainsi combler plus rapidement les lacunes urgentes notamment en cas de conflit hybride ou d'attaques à distance qui sont les menaces les plus probables, a précisé M. Roos.
Mais les moyens financiers actuels ne correspondent pas aux réalités du marché en question, a ajouté M. Pfister. Et de rappeler que les prix de l'armement augmentent sans cesse. Ils peuvent atteindre 40% en raison du renchérissement ou de l'augmentation de la demande.
Par ailleurs, a encore souligné Urs Loher, le chef de l'armement, «il y a des années d'attente et la Suisse n'est pas prioritaire». Il est important de réserver des fenêtres de production rapidement et de payer les acomptes, sans quoi la capacité de défense sera encore réduite.
En raison des coûts supplémentaires liés au renchérissement, à l’évolution des prix des matières premières et à d’autres facteurs, le coût des F-35 sera plus élevé que prévu par le Conseil fédéral. Celui-ci a déjà renoncé à acheter les 36 avions initialement prévus. «Le Conseil fédéral prendra une décision à ce sujet au cours des prochains mois», a précisé le ministre.
Civil renforcé
Les moyens supplémentaires ne concernent pas uniquement l'armement. Les offices civils chargés de tâches liées à la sécurité seront également renforcés. Le service de renseignement, le système d'alerte civile, le système de sécurité intérieure ou des communications sécurisées sont essentiels au bon fonctionnement de l'armée.
Un tiers sera destiné à co-financer l'augmentation prévue des dépenses de l'armée à 1% du PIB. Cela soulagera le reste du budget. Combiné au programme d'allègement budgétaire 2027, la hausse de la TVA permettra de maintenir les finances fédérales à l'équilibre.
Mal parti
Le DDPS présentera d'ici fin mars un projet qui sera mis en consultation. Le Parlement devrait empoigner le dossier à l'automne. Une augmentation de la TVA demande une modification de la Constitution et le peuple devra se prononcer, probablement à l'été 2027. La hausse de la TVA devrait être effective dès 2028.
Le projet semble mal parti. A gauche, à l'UDC et au PLR, cette décision a suscité une levée de boucliers. Le Centre soutient ce choix. Le PVL est encore indécis. Martin Pfister est toutefois sûr que le peuple suisse soutiendra son projet.
Il s'agirait de la plus haute hausse de la TVA depuis 1999. Le dernier relèvement en date remonte au 1er janvier 2024, suite à la votation du 25 septembre 2022 sur l'AVS. La TVA était alors passée de 7,6 à 8,1%. Une nouvelle hausse de la TVA est actuellement en discussion au Parlement. Elle doit servir à financer la 13e rente AVS qui sera versée dès décembre.