Depuis plusieurs jours, la petite commune suisse de Lutry peine à surmonter la disparition de plusieurs adolescents, victimes de l'incendie d'un bar dans la station de ski de Crans-Montana pendant la nuit du nouvel an. Sept d'entre eux étaient membres du club de football local.
«Encadrer et aider les jeunes», après la tragédie de Crans-Montana
Avec sept jeunes qui ont péri dans les incendies du «Constellation», la commune de Lutry reste sous le choc : «On a une génération ici qui a été décimée et ça va être très, très difficile pour ceux qui restent de s'en relever».
09.01.2026
«On a une génération ici qui a été décimée et ça va être très, très difficile pour ceux qui restent de s'en relever», confie à l'AFP le président du FC Lutry, Stéphane Bise. A quelques centaines de mètres du club, des dizaines de personnes sont venues faire leur dernier adieu jeudi soir à Arthur, junior et coach du club, au temple protestant de cette petite ville proche de Lausanne, sur les bords du Léman.
Des dizaines de bougies et de fleurs sont posées sur le parvis, ainsi que quelques petits ballons de foot portant des coeurs. De l'autre côté de la porte d'entrée, on peut voir, sur une très grande affiche, un dessin représentant Arthur avec son petit frère l'enlaçant dans le dos, souriant, et ces mots: «Ton petit frère et ta famille ne t'oublieront jamais.»
Il allait fêter ses 17 ans. Sa mère, Laetitia Brodard-Sitre, elle-même coach au FC Lutry, est apparue dans de nombreux médias après le drame, affichant son désespoir de ne pas avoir de nouvelles après avoir écumé les hôpitaux pour retrouver son fils.
A la sortie du temple, six jeunes ont porté son cercueil en bois clair, avec l'aide de son petit frère fermant la marche. Sa mère a alors tendrement chanté «Une chanson douce». Les secouristes et policiers étaient au garde-à-vous au passage du véhicule le transportant.
«Communauté entière touchée»
«C'était très important que les jeunes soient là» et qu'ils puissent prendre la parole et «partager leur affection pour Arthur, parce que c'est eux qui sont en première ligne», témoigne après la cérémonie le pasteur, Alain Brouze, auprès de l'AFP.
Ces adolescents participent à des services religieux «à répétition» car plusieurs jeunes de la communauté de Lutry sont décédés, en plus des sept jouant au FC Lutry. «Certains ont aidé à sortir des personnes (du bar) à Crans-Montana, ils ont vu des scènes vraiment difficiles», se désole le pasteur.
«C'est vraiment une communauté entière qui a été touchée», résume-t-il, au sujet de cette petite ville d'environ 10'500 habitants aux allures de village, à la périphérie de Lausanne. Plusieurs jeunes de la commune font également partie des blessés, dont certains grièvement. Le terrible drame a fait 40 morts et 116 blessés.
Rapidement après le drame qui s'est déroulé la nuit du nouvel an, les paroissiens se sont mobilisés pour installer une permanence afin que les gens puissent apposer des mots de soutien ou des prières sur le mur derrière l'autel.
«Volez libres vers le paradis»
On peut ainsi lire sur ces petits papiers: «A jamais dans nos coeurs», «Pour que vous puissiez reposer en paix petits anges», «Je pense à vous», ou «Tu es mon coach préféré».
Cinq autres joueurs du FC Lutry sont encore hospitalisés, et la petite amie d'un joueur est décédée. L'école privée de Champittet compte aussi trois décès parmi ses élèves, et quatre anciens étudiants, dont certains jouaient au club de foot, selon la presse suisse.
«On vit un drame inimaginable» mais «c'est une communauté heureusement très soudée», fait remarquer le président du FC Lutry.
Le club a mis en place une permanence quotidienne et met à disposition des rubans qui ont été découpés dans la voile d'un bateau mythique du port de Lutry, sur le Lac Léman, pour que l'on puisse accrocher des messages au grillage du terrain de foot.
«Cette initiative est venue des membres de notre communauté qui nous ont fait comprendre qu'ils avaient besoin de se rendre utiles, qu'ils avaient besoin aussi de se rassembler, de pouvoir parler, de pouvoir se faire des câlins, de pouvoir échanger sur ce drame horrible», explique M. Bise.
«Vous êtes des enfants, volez libres vers le paradis», peut-on lire sur un message, qui est accompagné du dessin d'une colombe de la paix et de deux coeurs.
Le fils du président du club connaît bien tous ces jeunes, et assiste aussi aux obsèques. Comme l'explique sa mère, Sophie Bise, «c'est des jeunes qu'ils côtoient depuis qu'ils ont 4 ans. Ils se sont tous croisés à l'école plus ou moins, et puis sur les terrains de foot, et maintenant dans les soirées».