Procès à Zurich Un ex-fonctionnaire du Vatican accusé de corruption

ATS

16.7.2025 - 17:44

Un ex-surveillant en chef des marchés financiers au Vatican a comparu mercredi devant le Tribunal de district de Zurich. Accusé d'avoir corrompu des hauts fonctionnaires autrichiens, ce Suisse de 52 ans risque cinq ans de prison. La défense exige son acquittement.

Un garde suisse pontifical se tient devant la basilique Saint-Pierre au lever du soleil, avant les funérailles du pape François sur la place Saint-Pierre au Vatican, le samedi 26 avril 2025.
Un garde suisse pontifical se tient devant la basilique Saint-Pierre au lever du soleil, avant les funérailles du pape François sur la place Saint-Pierre au Vatican, le samedi 26 avril 2025.
KEYSTONE

Keystone-SDA

Le prévenu a refusé de répondre aux questions durant son procès, mais il a nié avoir enfreint la loi. Il a lu, au début de son procès, une déclaration personnelle, dans laquelle il qualifie les reproches portés contre lui d'"inexacts». Il a aussi souligné qu'il avait toujours combattu le blanchiment d'argent.

Prise de distance avec son intermédiaire

En revanche, l'accusé a déclaré s'être trompé sur la personne de contact – une détective privée – qu'il avait mandatée comme intermédiaire. Cette personne a été condamnée en Allemagne. «Si j'avais su qu'elle agirait de manière illégale, je n'aurais pas travaillé avec elle.»

Le Ministère public zurichois accuse le prévenu de corruption, notamment, et réclame cinq ans de prison contre lui. Entre 2013 et 2016, il aurait obtenu illégalement, par l'intermédiaire de la détective, des informations de la part d'un agent secret et d'un ancien ministre des finances autrichiens sur des concurrents de ses clients.

Réseau d'espions

Selon le procureur, le prévenu s'est constitué un réseau de type «secret contre argent» pour faire de la corruption «son modèle commercial». En début de matinée, l'homme a déclaré au tribunal être parti de l'idée que les agents secrets vendaient des informations dans leur temps libre. «Cette excuse est ridicule», a dénoncé le procureur.

La démarche de l'accusé était ciblée, estime l'accusation. La détective privée qu'il connaissait déjà, une ancienne agente secrète de l'Allemagne de l'Est, disposait d'un réseau d'espions qui livraient des renseignements contre de l'argent. L'ex-surveillant en chef des marchés financiers au Vatican et l'ex-espionne entretenaient une relation très familière, selon le Ministère public.

«Par appât du gain»

Le prévenu a agi de manière extrêmement «blâmable», estime le procureur. «Un tel procédé ébranle la confiance en l'Etat», a-t-il souligné. D'autant plus que l'accusé se trouvait dans une situation privilégiée et travaillait, en réalité, dans la lutte contre le crime.

D'après le procureur, le quinquagénaire a agi par appât du gain, alors même qu'il n'avait sans doute aucun problème financier personnel.

Aucune preuve valable pour la défense

Dans sa plaidoirie, l'avocat du prévenu a réclamé l'acquittement de son client. Il a reproché au Ministère public d'avoir perdu tout sens de la mesure en exigeant cinq ans de prison. Selon lui, l'accusation se base sur de «folles spéculations et affirmations». Elle avait sans doute été mise sous pression fin 2024, car des confrères autrichiens et allemands avaient alors bouclé leurs enquêtes à ce sujet, estime la défense.

Face aux juges, l'avocat a mis en doute le fait prétendu que certaines personnes de contact étaient des élus. Le fait que le nom de l'ancien ministre des finances autrichien Karl-Heinz Grasser soit évoqué dans l'acte d'accusation ne constitue qu'un acte d'esbroufe «inconsistant», contre-attaque la défense.

Il n'existe aucune trace des paiements versés pour les secrets livrés, estime l'avocat du prévenu. A en croire l'accusation, l'intermédiaire en a présenté ses propres preuves. Pourtant, d'autres autorités ont constaté que celles-ci comportaient de fausses déclarations, réplique la défense.

Jugement pas avant 20h30

Pour l'avocat, le motif d'appât du gain, avancé par le procureur, ne fait aucun sens. Le prévenu «avait bonne réputation et une situation professionnelle prestigieuse», a souligné son défenseur. De plus, selon lui, les mandataires pour lesquelles il aurait commis les actes reprochés n'avaient aucun intérêt financier pour l'accusé.

En matinée, la Cour a écarté d'emblée une partie des chefs d'accusation relevés dans l'acte d'accusation, dont des violations du secret bancaire. Ces derniers sont déjà prescrits, selon le président du tribunal. Le jugement est attendu pour 20h30 au plus tôt.