Ouverture à Fribourg du procès de l'ex-boursier de Belfaux

ATS

23.2.2021 - 16:22

Le procès de l'ex-boursier communal de Belfaux s'est ouvert mardi à Fribourg devant le Tribunal pénal économique. Accusé d'avoir détourné près de 6 millions de francs, le prévenu de 52 ans est resté évasif sur les raisons de ces agissements survenus de 2005 à 2019.

Le président du tribunal Alain Gautschi a voulu d'emblée savoir ce qui avait incité l'accusé à commencer à puiser dans la caisse. «Je ne sais plus, peut-être qu’il me fallait de l’argent pour payer une facture. Je me suis dit que j’allais l’emprunter, puis le rembourser plus tard», a répondu l'ex-boursier, affichant plutôt profil bas.

Dans l'ensemble, ce dernier est demeuré approximatif dans ses réponses mardi. Se trouvant en détention préventive depuis le 26 août 2019, il doit répondre d’abus de confiance, d'escroquerie par métier, de gestion déloyale, de gestion déloyale des intérêts publics, de faux dans les titres et de blanchiment d’argent.

Pris dans une tourmente

Au-delà, le prévenu a adopté une attitude empreinte de repentance, en expliquant avoir été «pris dans une tourmente». «J’ai essayé une fois, ça a passé. Une deuxième fois, ça a aussi passé. Alors j’ai continué, je n’ai pas su m’arrêter», a ajouté celui qui a détourné 5,85 millions de francs, selon l'enquête du Ministère public.

L'ex-boursier a connu une montée en puissance dès 2013. Jusqu'en 2019, il a ainsi procédé à pas moins de 205 prélèvements en espèces, présentant une moyenne de 25'000 francs (5,1 millions au total). Le Fribourgeois faisait passer ces prélèvements pour des «acomptes d’impôts paroissiaux», opérations qui ont mené à une première suspicion.

Il a été cependant mis hors de cause après une expertise comptable en 2017, année où il avait prélevé près d’un million et demi de francs dans la caisse. Le prévenu en avait été le premier surpris. «Je pensais que c’était enfin le moment, que tout allait être découvert et que ça allait enfin s’arrêter», a-t-il dit au président.

Commandement de payer

L'ex-boursier s'est étonné de la facilité avec laquelle il a réussi à convaincre son entourage, plusieurs syndics s'étant succédé, de signer à la chaîne des ordres de virement. «Ce qui les intéressait, c’est que le bouclement du budget et des comptes soit fait à temps. Mon travail quotidien, ils ne s’en préoccupaient pas.»

Les millions détournés ont notamment servi à investir dans l'immobilier au Brésil, le pays de son ex-épouse, a révélé l’enquête de la procureure générale adjointe Alessia Chocomeli-Lisibach. Le solde est allé dans des dépenses ponctuelles, a affirmé l'accusé, tout en précisant: «Je suis complètement ruiné, j’ai tout perdu.»

L'ex-boursier a réfuté avoir mis de côté les 2,5 millions de francs, dont le Ministère public a perdu la trace. Devant les juges, il a dit vouloir assumer l’entier de ses actes et être prêt à en payer le prix. L'individu a ainsi retiré son opposition au commandement de payer de quelque 6 millions envoyé par la commune de Belfaux.

Série d'artifices comptables

Le prévenu a déposé plusieurs demandes de remise en liberté, toutes refusées en raison du risque de fuite. Avant son procès, dont l'acte d'accusation compte 19 pages, il a indiqué attendre avec impatience le rendez-vous pour s'expliquer. Le Ministère public fribourgeois a clos il y a six mois une instruction ouverte un an plus tôt.

L'ex-boursier a recouru à toute une série d'artifices pour procéder à des prélèvements en espèces du compte bancaire de Belfaux, une commune de 3300 habitants. Des prélèvements qu'il a essentiellement ʺjustifiésʺ par des fausses factures, des ordres de virement frauduleux et des falsifications de la comptabilité.

Avec son montage, l'individu a notamment créé des débiteurs fictifs, en doublant les factures réelles de fournisseurs. Leur comptabilisation intervenait généralement via un virement bancaire électronique et des copies de factures qu’il falsifiait pour obtenir le montant dans la caisse.

Durant l'enquête, la magistrate a fait bloquer des comptes bancaires du prévenu en Suisse pour une somme avoisinant 200'000 francs. Elle a séquestré deux biens immobiliers dans le canton de Fribourg. Des demandes d’entraide internationale ont en outre été envoyées au Brésil et en Espagne.

A la justice désormais de décortiquer l'imbroglio financier. Le procès se poursuit lundi. Le jugement du Tribunal pénal économique du canton de Fribourg est attendu le 30 mars.

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