Investir en toute bonne conscience

Meret Meier, blog durabilité

1.3.2018

Que se passe-t-il avec l’argent que nous confions à notre banque? Est-il investi dans des énergies fossiles? De plus en plus, les Suisses veulent en avoir le cœur net.
Getty Images

Selon le WWF, seuls 4% des investissements sont véritablement durables. Mais comment placer son argent durablement? Nous avons parlé avec un expert qui nous a livré quatre conseils concrets.

Catherine L. a mis de côté 34’000 francs placés sur son compte épargne auprès de la banque avec laquelle elle travaille depuis toujours. Au cours d’une discussion avec une amie sur un mode de vie durable, Catherine a réfléchi à son empreinte écologique. Une question lui est venue à l’esprit: ma banque favorise-t-elle le développement durable? Que fait-elle avec mon argent? Une chose est certaine: Catherine ne souhaite pas que son épargne finance l’armement ou le déboisement de la forêt vierge.

1. Se renseigner et demander conseil, plutôt deux fois qu’une

En effet, pour Catherine L., ce n’est pas exactement la même chose si son argent est investi dans de l’énergie solaire ou des centrales à charbon. Elle souhaite placer son pécule en connaissance des tenants et aboutissants. Car elle est responsable de son investissement, tout comme d’ailleurs sa banque ou sa compagnie d’assurance. Seul bémol, il n’existe aucune règlementation contraignante uniforme en matière de placements prétendument durables ou écologiques. Le magazine «Beobachter» a révélé que pendant des années, les analystes financiers considéraient des sociétés telles que l’exploitant de centrales nucléaires Tepco ou la compagnie pétrolière BP comme des «entreprises exemplaires sur les plans écologique et social». Non pas parce qu’elles étaient particulièrement écologiques, mais parce qu’il s’agissait de les inciter à faire un effort en matière de développement durable.

2. Comparer les produits

Dans le cadre de son étude «La durabilité dans la banque de détail suisse», le WWF a évalué et noté 15 banques suisses sur une année. Il en ressort que le développement durable n’est guère répandu en Suisse lorsqu’il s’agit de placements. Les activités des instituts bancaires restent surtout axées sur les aspects financiers et ne tiennent que peu compte de la durabilité. En effet, seuls 4% du patrimoine sont investis de manière durable. Les fonds de développement durable restent des produits de niche qui ne sont mentionnés ni systématiquement ni expressément durant les entretiens de conseil. Le WWF revendique que le législateur et les clients exercent davantage de pression sur les banques afin de les faire évoluer.

3. Choisir des prestataires de confiance

Il existe pourtant bel et bien une banque suisse qui fait la promotion du développement durable, la Banque Alternative Suisse (BAS) qui se définit elle-même comme suit: «Banque sociale et écologique, la BAS refuse de maximiser le profit, donnant la priorité à ses valeurs éthiques. Les fonds de la clientèle sont investis à long terme dans des entreprises et projets sociaux et écologiques. Pour montrer comment agit l’argent, la BAS publie la liste de tous les crédits qu’elle a octroyés.»

Pour cet institut bancaire, la transparence et les bonnes intentions semblent aller de soi. Toutefois, elle va encore plus loin. La BAS s’engage pour l’égalité des sexes et près de la moitié de ses cadres sont des femmes. Sa stratégie de placement applique une série de critères d’exclusion telles que le nucléaire, le tabac et l’industrie de l’armement. En parallèle, elle qualifie de secteurs d’encouragement les placements dans des entreprises qui, par exemple, s’engagent sur les plans social ou écologique. La BAS est aussi membre fondateur de la Global Alliance for Banking on Values, un réseau international de banques qui encouragent les projets sociaux, écologiques et culturels.

4. Se montrer déterminé et ne pas hésiter à poser des questions en cas d’incertitude

Bien sûr, Catherine L. souhaite un rendement élevé, mais en aucun cas sur le dos d’autres personnes ou de l’environnement. Elle a donc décidé de bien s’informer et de demander conseil avant de placer son argent. Surtout, elle ne craint pas de poser des questions gênantes avant de prendre une décision.

