De la nécessité de dépassionner le débat

ATS

12.10.2017 - 18:37

Genève

par Julien Pralong

Il ne s'agit peut-être ici que de justice sportive et non pas de Justice avec une majuscule. Il n'en demeure pas moins que la commission de discipline de la Swiss Football League, au moment de juger l'affaire Christian Constantin, a dû faire face à la même obligation, impérieuse au plus haut point, de dépassionner un débat qui l'était par essence.

Les faits, rien que les faits. Sans tenir compte des déclarations tapageuses d'après-séisme, ni des appels au bannissement ad vitam aeternam hurlés notamment par les médias alémaniques, Blick en tête. Le quotidien n'a d'ailleurs pas caché sa déception une fois le verdict rendu public: "La Ligue a manqué l'occasion de suspendre CC à vie!". Ainsi a-t-il titré l'un des articles publiés sur son site jeudi.

Mais les faits et rien que les faits. "L'important, c'est la faute commise", rappelle Daniele Moro, le président de la commission de discipline de la SFL. Que s'est-il donc passé, le 21 septembre dernier au Cornaredo de Lugano? Christian Constantin, président du FC Sion, furieux des virulentes critiques que lui adresse depuis quelque temps Rolf Fringer, ancien sélectionneur de l'équipe de Suisse désormais consultant à la télévision, s'avance vers l'Autrichien et lui assène "quelques baffes et un coup de pied au cul", devant les caméras. Tels sont les faits et ils ne sont pas contestés.

La commission de discipline a donc dû statuer. "Quelle est la faute commise? La faute commise est-elle légère, moyenne ou grave?" Préoccupations terre à terre énoncées par Daniele Moro. Approche quasi scientifique pour construire "une sanction appropriée et proportionnée".

Il y a probablement autant d'avis sur la question que de personnes au courant de l'affaire. La SFL n'avait d'autre choix que de frapper fort un Christian Constantin qui, avec la morgue qui le caractérise, nargue son monde depuis qu'il est "CC" et qui, ce soir du 21 septembre, a dépassé les limites. Et de beaucoup.

L'entrepreneur est le président d'un club de football professionnel. Il est en droit de ne pas se sentir tenu au respect des règlements de la Fédération et de la Ligue. Ce n'est du reste pas la première fois - mais jamais il ne récupérera les 36 points qui avaient failli lui coûter une relégation en 2012. Président, donc, d'un club professionnel, donc. Autrement dit fonctionnaire officiel, représentant d'une entité autorisée à disputer les compétitions de l'ASF et de la SFL parce qu'elle a souscrit à leurs règlements. Alors oui, la Ligue est en droit de sanctionner Constantin. Encore...

L'interdiction de stade est une mesure, sauf cas exceptionnels, prononcée par l'Association suisse de football ou ses différentes sections, comme stipulé à l'article 7 des "Directives sur le prononcé des interdictions de stade" (édition juillet 2012). Un document parmi d'autres dans le corpus législatif du football auquel sont soumis tous les membres de l'ASF, FC Sion compris.

Sanction il devait y avoir, car les faits sont graves. Aussi graves que lorsqu'un supporter excité décide de s'en prendre physiquement à quelqu'un. Christian Constantin s'en est pris à quelqu'un et son geste est, symboliquement, d'une violence inouïe. Mais symboliquement seulement.

Parce que le geste en lui-même, quelques gifles (qui n'ont pas toutes atteint leur cible) et un coup de pied au cul, n'avait pas pour but d'attenter à l'intégrité physique de Rolf Fringer. Il s'agissait de montrer les muscles et d'humilier. L'Autrichien n'a pas été blessé, si ce n'est dans son amour-propre.

Les sanctions infligées à Christian Constantin se veulent ainsi mesurées. Une amende de 100 000 francs - même quand on est fortuné - et une interdiction de stade - pour un président de club de football -, c'est tout sauf anodin, ça marque les esprits. Suffisamment. La punition aurait pu être bien plus douloureuse.

La durée minimale d'une interdiction de stade est d'un an, or Constantin a écopé d'à peine plus. Il aurait pu être interdit pendant plusieurs années ou à vie de toute activité liée au football, tel son ancien ami Joseph Blatter, comme le réclamaient certains, or Constantin est toujours le président du FC Sion et pourra, par exemple, continuer d'assister aux séances de la SFL.

Pas assez sévère? Peut-être bien. Mais Christian Constantin n'a pas triché, il n'a pas commis de malversations à même de compromettre l'intégrité des compétitions, il n'a blessé personne. Le geste de Christian Constantin, celui d'un homme qui a perdu la maîtrise et cédé devant la pulsion de violence, est intolérable et mérite une sanction à la hauteur du scandale. Ni plus, ni moins.

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