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L’hostilité notoire de Javier Milei envers la presse critique est montée en volume récemment.
ats
Attaques contre un média, contre des journalistes nommément, invectives un peu plus stridentes, à présent plaintes au pénal: l'hostilité notoire de Javier Milei envers la presse critique est montée en volume récemment, un moteur classique du président argentin, comme réactivé en contexte pré-électoral.
«Merde humaine», «déchets immondes», «plaie d'Egypte» et le nouveau slogan «On ne déteste pas assez les journalistes», décliné désormais en hashtag #NLOSALP. Dans les propos ou dans les (nombreux) tweets de l'ultralibéral Milei, le champ lexical s'est un peu élargi depuis deux mois.
Nouveauté récente: cinq journalistes ont fait l'objet de plaintes au pénal par le chef de l'Etat ces dernières semaines, après trois déjà au premier trimestre.
La dernière en date vise la journaliste radio Julia Mengolini, pour «diffamation», pour avoir affirmé - elle dit n'avoir fait que citer des propos passés de M. Milei - qu'il est «amoureux de sa soeur» Karina, secrétaire générale de la présidence. Et qu'il «vit avec ses chiens».
«Toutes ces merdes de journalistes m'ont traité d'incestueux, de zoophile, d'homophobe. Ils m'ont traité de nazi...», s'est expliqué Javier Milei récemment, plaidant la légitime défense sur le canal de streaming (ami) Neura. «A moi, ils me disent de tout, et ce serait normal? Action, réaction! (...) Après ils se prennent un retour de bâton et ils viennent pleurer.»
Les procédures n'ont guère de chance d'aboutir. Deux déjà ont été classées. Mais Julia Mengolini, qui a été visée par une vague de cyberharcèlement de comptes pro-Milei depuis, a contre-attaqué en justice, et s'est vu accorder une protection policière par un juge.
Une enquête au long cours du quotidien La Nacion, à l'aide de l'intelligence artificielle, a comptabilisé, la première année de présidence Milei, 410 attaques contre la presse dans ses discours, interviews ou tweets, et plus de 60 journalistes nommément visés. Selon FOPEA, le Forum du journalisme argentin, le décompte 2025 atteignait en juin 129 attaques, dont 78 attribuables au président.
Syndrome de toujours, ou accès de fièvre récent? «C'est un trait de Milei depuis des années, mais ces dernières semaines ça s'est un peu exacerbé, à mesure que le gouvernement perdait le contrôle de l'agenda», analyse pour l'AFP Hugo Alconada Mon, journaliste d'investigation à La Nacion.
Référence à quelques semaines récentes délicates pour l'exécutif, sur fond de doutes répétés dans la presse sur les réserves de la Banque centrale, ou sur les investissements et la reprise économique qui tardent à s'affirmer, au-delà du succès contre l'inflation.
M. Alconada lui-même assure avoir été cible de tentatives répétées de piratage et avoir reçu des menaces, après sa révélation en mai d'un nouveau «Plan de renseignements» en gestation, qui selon lui ouvrirait la porte à la surveillance de journalistes, économistes, experts ou autres acteurs suspects «d'éroder la confiance» dans les institutions. La présidence a confirmé l'existence d'un plan en réflexion, mais farouchement démenti de tels desseins.
Pour le politologue Gustavo Marangoni, l'hostilité vis-à-vis de la presse est en réalité consubstantielle du projet «libertarien» de Javier Milei. «C'est un thème central dès lors que le gouvernement se dit engagé dans une +bataille culturelle+, et que le narratif, par définition les informations, les analyses, des opinions, passent par les médias», argumente-t-il.
En outre, rappelle-t-il à l'AFP, «l'identification d'un ennemi», réel ou supposé, est fondamentale à un «projet de nature populiste» pour créer la sensation qu'"en face, il y a une sorte de complot entre des secteurs de la politique, des médias, du syndicalisme, qui s'unissent pour empêcher le succès de la gouvernance libertarienne".
Et puis, souligne Shila Vilker, politologue directrice du sondeur Trespuntozero, en intensifiant son offensive contre la presse, Milei renfile le costume disruptif qui l'a servi à la présidentielle 2023. Il montre «qu'il reste bien le même +outsider+ qui est arrivé au pouvoir pour combattre la +caste+» politico-médiatique. Le «dynamiteur depuis l'intérieur».
Un rappel à son public, son «noyau dur», qui n'a rien de fortuit à trois mois d'une échéance électorale - les législatives de mi-mandat en octobre - où le président cherchera à élargir sa base parlementaire, encore bien maigre par rapport à sa popularité personnelle (au-dessus de 40% d'image positive).
Il est notable d'ailleurs que ces attaques ne visent pas plus que cela les journalistes considérés à gauche, péronistes, irrécupérables. Il s'en prend aussi à «des médias qui pourraient influencer, ou compliquer, la vision d'électeurs susceptibles de voter Milei», observe Hugo Alconada. Ansi la Nacion, grand quotidien plutôt d'obédience centre-droit libéral.
Bénéfice collatéral de ses invectives: Javier Milei «impose et maîtrise l'agenda». Pendant qu'on s'émeut de ses propos, on parle moins de choses potentiellement inconfortables pour l'exécutif sur l'économie, relève Shila Vilker.
Cerise sur le gâteau, c'est une forme d'avertissement au passage, «au reste des journalistes, ou formateurs d'opinion, que +tout le monde peut être une cible+».