Comment les entreprises dans lesquelles l’argent est investi se comportent-elles en matière de conditions de travail, d’écocompatibilité, d’émissions de CO2, d’égalité des sexes et de régionalité? Est-il bien certain qu’aucune d’entre elles n’est impliquée dans l’armement, les organismes génétiquement modifiés ou le travail des enfants?

De nos jours, il n’est plus inhabituel de poser ce genre de questions: c’est le droit le plus élémentaire de chaque client. Il existe déjà des prestataires de fonds, d’hypothèques et d’assurances durables. Le nombre des entreprises qui découvrent cette tendance ne fait qu’augmenter: le développement durable gagne du terrain.


«Soumettre les produits de placement durable à un examen critique»

Lukas Stücklin, cofondateur de la société Invethos, nous parle des placements durables.

Bluewin: Monsieur Stücklin, quels sont vos conseils en matière de placements durables?

Lukas Stücklin: Il s’agit tout d’abord de se poser un certain nombre de questions. Votre argent sera-t-il investi à long terme? Quelle est votre propension à prendre des risques? Quelles sont vos valeurs, vos préférences et vos thèmes en matière de développement durable? Ce dernier point est essentiel car la durabilité n’est pas un terme absolu, elle varie en fonction du contexte. Comme les acteurs du monde financier ont tendance à utiliser un jargon complexe, il nous importe tout particulièrement de régler les questions «simples» avec les investisseurs intéressés et de proposer des solutions aussi compréhensibles que possible.

Au bénéfice d’une formation en théologie protestante et gestion d’entreprise, Lukas Stücklin est cofondateur, membre de la direction et conseiller financier de la société Invethos. Active dans la gestion de fortune fondée sur des valeurs, elle est libre de toute contrainte bancaire pour conseiller ses clients (clients privés, familles et fondations pour l’essentiel).
zvg

Observez-vous une tendance qui préconise les placements durables au détriment du rendement?

En effet, les investisseurs ne s’intéressent plus uniquement à la rentabilité financière mais aussi aux contenus. En d’autres termes, ils veulent savoir comment la rentabilité est obtenue. Cela fait un certain temps déjà que le secteur financier a réagi à la demande du «sens», et chaque banque propose aujourd’hui des produits durables. Cependant, il est indispensable de soumettre ces produits à un examen critique.

Quand faut-il se montrer prudent, voire émettre des doutes?

Quand un produit porte un nom trop vague qui ne donne pas suffisamment d’informations sur son contenu. Pour de tels produits, les promesses sont souvent attrayantes, mais les contenus peuvent rapidement décevoir. Prenons un exemple: quel est l’avantage d’investir dans un fonds d’actions durables et très onéreux si ce fonds contient les mêmes entreprises que des produits financiers conventionnels? Les évaluations indépendantes sont d’une grande aide pour les investisseurs parce que les produits sont complexes.

Les placements durables sont-ils automatiquement synonymes de faible rendement?

Non, il est faux de croire que la bonne conscience en matière de durabilité des placements va obligatoirement de pair avec un faible rendement financier. Mais l’opposé n’est pas une règle absolue: les fonds durables ne sont pas systématiquement plus rentables sur le long terme. La rentabilité et l’éthique entretiennent des relations complexes. Les placements éthiques permettent d’obtenir des rendements élevés, mais il faut généralement prendre des risques, comme pour les placements conventionnels.

Les offres véritablement durables sont-elles suffisantes? Ou la Confédération devrait-elle légiférer pour promouvoir les placements durables?

Je ne pense pas que les lois soient efficaces dans ce domaine. L’offre en placements durables montre une forte croissance et chaque investisseur a la liberté, mais aussi la responsabilité, de porter un regard critique sur ces produits. Pour ce faire, il peut compter sur des intervenants indépendants. J’insiste sur le fait que la durabilité est une question de perception: l’évaluation des semences génétiquement modifiées par exemple est avant tout une question d’idéologie. Pour éviter toute simplification réductrice, n’oublions pas qu’une bonne gouvernance est décisive pour gérer la société de façon responsable.

À propos du blog durabilité

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Meret Meier fait partie de l’équipe Corporate Responsibility de Swisscom. Elle est experte en responsabilité sociale, en protection de la jeunesse dans les médias et en communication.
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