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De Fribourg au pays, on y croit

«Je vous le dis, la Colombie va gagner la Coupe du monde»

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Image: Margarita Silva

Huit ans après son quart de finale historique contre le Brésil à Fortaleza, la Colombie débarque dans cette Coupe du monde 2026 avec de grosses ambitions, plusieurs certitudes, quelques inquiétudes et un grand objectif : surpasser son meilleur bilan de 2014. Rencontre avec des fans colombiens de Suisse et du monde.

Le pacte a été fait le 15 juillet 2024, dans le vestiaire, après la courte défaite en prolongations, en finale de la Copa America contre l’Argentine à Miami. Les médailles d’argent autour du cou, ils se sont promis de revenir pour gagner. Et entre temps, de se qualifier pour la Coupe du monde pour obtenir un résultat historique.

«Les joueurs ont dit qu’ils voulaient se hisser à une place où ils n’ont encore jamais fini», nous racontait un groupe de fans déçus à l’aéroport de Bogota il y a deux ans. «On pensait vraiment gagner cette Copa America, on gagnera le Mondial. Notre ‹sele› est l’une des plus fortes de notre histoire.» Et on y est. La nuit prochaine, entre mercredi et jeudi, la Colombie joue son premier match contre l’Ouzbékistan.

Le soleil, la fête, le chant, la passion : la vie !

Impossible de passer à côté de la marée de supporters des Cafeteros à Mexico City. Le jaune puissant et solaire de la camiseta amarilla (ndlr : le maillot jaune) est éblouissant. Ça chante, ça danse, ça rit, ça fête : ça réchauffe le cœur, ça sent bon le café de Quindio, ça donne envie de revoir les couleurs de Cartagena et le bleu de la mer des Caraïbes. «Revenez n’importe quand s’il vous plaît. Vous serez toujours le bienvenu chez nous», nous dit José, son sombrero volteado – ce chapeau typique des Colombiens – vissé sur le crâne. «J’habite à Fribourg, mais mon corps et mon cœur sont là-bas, c’est pour ça que je vous parle comme si j’y étais.»

L’homme a une grosse soixantaine, il est attendrissant. Comme tout Colombien qui vit chez nous, il a emporté dans sa valise, un maillot jaune, un drapeau et ce chapeau qui le caractérise sur la planète tout entière. Il attend le match de cette nuit avec impatience comme tous les colombiens du monde et de Suisse. «La passion n’a pas d’horaire. Nous n’avons même pas prévu d’aller dormir ce soir. Nous resterons debout jusqu’à 4h en Suisse pour voir le match, prévoient les membres de l’association Colombia Vive en Suiza. On sent un vrai sentiment de confiance partout. On sent qu’on peut être champions du monde.»

Luis Diaz et Jhon Arias en tête d’affiche

Avant la finale du 19 juillet au MetLife Stadium dans la région métropolitaine de New York, il faudra notamment sortir du groupe, jouer contre le Portugal de Cristiano Ronaldo et gommer les grosses lacunes défensives récurrentes. «Ronaldo ne nous fait pas peur, rigole José. Il faut passer par ce genre de match si on veut aller au bout. Je rappelle qu’on a battu le Brésil et l’Argentine en éliminatoires.» L’homme a raison.

À Barranquilla, James Rodriguez avait sorti le grand jeu contre les champions du monde avec un but et une passe décisive alors que Luis Diaz avait marqué un doublé en 4 minutes contre l’équipe de Vinicius, Raphinha et les autres. «Si je devais choisir un Colombien qui se démarquera lors de cette Coupe du monde, ce serait Luis Díaz, affirme un membre de Colombia Vive en Suiza. Il est en pleine forme, c'est notre joueur le plus dangereux. Il est capable de faire basculer un match à lui seul, en plus d'être le principal atout offensif de l'équipe.»

Un autre préfère miser sur Jhon Arias, ailier de petite taille très vif et qui passe sous les radars parce qu’il n’évolue pas en Europe. Son passage à Wolverhampton entre juillet 2025 et janvier 2026 n’a pas laissé un grand souvenir, tout comme ses 3 buts en 13 matches à Palmeiras depuis son arrivée au Brésil, mais l’ailier assure dernièrement avec sa sélection. «On l’aime pour son engagement physique, son pressing, sa capacité à délivrer des passes décisives et à pénétrer dans la surface. Il est discret, mais il pourrait nous réserver une surprise et devenir une figure marquante de ce Mondial.»

Autre son de cloche, celui de Franco, habitant de Popayan, dans le Valle del Cauca : «Je mise sur Gustavo Puerta, retenez bien ce nom. Un monstre au milieu, capable de faire marquer et de marquer. Quand tu fais doublé Coupe/championnat et finaliste de l’Europa League avec le Bayer Leverkusen t’as largement de quoi te défendre au Mondial.»

À cela, on se permet tout de même d’ajouter le talent de James Rodriguez, star du Mondial 2014, joueur extraordinaire, prêt à proposer sa dernière danse. «Dans le foot il n'y a qu'un seul vainqueur, donc on perd presque tout le temps. J'ai perdu plus que j'ai gagné, et c'est là que j'ai le plus appris», affirme l’ancien no 10 du Real Madrid dans un documentaire proposé récemment par Netflix. Sa vision du jeu, son pied gauche magique, conjugués à l’apprentissage des défaites et des revers récents dans sa carrière, en font assurément un atout très dangereux.

Une défense qui inquiète

Si l’attaque séduit et impressionne, «le» gros point faible de la Colombie se situe devant et dans les buts. En effet, jusqu’ici Camilo Vargas, 37 ans, gardien d’Atlas Guadalajara en première division mexicaine, jouera un peu «à la maison». Mais il n’a jamais vraiment convaincu en sélection. Devant lui, la défense ne donne jamais de réelle sensation de sérénité. Sur ses 10 derniers matches officiels, l’équipe de Nestor Lorenzo n’a obtenu que 3 blanchissages contre le Chili en octobre 2024, le Pérou et la Bolivie, respectivement en juin et septembre 2025. Aucune de ces trois sélections ne s’est qualifiée pour le Mondial.

«Tant que nous ne serons pas propres derrière, nous ne pouvons rien espérer, analyse au bout du fil José, originaire de Santander de Quilichao mais habitant à Madrid depuis le début de l’année. Tu ne peux pas systématiquement compter sur tes stars offensives. Dans tous les grands tournois, et encore davantage en Coupe du monde, tu dois surtout être fort derrière et ce n’est pas notre cas. C’est probablement un peu bête, mais à partir du moment où tu ne prends pas de but, tu es déjà assuré de faire un point. Et nous… si on ne prend pas de but, devant on a des stars capables de marquer. Elles ne peuvent juste pas marquer trois buts si on en prend deux à chaque fois.»

Seulement la victoire en tête

Au jeu des pronostics, à part Franco qui voit les Cafeteros s’arrêter en quarts de finale, tous les autres rêvent d’un sacre. «J’ai envie d’y croire», avoue José avant d’ajouter que sans la conviction tu n’atteins aucun objectif. «C’est cette année ou jamais», espèrent les membres de Colombia Vive en Suiza, en pleine préparation leur événement phare «Colombia Vive», qui se tiendra cette année du 17 au 19 juillet sur l’Esplanade de Montbenon à Lausanne. «Notre objectif est de créer une communauté, de promouvoir la culture colombienne en Suisse et d’aider nos compatriotes dans leur processus d’intégration dans ce pays». Demain matin, au réveil, avant la canicule, la Suisse se réveillera peut-être avec une délicieuse odeur de café dans l’air.


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