Jean-Michel Cohen: «C'est un fantasme d'imaginer qu'un seul régime suffit...»

de Caroline Libbrecht / AllTheContent

2.3.2021

«La France entière a grossi: on observe que les gens ont pris en moyenne 2 à 10 kg» affirme Jean-Michel Cohen.
Abdel Bahi

Plus qu'un simple régime, Jean-Michel Cohen nous propose «La Méthode Cohen» pour rester en bonne santé! Alors que les personnes obèses ont plus de risques d'avoir une forme grave du Covid, le célèbre nutritionniste souhaite alerter les pouvoirs publics.

Que pouvez-vous nous dire sur cette «méthode» qui fait l’objet de votre nouveau livre, «La Méthode Cohen»?

C’est un fantasme d’imaginer qu’un seul régime suffit à assurer un amaigrissement. Il faut une galaxie de régimes pour évoluer en fonction de la perte de poids et atteindre son objectif. Il y a trois paramètres pour réussir: donner un niveau énergétique / calorique correct à chaque personne, conserver le plaisir de manger (on peut faire de temps en temps un écart sans nuire au régime), proposer des apports nutritionnels pour ne pas négliger la santé de la personne. Les gens se connaissent mieux que le médecin ne les connaît, il faut donc leur faire confiance. Pour certains, maigrir vite et rapidement, c’est un facteur de motivation. Il faut l’entendre!

C’est pour cette raison que vous leur proposez le «régime oeufs»?

Oui, c’est un régime très restrictif, protéiné. On a du recul aujourd’hui. On sait qu’on peut le suivre sans problèmes pendant une semaine, et on aura une perte de poids de 3 à 4 kg. Attention, on ne sort pas de ce régime brutalement, il faut passer par des étapes successives. Ensuite, il y a une phase à 900 calories par jour, pendant une semaine. Puis, on revient à mon régime pivot, le régime Cohen. Très équilibré, sur le modèle méditerranéen, il aboutit à une perte de 3 à 5 kg par mois.

Vous êtes médecin. Qu’est-ce qui vous a mené sur la voie de la nutrition?

J’ai fait une thèse, dans les années 1980, sur l’obésité post-grossesse. On pensait avoir un stock déterminé de cellules graisseuses et j’ai découvert qu’en réalité celles-ci se multiplient. J’ai alors choisi ma spécialisation, la nutrition. C’est une discipline qui répond à une attente forte des gens et qui me tient à cœur, à titre personnel.

En effet, vous racontez que, dès votre plus jeune âge, vous avez vu votre mère souffrir d’obésité. En choisissant la nutrition, avez-vous voulu la soigner?

Oui, il y a une part psychanalytique dans mon histoire. Ma mère était obèse et elle a consulté beaucoup d’escrocs à Paris pour tenter des régimes. Je l’accompagnais avec mon père, on l’attendait dans la voiture. J’ai vite compris que c’était n’importe quoi! Sa façon de me montrer son amour, c’était de me nourrir: elle me faisait des hot-dogs, elle me donnait des sodas… elle m’a fait grossir. J’ai eu des problèmes de surpoids. A l’âge de 19 ans, j’ai eu mon premier chagrin d’amour et j’ai perdu 20 kg. J’étais au bout du rouleau, ma mère était folle de rage. Puis, j’ai fait des études de médecine. A l’époque, la nutrition était une discipline peu renommée, on préférait la chirurgie, la cardiologie et d’autres spécialités plus nobles.

«La perte de poids ne répond pas seulement à un objectif esthétique, c’est aussi une façon d’augmenter son espérance de vie, surtout avec la crise sanitaire que nous connaissons».
Abdel Bahi

Aujourd’hui, la nutrition peut guider les politiques publiques, surtout à l’heure où l’épidémie de Covid révèle l’obésité sous un jour nouveau…

 Tout à fait! En France, 47% des patients infectés entrant en réanimation sont en situation d’obésité. L’obésité concerne 40% des personnes décédées. Et pourtant, on en parle peu, l’obésité reste une maladie honteuse. J’alerte les politiques là-dessus. Il faut vacciner en priorité les personnes obèses, c’est un enjeu de santé publique. D’ailleurs, j’ai un bon réseau et, s’il le faut, j’enverrai un message à Monsieur ou Madame Macron. N’oublions pas que le 4 mars, c’est la journée mondiale contre l’obésité. La perte de poids ne répond pas seulement à un objectif esthétique, c’est aussi une façon d’augmenter son espérance de vie, surtout avec la crise sanitaire que nous connaissons.

Aujourd’hui, vous choisissez de diffuser vos conseils via votre chaîne Youtube, Instagram, Facebook et Twitch. Qu’est-ce que les réseaux ont de plus que la télévision?

 Je peux décider de tout, sans qu’on me dicte une ligne éditoriale. Les gens veulent savoir et comprendre. Ils me posent beaucoup de questions et ces médias modernes sont un moyen de leur répondre en direct, sans intermédiaire. Beaucoup de «fake news» circulent et sèment le trouble. Les «lives» me permettent de rectifier les choses et de donner les bonnes informations. Pour les générations à venir, il faudrait une vraie éducation à la nutrition, dès le plus jeune âge, un peu sur le modèle scandinave, où on apprend à cuisiner en s’amusant.

Depuis le début de la crise sanitaire, observez-vous que les gens mangent mieux?

Ils mangent mieux, mais ils mangent davantage! D’une part, on a plus de temps libre quand on est en télétravail, donc on cuisine, on mange mieux. D’autre part, il y a plus de grignotage, on mange davantage. La France entière a grossi: on observe que les gens ont pris en moyenne 2 à 10 kg. Les pertes de poids à cause du stress existent, mais elles sont exceptionnelles.

Vous avez testé le régime végétarien, qu’en pensez-vous?

Je suis devenu proche de L214 (association de défense des animaux, NDLR), ils m’ont sensibilisé à la question animale. J’ai décidé de ne plus manger de chair animale, mais de continuer à manger des œufs, du lait, du fromage. J’ai mangé un peu plus de légumineuses et de chocolat pour avoir du fer. Résultat: rien à redire, pas de carences. C’est un bon régime alimentaire. Aujourd’hui, je ne consomme plus de viande, sauf très rarement lorsque je suis invité. Le régime végétalien est plus compliqué, à cause du manque de protéines et de vitamines B12. Ces deux régimes semblent allonger la durée de vie, il faut dire que leurs adeptes ont une bonne hygiène de vie, avec du sport, sans tabac, etc.

Quels sont les cinq aliments à bannir de son alimentation?

En priorité, les pâtes à tartiner au chocolat, c’est une catastrophe. Ensuite, je dirais les biscuits du commerce, les chips, le sel. Les oléagineux, il ne faut pas en abuser.

Et, pour finir, pouvez-vous nous citer quelques aliments à consommer sans modération?

L’huile de colza, le lait de coco, les crucifères (famille des choux) qui protègent notre santé, l’ail et le piment qui renforcent l’immunité. Sans oublier tout ce qui améliore notre microbiote: la bière et tous les produits fermentés (lait fermentés, kéfir). Je vous donne ma petite recette préférée: je mélange du lait fermenté (apport en protéines, calcium et micro-organismes) avec des flocons d’avoine, cela donne un produit très agréable et hyper rassasiant. Pas la peine de sucrer. Et, si vous voulez sucrer, c’est avec du miel!

«La Méthode Cohen» (First Editions).
First Editions
Retour à la page d'accueil