Polémique

Après «Cash Investigation» d’Élise Lucet, le luxe doit-il se remettre en question?

CoverMedia

16.10.2018 - 13:09

Élise Lucet.
Élise Lucet.
Source: Covermedia

Une fois de plus l’industrie de la mode est sur la sellette. Dans son émission d’enquête, «Cash Investigation» (France 2), la journaliste Élise Lucet a tenté de lever un coin du voile de l’univers opaque du luxe, et en particulier celui de la maroquinerie.

L’industrie de la mode ne veut pas que le public connaisse les conditions réelles qui président à la confection de nos vêtements, qu’ils soient quotidiens ou luxueux. Mais des enquêtes récentes ont mis au jour des pratiques odieuses concernant le traitement des animaux (fermes animales, etc.) et le coût prohibitif en matière d’environnement ne cesse d’être pointé du doigt par les organisations écologiques. Le coût humain n’apparaît qu’à la faveur d’un drame (par exemple, le Rana Plazza, au moins 1.135 morts, au Bangladesh dans l’effondrement d’un immeuble de huit étages près de Dacca), vite balayé par l’actualité et quelques bonnes paroles (et quand même des efforts qu’il faut saluer du côté de C&A et d’H&M).

«Cash Investigation» a confié à Zoé de Bussière une enquête qu’elle a menée pendant un an dans les arrière-boutiques de la maroquinerie de luxe. Les lecteurs de Roberto Saviano et ceux qui ont vu le film et la série tirée de son «Gomora», savent un peu comment se passent les choses dans des ateliers de couture. Zoé de Bussière est allée dans différents points de la planète pour constater que les mauvaises pratiques envers les travailleurs de l’industrie de la mode (textile, maroquinerie, fourrure) sont largement partagées. Que ce soit en Toscane ou en Chine, la règle est l’exploitation des travailleurs dans les usine sous-traitantes des grandes marques du luxe. Accidents de travail à répétition, maniement de produits toxiques sans précautions (la tannerie est un secteur très éprouvant), salaires minimums d’un côté ; plus-values énormes, montages fiscaux pour cacher les bénéfices, fraude fiscale, de l’autre côté.

Le pouvoir des consommateurs

La mode est-elle en cela plus immorale que les autres industries, comme le BTP par exemple ? Sur ce terrain fiscal et des mauvaises conditions de travail, sans doute pas. En revanche, en termes de pollution elle se place en deuxième position. Et nous collaborons tous un peu à cet état de fait.

Le luxe, comme toute l’industrie de la mode, ne se remettra en question que poussée par la nécessité économique (quand bien même les lois existent, elles sont détournées habilement). C’est-à-dire que cela repose sur les acheteurs, et pas seulement ceux qui ont les moyens de s’offrir de la maroquinerie (ou des vêtements) de luxe. Une marque vit aussi par ses produits dérivés, dont les parfums, le maquillage et les accessoires. C’est par eux que l’on peut manifester notre volonté de les faire changer d’attitude. 

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