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L'initiative «Stop au black-out» a été déposée en février 2024 (archives).
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Le vote sur l'initiative «Stop au black-out» s'est conclu jeudi par 99 voix contre 98 en faveur d'une interdiction de construction de centrales nucléaires jusqu'en 2035. Quelques minutes plus tard, la décision a toutefois été annulée. Le centre-gauche soupçonne des tentatives de pression.
C’était l’un de ces votes où, au Conseil national, chaque voix compte soudainement. Jeudi matin à 10h38, le score était de 99 contre 98. Une majorité d’une très faible marge souhaitait maintenir l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires en Suisse jusqu’en 2035.
L'homme qui a fait pencher la balance s'appelait Daniel Sormanni. Ce conseiller national genevois n'est pas membre de l'UDC, mais siège au sein du groupe parlementaire de l'UDC en tant que membre du Mouvement citoyens genevois. Comme les fois précédentes, il s'est abstenu cette fois-ci également. Il a ainsi permis au centre-gauche de remporter la victoire l'espace d'un instant.
Mais ce moment n’a pas duré longtemps. Immédiatement après le vote, plusieurs conseillers nationaux de l’UDC se sont approchés de Daniel Sormanni, qui était assis bien en vue à l’avant, près des scrutateurs. Parmi eux se trouvaient le chef du groupe parlementaire de l’UDC, Thomas Aeschi, et le conseiller national Andreas Glarner. Seuls les participants savent exactement ce qui a été dit.
Pour plusieurs membres du Conseil, cette scène a toutefois donné l’impression d’une tentative, visible de tous, de faire changer d’avis Sormanni.
L’une d’entre eux : la présidente du groupe du Centre, Yvonne Bürgin. Elle a observé la conversation, s’est avancée et a photographié la scène à bout portant. De son point de vue, elle souhaitait documenter ce qu’elle percevait comme une tentative de pression. Plusieurs conseillers nationaux ont applaudi.
«La Constitution stipule clairement qu’on vote sans consigne», a déclaré Mme Bürgin à blue News. Si quelqu’un vote dans un premier temps à l’encontre de la ligne du parti ou s’abstient, puis que plusieurs collègues de son parti tentent de le convaincre, ce qui l’amène à changer d’avis, cela laisse «un goût amer». Elle se demande si Daniel Sormanni a subi des pressions.
Si tel est le cas, il s’agirait de «méthodes à la Trump» – et celles-ci n’ont pas leur place au Palais fédéral.

La conseillère nationale du Centre, Yvonne Bürgin, a photographié la scène et soupçonne le chef du groupe UDC, Thomas Aeschi, d’avoir exercé une «pression» sur son collègue de groupe Daniel Sormanni.
ZVG
La Constitution fédérale stipule clairement que les membres de l’Assemblée fédérale votent sans instructions. En d’autres termes : la discipline de groupe est interdite.
Andreas Glarner rejette cette accusation. Il aurait simplement demandé des précisions à Daniel Sormanni, car c’était celui qui était assis le plus près de lui. «Il m’a dit qu’il s’était trompé en appuyant sur le bouton», explique Andreas Glarner. Il aurait alors déposé une motion d’ordre demandant la répétition du vote. «Je ne suis resté qu’à peine cinq secondes près de lui. En cinq secondes, on ne peut mettre personne sous pression.»
Le chef du groupe UDC, Thomas Aeschi, n’a pas souhaité s’exprimer auprès de blue News.
«Pas de commentaire.»

Thomas Aeschi
Le chef du groupe UDC
La conseillère nationale du PS, Sarah Wyss, a également été témoin de la scène. Elle s’est adressée directement à Andreas Glarner après le vote. Elle explique à blue News qu’elle lui a demandé si son collègue de groupe avait vraiment voté de manière erronée – ou simplement «pas dans l’esprit de l’UDC».
Daniel Sormanni a lui-même évoqué une tentative de pression. Dans une prise de position écrite, il précise qu’il s’est trompé lors du vote. Les tentatives de pression auraient plutôt eu lieu lors du débat d’entrée en matière et du vote final – c’est-à-dire à des moments où il ne s’était pas opposé au groupe parlementaire de l’UDC.
Dans le « Blick », il s’exprime toutefois plus clairement : «La pression exercée par la direction de l’UDC était trop forte.»
La motion d’ordre de Glarner a été acceptée. Au Conseil national, il existe en effet un «gentlemen’s agreement» : lorsqu’un député déclare s’être abstenu lors du vote, celui-ci est généralement répété.
Lors du deuxième vote, Daniel Sormanni a changé son vote. Il s’est alors rallié au groupe UDC. Le résultat s’est ainsi renversé. La proposition du centre-gauche visant à interdire la construction de nouvelles centrales nucléaires d’ici 2035 a été rejetée – notamment parce que six membres du centre ont voté contre.
Il s’agissait de l’initiative « Stop au black-out ». Celle-ci vise à permettre la construction de nouvelles centrales nucléaires en Suisse. Le ministre de l’Énergie de l’UDC, Albert Rösti, souhaitait désamorcer cette initiative populaire au moyen d’une contre-proposition indirecte et intégrer la revendication centrale dans une modification de loi.
Le centre-gauche s’y est opposé. À l’issue d’un nouveau vote, une chose était claire : le Conseil national et le Conseil des États pourront clore vendredi le débat sur l’initiative « Stop aux coupures de courant ». Le Conseil fédéral fixera ensuite la date de la votation populaire. Un référendum contre la contre-proposition indirecte a déjà été annoncé.