Le duvet est à la mode, mais est-ce acceptable?

de Marjorie Kublun

29.12.2020

Pas de doute, les doudounes sont à la mode cet hiver. Mais le rembourrage est sujet à discussion.
Getty Images

Dans l’industrie du duvet, beaucoup de choses ont été faites ces dernières années pour réduire la souffrance animale. Mais est-ce assez pour qu’on puisse porter du duvet la conscience tranquille? Nous avons discuté avec Nina Jamal, directrice des campagnes relatives aux animaux d’élevage à Quatre pattes International.

Cet hiver, les doudounes et les manteaux sont à la mode et inondent les réseaux sociaux. Peut-on, grâce aux certifications, porter du duvet en toute sérénité ou devrions-nous plutôt opter pour des alternatives? Visuellement du moins, il n’y a pas de différence entre les deux types de rembourrage. Nous voulons en savoir plus.

Mme Jamal, nos hivers ne sont pas si froids, est-il justifié de réclamer du duvet en tant que consommateur?

C’est une bonne question et cela touche au cœur du sujet: les duvets ont une plus grande capacité de rembourrage et réchauffent énormément. De mon point de vue, il est surtout logique d’avoir recours au duvet lorsque l’on se trouve dans un climat très froid. Par exemple, quand les températures sont inférieures à -10 °C.

Dans quels cas le port du duvet serait-il encore approprié?

Le poids des vêtements peut jouer un rôle. Dans une expédition arctique, chaque gramme compte parfois. En effet, la particularité du duvet ne tient pas seulement au fait qu’il stocke bien la chaleur, mais aussi qu’il est très léger

Quel genre de rembourrage conviendrait pour le ski?

Lorsqu’on skie, il est important que les vêtements restent secs. Le duvet n’est pas le matériau privilégié car l’humidité est son ennemi. Elle colle les fines barbes et le duvet perd son pouvoir isolant. Par ailleurs, le rembourrage en duvet sèche très lentement.

Quelles sont les meilleures alternatives au duvet pour nos latitudes?

PrimaLoft est composé de fibres synthétiques recyclées, a un bon pouvoir calorifique et il s’agit d’un matériau respectueux de l’environnement, en particulier sa variante bio. Il y a aussi le Lyocell, qui est composé de fibres de cellulose de bois et de bambou. Ces matériaux régulent la température et l’humidité. L’aspect molletonneux est semblable à celui d’un rembourrage en duvet.

D’un point de vue éthique, peut-on porter du duvet?

Il y a des pratiques atroces qui peuvent être liées à l’extraction du duvet. Heureusement, les entreprises ont pris des mesures pour interdire le gavage et le plumage à vif – où les oies sont déplumées à vif jusqu’à quatre fois par an. La grande complexité des chaînes d’approvisionnement constitue un autre problème. C’est-à-dire que le duvet part de la ferme à l’abattoir, puis à l’usine de transformation et de là au sous-traitant qui va rembourrer les vestes et les couettes par exemple. A chacune de ces étapes, il y a des mélanges. En outre, lors de la transformation, les caractéristiques qualitatives telles que les mélanges de duvet de canards et d’oies sont plus importantes que d’exclure la souffrance animale.

Où trouve-t-on encore le plumage à vif et pourquoi cette pratique existe-t-elle encore?

Le plumage à vif se déroule principalement au niveau de l’exploitation des animaux géniteurs. Les géniteurs vivent plus longtemps, environ quatre à cinq ans. Le fermier gagne de l’argent en vendant les poussins. Mais la vente n’a lieu qu’une fois par an. Le plumage à vif plusieurs fois par an assure une source de revenus supplémentaire. En outre, les duvets issus des géniteurs sont de meilleure qualité, plus grands et plus chargés que ceux des animaux destinés à l’engraissement, qui n’ont que 16 semaines et ne sont plumés qu’après leur abattage.

Aujourd’hui, on voit partout des produits qui sont censés être durables. Est-ce que les choses ont vraiment évolué dans ce domaine?

Nous avons constaté que depuis 2014, les marques attachent plus d’importance à interdire les pratiques pénibles d’extraction de duvet. Et en raison de la grande complexité de la chaîne d’approvisionnement, l’une des mesures consistait non seulement à effectuer des contrôles dans les fermes, mais aussi d’établir la traçabilité – de la ferme au produit fini.

Quelles sont les principales certifications?

D’une part, il y a le Responsible Down Standard (RDS). Il s’agit ici de la traçabilité, des critères de bien-être animal et, surtout, de l’interdiction de la production issue du gavage et du plumage à vif.

Mais… parce qu’il y a un «mais»?

