Vaccination: «Si la situation devient dramatique, il faut arrêter»

7.6.2019 - 08:43, Runa Reinecke

De nombreux enfants restent calmes durant la vaccination et sont étonnés de la rapidité du geste.
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Lorsqu’il s’agit de piqûres, il n’y a pas que les plus jeunes patients qui s’inquiètent. Dans cette interview de «Bluewin», un pédiatre explique comment faire surmonter la peur de la piqûre à un enfant et quelles sont les erreurs que les parents devraient impérativement éviter.

Elle apparaît volontiers comme protagoniste effrayant dans les cauchemars des enfants: la piqûre. Ce n’est donc pas chose aisée de préparer les petits dans le cabinet médical pour effectuer une vaccination. Christoph Berger, pédiatre et responsable de l'infectiologie auprès de l’Hôpital pédiatrique de Zurich nous dévoile ce que les parents ne devraient en aucun cas dire à leur progéniture avant la piqûre et comment les médecins s’y prennent pour distraire l’enfant durant la phase d’injection.

Monsieur Berger, voyez-vous souvent ces situations où les enfants se déchaînent, crient et se défendent de tout leur corps contre la piqûre protectrice?

Cela se produit, bien que cela soit rare. C’est inutile et à éviter. Si la situation débouche sur un gros drame, il n’y a qu’une seule chose à faire: arrêter et fixer un nouveau rendez-vous.

D’où vient cette énorme crainte?

La représentation d’une piqûre d'aiguille est angoissante. Ce n’est pas uniquement le cas pour les enfants mais également pour de nombreux adultes.

Comment contrer cette peur?

En ne la laissant simplement pas du tout émerger! Si l’équipe de l’hôpital ou du cabinet est détendue et sympathique, qu’elle écoute le patient et lui explique ce qu’elle fait, l’effet sera positif sur les patientes et patients de bas âge. Comme la nervosité ou la peur se répercutent sur l’enfant, la personne de référence présente devrait elle aussi être sereine et calme et guider l’enfant. C’est pourquoi une consultation médicale préalable en compagnie de la mère ou du père de l’enfant se rèvèle primordiale. Les pédiatres exerçant dans le cabinet sont habitués et spécialisés dans ce genre de situations.

Préparer un enfant à la visite médicale en utilisant des paroles comme «on va chez le médecin et il te fera une piqûre!» n’est pas une bonne idée selon Christoph Berger.
zVg

Qu’est-ce qui peut aider les enfants dans cette situation?

Des éléments décisifs sont la familiarité avec la procédure et le sentiment de sécurité. Expliquez et discutez avec votre enfant de ce qui se passe. Un contact corporel avec la personne de référence, comme tenir la main, est un moyen d’aide supplémentaire. L’important est que l’enfant participe ou qu’il puisse, par exemple, s’asseoir sur les genoux de papa ou maman s’il s’y sent particulièrement bien.

La mère ou le père peut-il se faire vacciner devant son enfant, à titre d’exemple pour ainsi dire?

C’est également une possibilité. Pour la vaccination en prévoyance d’un voyage, c’est une bonne idée si la mère ou le père souligne devant l’enfant le fait qu’ils se réjouissent beaucoup des vacances à passer en compagnie de leur fille ou fils, qu’ils souhaitent les passer en bonne santé et acceptent pour cela la petite piqûre.

Les pédiatres ont également recours à des astuces pour détourner l’attention de l’enfant …

Les méthodes sont très variées pour détourner l’attention face à la piqûre. Nous prenons par exemple le doudou et expliquons aux deux ce qui est train de se passer. Les médecins racontent aussi une histoire aux petits afin de les distraire de l’injection. Toucher l’autre bras ou une jambe fonctionne également pendant que l’on pique. La gentille petite abeille qui passe simultanément, avec son corps qui vibre et ses ailes composées de coussinets en gel réfrigérant, est aussi une alliée fort utile. La combinaison entre le frais et les vibrations influence la transmission de la douleur au cerveau. Peu importe les méthodes ou moyens utilisés: de nombreux enfants restent calmes durant la vaccination et sont étonnés de la rapidité de la procédure. Ils méritent d'être félicités.

Et les autres?

Ils pleurent généralement, mais seulement brièvement. Selon la situation et l’âge de l’enfant, on peut ensuite le prendre dans les bras, le caresser ou lui donner le biberon. La piqûre est alors aussi vite oubliée.

Vous évoquiez le rôle d’un parent présent. Que faut-il absolument éviter lorsqu’une vaccination est prévue prochainement pour sa progéniture?

Des informations préalables comme dire «Nous allons maintenant chez le docteur et il te fera une piqûre!» vont inquiéter et effrayer un enfant. Et ne promettez jamais que «ça ne fait pas mal!». L’enfant ne retient qu’une partie du message, il n’entend que le mot «mal». Et ce n’est pas vrai. Il est primordial de toujours s’en tenir à la vérité afin que l’enfant ne vive pas une situation de perte de confiance. Expliquez-lui l’importance du vaccin et que la douleur ressentie par la petite aiguille est nécessaire pour rester en bonne santé.

