«On n'en peut plus de l'incertitude!»

Valérie Passello

21.12.2020

Les quelque 10'000  Britanniques récemment arrivés en Suisse devront observer une quarantaine de dix jours. Alors que les portes du pays sont désormais fermées aux voyageurs de Grande-Bretagne, ceux qui sont déjà sur sol helvétique accusent le coup. Témoignage.

epa08897945 A deserted Oxford street in London, Britain, 21 December 2020. Tougher tier four coronavirus restrictions in London and parts of south east and England have come into force on 20 December. EPA/FACUNDO ARRIZABALAGA
À Londres, les restrictions sont extrêmement strictes pour les fêtes de Noël, comme en témoigne cette rue déserte d'Oxford Street prise le 21 décembre.
KEYSTONE

«Nous sommes arrivés en Suisse le 15 décembre. Je viens d'apprendre la nouvelle à propos de la quarantaine. Jusqu'ici, nous avons skié et sommes sortis normalement, bien sûr en respectant les mesures sanitaires.», témoigne Carine M.*, manifestement ébranlée par les récentes décisions de la Confédération. 

Cette Suissesse, mariée à un anglais et établie avec famille et enfants dans la périphérie de Londres, a l'habitude de venir passer les fêtes de fin d'année chez ses parents, dans le canton de Vaud. 

«Nous ne pensions pas venir cette année, parce que les règles changent sans arrêt. Mais j'ai perdu mes grands-parents. Alors je me suis décidée à la dernière minute. J'ai réussi à "m'échapper du pays" pour l'enterrement et pour soutenir ma famille», raconte Carine.

Une nouvelle donne qui change tout

Afin de respecter les consignes en vigueur en terre vaudoise et de ne pas dépasser le maximum de cinq personnes autorisé sous un même toit, le couple et ses trois enfants a trouvé un pied-à-terre dans une station valaisanne. 

Avec cette nouvelle donne, la mère de famille est dépitée: «Nous devions aller trouver mes parents pour Noël, puisque la limite s'élève à 10 personnes pour les fêtes. Mais là, je ne peux absolument pas dire, à l'heure actuelle, ce que nous allons pouvoir faire ou non. On n'en peut plus de l'incertitude!»

En traversant la Manche en voiture par l'Eurotunnel, Carine et son époux connaissaient les risques, mais le flou pèse tout de même: «Nous avons prévu de repartir le 27 décembre. Va-t-on pouvoir rentrer? Je n'en sais rien non plus.»

Entre Covid et Brexit, ambiance «horrible»

En Grande-Bretagne aussi, les mesures se sont durcies abruptement. «Jusqu'à samedi dernier, la consigne était qu'on avait le droit de passer Noël avec trois familles. Mais depuis dimanche, c'est fini. Il n'y aura pas de Noël à Londres», décrit la Suissesse expatriée. 

Bien qu'elle se considère comme «privilégiée» de par son cadre de vie et sa situation, Carine décrit une année 2020 extrêmement difficile outre-Manche: «Les mamans que je côtoie pètent les plombs. Depuis mars, nous avons vécu un confinement total pendant trois mois. Et il y a énormément d'anxiété partout, l'ambiance est horrible. Je n'ose pas imaginer la situation de ceux qui ont moins de chance que nous.»

Les négociations sur le Brexit entre Londres et Bruxelles viennent encore ajouter de l'huile sur le feu, témoigne-t-elle:« Comme les deux parties ne sont toujours pas d'accord, on parle d'une possible augmentation de 40% du prix de marchandises étrangères, comme le fromage français, par exemple. Alors les gens commencent à faire des réserves. Au printemps, c'était le papier de toilettes, maintenant ce sera peut-être le fromage...»

*Nom connu de la rédaction

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