C’est le jour J ! La Suisse devrait, sauf cataclysme, assurer son ticket pour la Coupe du monde 2026 ce soir à Pristina face au Kosovo. Avant cette échéance importante, blue Sport a contacté son consultant Bernard Challandes. Fervent supporter de l’équipe de Suisse, le Neuchâtelois de 74 ans est aussi l’ancien sélectionneur de l’équipe nationale kosovare (2018-2021). Morceaux choisis.
Bernard Challandes, selon vous, est-ce qu’il existe une chance que le Kosovo en mette six à la Suisse ce soir (ndlr : il faut une victoire de six buts pour que les Dardanët passent devant la Nati) ?
«Non, et pour deux raisons qui sont très claires. Premièrement, la Suisse est très solide défensivement. Je ne vois pas comment elle peut encaisser six buts. Deuxièmement, le Kosovo a certes fait de très bons résultats ces derniers mois, mais c’est surtout parce qu’ils ont changé leur manière de jouer. Ils sont beaucoup plus compacts, plus défensifs dans le bon sens du terme. Ils jouent un football de contre, un football où ils essaient de profiter des erreurs de l’adversaire. Donc en marquer six dans ces conditions, c’est mission impossible. Après, comme le disait Murat Yakin, en football, on a déjà tout vu, mais là, je n’y crois pas.»
Pensez-vous que, s’il y avait eu plus d’enjeu ce soir, la Suisse aurait pu trembler à Pristina ?
«Oui, là c’est clair qu’avec l’euphorie, l’ambiance et le soutien des gens à Pristina, la Suisse aurait pu se faire très peur. Et il y a de la qualité en face ! Les gens ne se rendent peut-être pas compte, mais maintenant dans cette équipe, il y a des joueurs qui jouent en Serie A, d’autres qui sont en Allemagne... Ça donne une équipe qui est compétitive, qui est solide. On l’a presque oublié car on a eu une image très négative de ce Kosovo au match aller.»
Il s’est passé quoi lors de ce fameux 4 à 0 du match aller ?
«Personne n’a bien compris, sauf le coach, certainement, puisqu’il a changé totalement la manière de jouer depuis. L’équipe est beaucoup plus disciplinée, plus compacte, plus agressive. Et ils sont quand même efficaces avec le peu d’occasions qu’ils se créent.»
Les barrages, pour le Kosovo, c’est déjà un exploit majuscule...
«C’est déjà un rêve qui se réalise. Les barrages étaient pour eux l’objectif de cette campagne de qualifications. Ils n’ont jamais parlé d’une chance d’être premiers, jamais. Je pense que ce match au Kosovo va être une fête. Ce sera une façon pour le public de remercier, de féliciter l’équipe. Et dans cet esprit-là, je pense qu’on va avoir un très bon match de football.»
Vous qui avez entraîné le Kosovo de 2018 à 2021, vous vous attendiez à ce que cette équipe soit là où elle est maintenant, aux portes d’une Coupe du monde ?
«Avant le Covid, c’est une équipe qui commençait à tenir la route. D’ailleurs, on a participé aux barrages pour l’Euro 2021 via la Ligue des Nations. Donc, on avait déjà fait un pas en avant. Mais depuis, ça a été un peu plus difficile. L’équipe n’a pas confirmé.
Désormais, il y a une nouvelle vague de joueurs. On en connaît certains, les Avdullahu et Hajdari notamment qui sont à Hoffenheim. Et il y en a d’autres, ce sont tous des joueurs qui n’avaient pas encore fait leur choix de jouer pour le Kosovo. Les premières bonnes performances de l’équipe ont encouragé ces joueurs à venir. Jouer avec le Kosovo, c’est aussi une vitrine pour certains, une possibilité d’obtenir des jolis contrats en Europe.»
Comment qualifieriez-vous le football kosovar actuellement ?
«Déjà, c’est un peuple qui aime le foot. Les joueurs sont adulés quand ils rentrent au Kosovo. La force de leur football, de leur équipe, c’est leur mentalité. C’est une équipe qui ne lâche rien, ça joue compact à cinq derrière, ça défend de manière agressive et puis ça se projette vite vers l’avant. Alors oui, il y a des joueurs qui sont capables de faire des différences individuellement, mais pour moi, c’est une vraie équipe. Certains leaders comme Rashica ont été mis sur le banc, et ça, ça veut tout dire !»
Si on parle un tout petit peu du futur, pensez-vous qu’à l’image d’autres nations de l’ex-Yougoslavie, comme la Croatie, la Serbie ou la Slovénie, le Kosovo puisse devenir un pays qui se qualifie régulièrement pour les grandes compétitions ?
«Alors, ça, ça me semble un peu plus compliqué dans la mesure où maintenant, les joueurs de cette génération qui sont partis à l’étranger pour des raisons de guerre et qui ont fait de très bonnes formations dans d’autres pays comme la Suisse ou l’Allemagne, et bien ils font déjà partie de l’équipe.
Maintenant, le pas suivant, il doit être franchi à l’intérieur du pays. Il faut que les jeunes qui naissent au Kosovo, qui jouent dans la rue, puissent à leur tour jouer en club, qu’ils puissent bénéficier d’une bonne formation à domicile. Les structures, le championnat, la formation : tout doit désormais être amélioré au sein même du pays. Il y a peu d’entraîneurs, il n’y a presque pas de terrains et l’argent est également un problème... Les sélections de jeunes doivent être mises en avant.
S’il y a une qualification pour la Coupe du monde 2026, ça amènera de l’argent et de la motivation. Cela pourrait lancer quelque chose de très beau au Kosovo. Donc, pour la régularité, je ne dirais peut-être pas demain, mais après-demain, pourquoi pas.»
Pour terminer, un petit pronostic pour ce soir ?
«Pour moi, ce sera clairement un match nul. Mais pas un 0-0, plutôt un 2 à 2. La Suisse voudra bien finir et le Kosovo fêter devant ses fans. Donc un joli match en perspective !»