Il n’y a pas que les enfants qui craignent les piqûres …

Les vaccinations scolaires montrent toujours dans quel état des enfants plus âgés peuvent se mettre. Les adolescents sont assis en salle d’attente et se mettent la pression entre eux. Certains se plongent dans un tel état de peur qu’ils vont s’effondrer pendant ou juste avant le vaccin. C’est pourquoi les informations dispensées, la préparation et la prise en charge par le personnel médical sont primordiales. De telles peurs peuvent être généralement surmontées au cours d’un entretien préalable avec le médecin qui demandera concrètement à la personne si tout est bien clair pour elle. L’importance réside dans le fait d’aborder les questions objectivement et de prendre au sérieux les craintes ou les besoins exprimés.

À partir de quel âge un enfant comprend-il pourquoi il doit se soumettre à cette procédure?

On peut l’expliquer à des enfants de quatre ans, qui sont déjà capables de comprendre pourquoi une vaccination est importante pour eux.

Estimez-vous utile d’appliquer une crème anesthésiante sur la peau avant une vaccination afin que la piqûre soit moins perceptible?

Il n’y a pas besoin de recourir à de tels produits à action sédative locale dans la majorité des cas. Une information ciblée, une bonne atmosphère et une marche à suivre spécifique impliquant un court détournement de l’attention sont les éléments qui fonctionnent le mieux. Si l’on souhaite mettre une crème, il faut l’appliquer entre 30 et 60 minutes avant l’injection afin que l’endroit à piquer soit suffisamment anesthésié. Et d’autre part, en procédant de la sorte, le processus de vaccination risque de devenir un sujet excessivement abordé. Cela peut déclencher des craintes chez l’enfant, c’est pourquoi je ne vois pas l’utilité de ces crèmes et ne les recommande pas non plus.

L’ordre dans lequel les vaccinations sont effectuées au cours de la consultation a-t-il une importance particulière?

S’il y en a des différentes, on effectue en principe la plus douloureuse en dernier lieu. Les injections sous-cutanées sont moins douloureuses que celles intramusculaires, administrées elles directement dans le muscle.

Combien de vaccins peut-on faire en un jour?

Pour les cas d’immunisations avant un départ en voyage par exemple, il est tout-à-fait possible d’en effectuer quatre ou cinq. Le corps les supporte bien et ils offrent une protection optimale. Être piqué plusieurs fois le même jour peut toutefois s’avérer pénible pour un enfant. S’il y a plus de deux vaccins, mieux vaut les répartir sur différentes dates.

Selon vous, contre quelles maladies devrait-on absolument faire vacciner les enfants?

Au cours des premiers mois de leur vie, les nourrissons sont particulièrement exposés au danger d’infection par une maladie grave, parfois même potentiellement mortelle. Le danger est d’autant plus élevé s’ils sont en contact avec d’autres enfants, comme à la crèche. La première vaccination combinée contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, la poliomyélite, les infections invasives à Haemophilus influenzae de type b, l’hépatite B ainsi que la vaccination contre les pneumocoques devraient être effectuées à l’âge de deux mois. Afin de garantir le succès de l’immunisation, il faut effectuer un rappel des mêmes vaccins deux mois plus tard. À partir de ce moment, l’enfant est protégé. À neuf mois, c’est au tour du premier vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR), puis le rappel lorsque l’enfant a une année.

Préconisez-vous la vaccination obligatoire?

Non, je pense que la plupart des parents sont bien conscients en Suisse de l’importance de la vaccination.

Comment recevez-vous les parents troublés soit par les fausses informations, l’entourage ou encore les prétendues informations issues d’Internet?

Dans la plupart des cas, on peut tranquilliser les parents en leur donnant des informations objectives et fondées, reposant sur des faits et des connaissances scientifiques.

La rougeole en est un bon exemple: les nourrissons ne peuvent être vaccinés contre cette maladie virale qu’à partir de six mois, et normalement plutôt à neuf mois. S'ils sont infectés par le virus avant, ils souffriront dans le pire des cas d’une infection cérébrale fatale quelques années après l'infection. Chaque parent est heureux de savoir que leur enfant ne peut pas être infecté durant cette période. Malheureusement, même pour les enfants plus âgés qui contractent la rougeole, des complications peuvent survenir trop souvent. Et même une maladie sans complications est tout sauf une partie de plaisir pour les petits.

À propos de Christoph Berger: Le Professeur Dr. méd. Christoph Berger est pédiatre et spécialiste des maladies infectieuses auprès de l’Hôpital universitaire pédiatrique de Zurich. En tant que président de la Commission fédérale suisse de vaccination, il s’engage en faveur de recommandations en matière de vaccination actuelles, applicables et comprises par la population.

En Roumanie, la méfiance envers les vaccins tue

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