Littérature

"Je suis beaucoup plus optimiste que mes livres!"

Valérie Passello

15.12.2020

L'auteur de polars et procureur neuchâtelois Nicolas Feuz publie "Le Calendrier de l'après", une fiction librement inspirée de la période de pandémie que nous vivons, imaginant une évolution du monde pour le moins chaotique. Entretien avec un écrivain aussi actif avec une plume à la main que sur les réseaux sociaux.

S'il n'y avait pas eu de deuxième vague du coronavirus, Nicolas Feuz n'aurait pas écrit "Le Calendrier de l'après"
Alexis Fogel

Après le succès de "Restez chez vous", posté quotidiennement en ligne durant le premier confinement sous forme de feuilleton et qui est ensuite devenu un livre, Nicolas Feuz imagine ce que sera le monde d’après l’épidémie dans un nouvel ouvrage, lui aussi publié sur les réseaux sociaux avant sa sortie en librairie le 18 décembre.

Nicolas Feuz, dans la vraie vie, comment avez-vous vécu cette année 2020 particulière?

Particulière, c'est le moins que l'on puisse dire (rires)! Au premier confinement, j'ai fait pas mal de télétravail, même si mon activité de procureur nécessite tout de même des déplacements. Nous avons observé une diminution de la criminalité de l'ordre de 50% et comme j'avais la chance d'être à jour dans mes dossiers, cela a libéré du temps pour que je puisse écrire "Restez chez vous". Au début, je partageais les chapitres sur les réseaux sociaux et ni moi ni mon éditeur ne songions à en faire une édition papier. 

Avez-vous constaté davantage de tension cette année dans le cadre de votre activité de procureur?

Certains avocats ont fermé leurs études pendant le premier confinement et m'ont parfois semblé plus stressés. Du côté des justiciables, c'est difficile à dire, je n'ai pas observé de changement particulier. Nous craignions surtout une explosion des violences domestiques liée au confinement. Mais, s'il y a effectivement eu un peu plus de cas, ça n'a pas été une explosion.

Comment vous est venue l'idée du "Calendrier de l'après"?

Tout est parti du reconfinement français. Sur les réseaux, des lecteurs français me demandaient de faire un "Restez chez vous" n°2. J'ai commencé à cogiter, mais le contexte était différent. Ici, nous n'étions pas confinés du tout. Puis les nouvelles mesures sont arrivées en Suisse. Alors je me suis lancé. 

Vous nous aviez habitués aux polars ou aux thrillers, cette fois il s'agit plutôt d'un roman d'anticipation...votre virus de l'écriture a muté?

Je ne pense pas (rires)! Mon prochain livre sera d'ailleurs un polar. J'avais une vague idée après "Restez chez vous". Mais j'ai toujours dit que s'il y avait une suite, il était hors de question que ce soit un polar. J'ai donc opté pour une dystopie (réd: récit de fiction qui décrit un monde utopique sombre) et j'ai eu un énorme plaisir à me livrer à cet exercice.

L'avenir que vous décrivez dans votre livre est sombre, c'est vraiment comme ça que vous voyez la suite?

Non, moi je suis beaucoup plus optimiste que mes livres! Je suis d'ailleurs une personne assez joyeuse. Le côté sombre du récit est le même que celui que j'exploite dans l'écriture de mes polars. Il y a bien des questions qui m'inquiètent, comme les répercussions de cette crise sur l'économie. Ou ses conséquences psychologiques, notamment sur les enfants. Mais ça s'arrête là. J'ai bon espoir que l'on aille vers un mieux au début 2021.

Vous êtes très actif sur les réseaux sociaux. Y publier les chapitres de vos histoires ne menace-t-il pas la vente des livres? 

Tout comme mon collègue l'auteur Marc Voltenauer, je publie quelque chose quotidiennement, au pire tous les deux jours. Pour "Restez chez vous", c'était en effet un risque. Mais la demande d'un ouvrage papier est venue des lecteurs. Mon éditeur a organisé un sondage sur son site pour évaluer la demande et en deux jours, nous avions déjà atteint 260 pré-commandes! Aujourd'hui, nous avons dépassé les 10'000 exemplaires.

L'auteur donne quasi-quotidiennement de ses nouvelles sur les réseaux sociaux
Nicolas Feuz

Pour "Le Calendrier de l'après", la publication était déjà prévue avant Noël. J'y ai beaucoup travaillé le soir et le week-end pour arriver à 48 chapitres, ce qui collait bien avec les 24 jours qui précèdent la fête.

Le monde de la culture est fortement mis à mal par la crise du coronavirus, en tant qu'écrivain, diriez-vous que vous êtes chanceux?

Oui, pour avoir parlé avec des musiciens et des acteurs de théâtre, les écrivains ne s'en sortent pas si mal. Notre chance est que la plus grande partie de notre activité se passe dans les librairies, qui tournent sans nous. Pour ma part, j'en ai pâti au niveau des dédicaces et des salons littéraires. Rien qu'en décembre, j'ai habituellement 30 à 40 séances de dédicaces dans mon agenda. Il y en aura beaucoup moins cette année et c'est dommage, ce sont toujours des moments d'échange très sympa. Cela dit, entre mai et juin, les ventes en librairie ont été excellentes. Les gens ont eu une soif de lecture qu'ils n'avaient pas auparavant. 

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