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Le président du gouvernement valaisan Christophe Darbellay a dit tout le mal qu'il pensait de l'introduction d'un salaire minimal légal dans le canton, lundi devant le Grand Conseil (photo d'archives).
ATS
Le débat d'entrée en matière sur l'introduction d'un salaire minimum en Valais a tourné à l'affrontement gauche-droite, lundi au Parlement. Le Conseil d'Etat s'est, lui, prononcé contre cette initiative populaire, pour laquelle il ne prévoit pas de contre-projet.
En septembre 2022, le comité d'initiative formé des partis de gauche et des syndicats avait déposé 5068 signatures valables, soit bien plus que les 3000 à obtenir dans un délai de trois mois.
L'objectif de la démarche est d'instaurer un salaire horaire brut de 22 francs pour tous les salariés du canton, quelle que soit leur profession, à l'exception de l'agriculture pour laquelle une dérogation jusqu'à 18 francs par heure serait possible.
La proposition des initiants vise à améliorer les conditions de vie des employés de plusieurs secteurs de l'économie domestique, de la vente, de l’agriculture, de l’hôtellerie-restauration et de la coiffure.
«A première vue, cette initiative peut être séduisante. Toutefois, la solution proposée est inadéquate et même dangereuse pour l'emploi, l'économie et in fine pour les travailleurs qu'elle entend protéger», a estimé, lors du débat de lundi, la cheffe du groupe PLR, Sonia Tauss-Cornut. La Chablaisienne dit craindre «une hausse générale des prix.» «Cette initiative est contre-productive. Elle menace les emplois et péjore l'économie», lui a emboîté le pas Martin Giachino (UDC du Haut-Valais).
«Ce texte tend à répondre à la question suivante: "est-ce que j'accepte que la société, dans laquelle je vis, tolère que des salariés qui travaillent à 100% ne puissent pas vivre de leur travail?'», a résumé le député socialiste Blaise Carron. «Le reste n'est que littérature». Le syndicaliste a ensuite longuement mis les députés de droite devant leurs responsabilités sur ce sujet.
Pour Mathieu Clerc (les Vert-e-s), «cette initiative est un choix de société. Aujourd'hui, dans notre canton, de nombreuses personnes travaillent à plein temps sans parvenir à vivre correctement. Le travail ne doit pas rendre pauvre».
«Nous ne soutenons pas l'initiative, car nous croyons à un pilier fondamental: le partenariat social», a résumé, pour sa part Carole Melly-Basili (Le Centre du Valais romand). Pour Mathias Delaloye (UDC du Valais romand), «cette initiative ne sert tout simplement à rien.»
De notre côté, nous la soutenons fortement, car elle a été formulée d'une manière très générale", a révélé Philipp Loretan (NEO). «Ce sera aux parlementaires d'être, en quelque sorte, les architectes de cette loi. Un salaire minimum légal n'est pas l'ennemi de l'économie mais un bouclier de protection, surtout envers les employeurs qui s'adonnent au dumping salarial.» Concrètement, le groupe NEO propose d'accepter un salaire minimum dans les professions dans lesquelles il n'y a pas de CCT.
Le Conseil d'Etat appelle, lui, à refuser le texte en votation. Il a choisi de renoncer à présenter un contre-projet.
Selon le gouvernement, «l’initiative ne manquera pas d’avoir un impact négatif sur le marché de l’emploi et le taux de chômage, surtout dans les domaines économiques où la concurrence est importante et qui connaissent des difficultés, créant des barrières pour les groupes déjà vulnérables comme les jeunes et les travailleurs peu qualifiés désireux de trouver un nouvel emploi.»
Pour l'Exécutif cantonal, "l'introduction d’un salaire minimum menace l’agriculture et certains petits commerces situés dans les vallées latérales et la compétitivité du Valais tant sur le plan national qu’international (ndlr: notamment avec la proximité de la France et de l'Italie où les salaires sont plus bas). De même, une hausse généralisée des salaires pourrait engendrer une augmentation des coûts dans la restauration ou les services de proximité. Sans parler du contexte géopolitique actuel.
La lecture de détail aura lieu mercredi matin. Que cette initiative populaire soit finalement soutenue ou non par la majorité du Grand Conseil, les citoyens du canton auront le dernier mot sur le sujet à une date encore à définir. Une initiative identique avait été balayée par le peuple valaisan en 2014 (non à 80,7%).
Ailleurs en Suisse, un salaire minimum a déjà été introduit dans les cantons du Jura, Tessin, Bâle-Ville, Neuchâtel et Genève. Vaud pourrait rejoindre la liste, une votation pour l'introduction d'un salaire minimum de 23 francs étant soumise au peuple le 14 juin.
Au niveau national, le débat a eu lieu pour savoir si le salaire minimum devait primer sur les conventions collectives de travail (CCT). Le Parlement fédéral a répondu par la négative, offrant toutefois des garanties à Neuchâtel et Genève, seuls cantons où le salaire minimum prime sur les CCT.