Oui. En effet, bien que ces normes aient amené l’industrie très loin, elles n’ont pas réussi à résoudre tous les problèmes. Il existe de grandes faiblesses. Par exemple, toutes les exploitations d’animaux géniteurs ne sont pas contrôlées. Bien que l’on contrôle les fermes d’origine des plumes, qui proviennent le plus souvent des jeunes animaux destinés à l’engraissement, qui ne sont plumés qu’après leur abattage, le plumage à vif se produit chez les géniteurs. C’est pourquoi nous demandons le contrôle systématique des fermes d’animaux géniteurs dans le cadre du Responsible Down Standard et d’autres normes en matière de duvet, telles que le Downpass. C’est une de nos demandes, mais ça reste aléatoire pour l’instant. Avec le Downpass, le contrôle les fermes n’est qu’optionnel. Du point de vue du bien-être animal, c’est un problème. Parce que cela signifie que la souffrance animale est interdite dans le produit, mais elle reste présente au sein de la chaîne d’approvisionnement – malheureusement, pour l’instant, pour les produits à base de duvet RDS et Downpass. Nous espérons qu’à l’avenir, l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement interdira le plumage à vif.

Diriez-vous que les normes ne sont que du marketing?

Tout d’abord, le Responsible Down Standard, créé en 2014 grâce à la marque The North Face et mis à la disposition de toutes les marques, a constitué un grand pas dans la bonne direction. Parce que tout à coup, les marques se sont mises à penser différemment. Elles ont commencé à s’interroger sur l’origine de leur duvet et leurs chaînes d’approvisionnement. En conséquences, d’autres matériaux issus des animaux, tels que les chaînes d’approvisionnement de la laine, du cachemire et du mohair, ont également été remis en question.

Ça a l’air bien pour l’instant…

Le label exclut les pires pratiques et, oui, les critères obligatoires – l’interdiction du plumage à vif et du gavage – sont remplis. En outre, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’élevage industriel. On engraisse vite et on abat vite. Certaines volailles n’ont pas accès à des points d’eau où elles peuvent se baigner, ce qui est un besoin naturel pour les animaux. L’allongement de la durée de vie ou l’accès à des sites de baignade, par exemple, ne sont pas des critères obligatoires.

N’y a-t-il pas de norme plus stricte pour le duvet que RDS?

Il y a toujours la norme Traceable Down Standard, qui est une norme de traçage. TDS va plus loin et toutes les fermes de géniteurs font l’objet d’un contrôle strict. Mais seule une marque propose cela, en l’occurrence Patagonia. Si les consommateurs veulent faire leurs courses la conscience tranquille, je conseille les fibres naturelles végétales.

Ce qui est assez déconcertant: il y a d’autres labels pour le duvet. Que faut-il en penser?

Il y a des écolabels et des labels biologiques… Le bien-être des animaux n’est pas pris en compte par les premiers et ils n’excluent pas le gavage et le plumage à vif. Les seuls qui font cela sont TDS, RDS et la norme Downpass précédemment mentionnée, qui est utilisée dans l’industrie de la literie.

Certaines marques assurent que leur duvet provient exclusivement d’animaux élevés pour l’industrie alimentaire et ont donc été plumés après leur mort. Comment peuvent-ils s’en assurer?

Avant le Responsible Down Standard, les marques comptaient sur leur fournisseur, qui disait que tout allait bien. En fin de compte, il a été révélé que ce n’était pas le cas. Ces marques sont contactées par Quatre pattes et invitées à présenter leurs observations.

Si un produit n’indique pas d’où vient le duvet et qu’il n’est pas marqué RDS, TDS ou Downpass, c’est donc mauvais signe.

Ce n’est certainement pas bon signe. Les marques devraient être transparentes vis-à-vis des consommateurs. Dans certains cas, il n’y a rien sur le produit, mais il devrait au moins être possible d’obtenir des informations sur le site web de la marque.

Que pensez-vous du duvet recyclé?

C’est là que le facteur de durabilité est au premier plan. En ce qui concerne la souffrance animale, on ne peut pas l’exclure, sauf bien sûr si les duvets recyclés proviennent de duvets certifiés.

Avec quoi vous couvrez-vous la nuit?

Je dors sous une couverture en bambou. (Rires) Ça marche bien.

Un dernier conseil pour les consommateurs?

Toujours demander et poser la question: que fait la marque pour interdire la souffrance animale? Une réponse doit être donnée. Par exemple: nous contrôlons les fermes nous-mêmes une fois par an. Ou encore: nous avons l’une des certifications reconnues comme TDS, RDS ou Downpass. Le contrôle de la chaîne d’approvisionnement serait la meilleure chose à faire. La seule confirmation du fournisseur n’est pas une réponse suffisante.

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