Nouvel ambassadeur «Je suis toujours convaincu que l'ONU est une plateforme universelle indispensable»

ATS

25.5.2026 - 09:19

Le nouvel ambassadeur de Suisse auprès des Nations unies veut apporter un peu de «suissitude» à New York. Frank Grütter entend contribuer à préparer l'ONU pour l'avenir avec des qualités typiquement suisses, telles que l'esprit de dialogue, le pragmatisme, la ténacité et la capacité d'innovation.

Frank Grütter entend contribuer à préparer l'ONU pour l'avenir avec des qualités typiquement suisses, telles que l'esprit de dialogue, le pragmatisme, la ténacité et la capacité d'innovation.
Frank Grütter entend contribuer à préparer l'ONU pour l'avenir avec des qualités typiquement suisses, telles que l'esprit de dialogue, le pragmatisme, la ténacité et la capacité d'innovation.
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Fort de 25 ans d'expérience, le diplomate connaît bien l'ONU: il avait passé quatre ans à New York au début de sa carrière au début des années 2000. Plus tard, il a dirigé de 2018 à 2022 la division Nations unies et organisations internationales à Berne, puis la campagne de la Confédération visant à obtenir un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité.

Keystone-ATS: Cela fait bientôt 25 ans que le peuple suisse a approuvé l'adhésion à l'ONU. Cette décision a-t-elle été positive?

Frank Grütter: L'adhésion a été bénéfique pour la Suisse. En tant que petit pays avec une économie fortement mondialiséee, la Suisse a besoin de relations internationales stables et de règles claires. L'ONU est le lieu où ce réseau se tisse et où de nombreuses règles sont élaborées. La Confédération a beaucoup à offrir et il est logique qu'elle s'implique.

Vous avez travaillé au début du siècle à la mission suisse à New York. A vos yeux, comment l'ONU a évolué depuis lors?

Certains thèmes sont plus brûlants qu'il y a vingt ans: par exemple, les tensions entre les grandes puissances, la fragmentation géopolitique, le changement technologique ou la situation financière très précaire de l'ONU.

Mais il y a aussi des parallèles: à l'époque déjà, il y avait des conflits extrêmement graves – que l'on pense à la guerre civile au Darfour ou à l'invasion de l'Irak par les Etats-Unis en 2003. Le nombre de conflits armés a toutefois considérablement augmenté: on en compte désormais 130, selon le CICR, plus du double qu'il y a encore quinze ans!

L'ONU doit s'adapter à ces nouveaux défis. En est-elle capable dans son état de faiblesse actuel?

L'ONU est un reflet de l'état du monde. Elle souffre des tensions géopolitiques et se retrouve dans une crise de liquidité à cause de certains Etats importants qui ne paient pas leurs contributions ou les versent en retard.

Mais il y a aussi des évolutions positives: la très grande majorité des Etats membres soutiennent l'ONU. Des accords internationaux importants ont également pu être conclus ces derniers temps, comme le traité sur la haute mer ou l'accord sur les pandémies à l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

L'ONU s'adapte également: le processus de réforme en cours UN80 doit rendre l'organisation plus légère, plus agile et plus efficace.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a mis en garde contre un «effondrement financier» qui pourrait toucher l'organisation encore cette année. Peut-on l'éviter?

C'est précisément en raison de cette crise des liquidités qu'un nombre sans précédent d'Etats ont versé cette année leurs contributions à temps. Il est important qu'à côté de tous les problèmes, on voie aussi le positif.

Même vingt ans après ma première mission à New York, je suis toujours convaincu que l'ONU est une plateforme universelle indispensable pour le dialogue et la recherche de solutions, même si parfois les résultats se font attendre longtemps et que des compromis sont nécessaires.

Vous succédez à l'ambassadrice Pascale Baeriswyl qui a représenté la Suisse durant le mandat de deux ans au Conseil de sécurité. Quelles leçons la Confédération a-t-elle tirées de cette période passée dans l'organe le plus puissant du système onusien?

Ce mandat nous a apporté de l'influence et de la visibilité. Il a renforcé l'image de la Suisse comme défenseure du droit international, comme bâtisseuse de ponts au-delà des frontières et comme experte dans de nombreux domaines.

La Suisse a lancé de nombreuses initiatives qui ont montré leur efficacité depuis 2024, par exemple dans le domaine de la protection des populations civiles lors de conflits, de la transparence et du devoir de responsabilité du Conseil de sécurité ou encore de l'impact des développements scientifiques sur la sécurité internationale.

En quoi ces expériences influencent-elles vos priorités en tant que chef de la mission suisse à New York?

Mes priorités s'inscrivent dans la continuité de ces thèmes: nous restons des défenseurs déterminés du droit international, nous nous engageons pour un multilatéralisme ciblé, efficace et orienté vers l'avenir, qui est actif là où il peut amener de la plus-value.

Je me réjouis de la collaboration avec les autres Etats membres et j'espère qu'avec des qualités typiquement suisses, telles que l'esprit de dialogue, le pragmatisme, la ténacité et la capacité d'innovation, nous pourrons apporter une contribution à une ONU ciblée, efficace et orientée vers l'avenir – et qui reste fortement ancrée à Genève.