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La proximité entre Donald Trump et Gianni Infantino fait jaser.
EPA
Matches spectaculaires, novices méritants, stars au rendez-vous, stades pleins... le Mondial-2026 de la démesure voulu par Gianni Infantino l'a conforté dans ses choix, jusqu'à celui de son allégeance à Donald Trump qui a pris un tour dangereux pour l'équité sportive.
Cette Coupe du monde, remportée par l'Espagne, a été inédite en bien des aspects, sportif, géographique, organisationnel, environnemental, diplomatique, politique, avec à l'arrivée d'énormes bénéfices financiers qui devraient lui assurer une réélection dans un fauteuil à la tête de la Fifa l'an prochain, et en même temps une image écornée et une crédibilité contestée.
Gianni Infantino peut remercier les Capverdiens : à eux seuls, en poussant l'Argentine en prolongation après avoir tenu en échec l’Espagne, l'Uruguay et l'Arabie Saoudite, ils ont justifié le passage de 32 à 48 sélections. Le patron de l’UEFA Aleksander Ceferin pronostiquait plus de matches «sans intérêt» ? Les performances des petites nations, dont quatre néophytes, ont été honorables voire surprenantes, à l'image de Curaçao qui a arraché un nul contre l’Équateur et de la RD Congo capable, pour sa seconde participation, de neutraliser le Portugal et de mener face à l’Angleterre en 16es.
Sur les 104 rencontres disputées, la très grande majorité ont revêtu un réel intérêt. Même lors de la première phase, avec des tickets pour les huit meilleurs troisièmes qui ont attendu le dernier match de la dernière journée pour être distribués, au bout du suspense.
De quoi conforter Gianni Infantino dans l'idée d'une expansion à 64 participants pour le centenaire du Mondial en 2030. «Si on n'offre pas aux petits pays la possibilité de participer au Mondial, ils n'auront plus la motivation de continuer à s'améliorer», a-t-il dit.
Restent les questions autour de l’énorme impact climatique du tournoi, disputé dans 16 villes, sur quatre fuseaux horaires différents, qui a obligé certaines équipes à effectuer de longs voyages. Quant au jet privé de Gianni Infantino, son bilan carbone total est considéré par les experts comme inédit dans l’histoire des grands évènements sportifs.
L'édition 2026, qui a offert à l'Espagne une deuxième étoile méritée, a ressemblé à un blockbuster hollywoodien, avec un casting de rêve sur les pelouses, un scénario à rebondissements, des moments de bravoure et des supporteurs qui ont aussi assuré le spectacle, à l'image de la «tartan army» écossaise. Sans parler des people en tribunes et des mégastars qui se sont produites lors de multiples «shows à l'américaine».
Dès le début, un sprint ébouriffant a été lancé pour le titre de meilleur buteur du tournoi, qui a aussi bouleversé le classement historique de la Coupe du monde. Pour sa dernière à 39 ans, Lionel Messi, inoxydable jusqu'en finale, n'a été supplanté que par Kylian Mbappé (10 buts qui font 22 au total, nouveau record), avec d'autres «stars-shooteurs» à l'affût, Erling Haaland, Jude Bellingham, Harry Kane, Ousmane Dembélé...
Ce Mondial fut aussi le crépuscule d'une autre légende: Cristiano Ronaldo, qui a dit adieu à 41 ans à une épreuve qu'il disputait aussi pour la sixième fois.
La «feel good story» fut celle des Capverdiens, inconnus de la planète foot, épatants de bout en bout et perdants héroïques contre l'Argentine, guidés par leur gardien Vozinha, devenu à 40 ans une des révélations du Mondial.
Le tournoi a aussi été l'occasion d'éprouver la fiabilité du VAR, malgré quelques décisions controversées, et de voir à l'oeuvre le capteur de mouvement intégré dans le ballon. Infaillible pour refuser un but aux Croates face aux Portugais en 16es, il n'a, selon la Fifa, pas bippé quand le ballon a semblé heurter un câble aérien, pour atterrir dans des pieds anglais avec dans la foulée un but égalisateur contre la Norvège, en quarts (2-1).
Intronisées en raison des fortes chaleurs, les pauses fraîcheur ont presque fait l'unanimité... contre elles : sifflées dans certains stades climatisés, critiquées pour casser la dynamique des matches, ces «hydration breaks» ont surtout bénéficié aux diffuseurs avec des coupures publicitaires synonymes de juteuses recettes.
Côté dépenses pour les supporteurs, le coût exorbitant des billets soumis à la tarification dynamique a été un sujet brûlant. Au final, les tribunes ont été presque à chaque fois pleines.
Longtemps, du fait de la guerre au Moyen-Orient, la participation de l'Iran a été incertaine. Alors que certains membres de l'encadrement n'ont pas obtenu de visa, la Team Melli a dû disputer ses trois matches à Los Angeles puis à Seattle, dans des conditions très dégradées par les allers-retours express en provenance de son camp de base mexicain, choisi à la dernière minute.
Infantino, qui avait assuré que l'Iran disputerait bien ce Mondial, a eu raison. Et les agents d'ICE, la police fédérale de l'immigration, n'ont pas fait de rafle aux abords des stades, comme certains le craignaient.
Les détracteurs d'Infantino jugent «obscène» sa «servilité à l’égard» du président américain, mais beaucoup voit quand même dans cette étroite relation quelque chose de «rationnel pour assurer le succès du tournoi, si dépendant de l’administration fédérale», résume à l’AFP un familier des instances du football international.
Il y eut néanmoins quelques couacs, comme lorsque la Fifa a accepté sans discuter le refoulement de l’arbitre somalien Omar Artan, pourtant détenteur d'un visa, mais «lié à des personnes soupçonnées d'appartenir à des organisations terroristes», selon le département d'État américain. «C'est malheureux, mais nous ne contrôlons pas tout», a alors argué M. Infantino.
Le coup de fil assumé par Donald Trump pour que Gianni Infantino fasse réexaminer le carton rouge de l’attaquant américain Folarin Balogun a été dévastateur. La Fifa a tout tenté pour minimiser l’affaire, mais sa commission de discipline – dont les membres sont choisis par l'exécutif de l'instance – n’a pas fourni une seule explication justifiant de suspendre la sanction du joueur, qui a donc pu jouer et perdre avec Team USA contre la Belgique (4-1).
Cette ingérence politique sur le terrain sportif n'est pas une première dans l'histoire du Mondial. Mais elle a été inédite par son procédé et ses conséquences, mettant en doute l’intégrité même du tournoi.
«Infantino joue avec le feu : contrairement aux enjeux de gouvernance dont le grand public se désintéresse, ici tout le monde comprend et ça va laisser des traces», anticipe auprès de l'AFP Ronan Evain, directeur exécutif de l’organisation Football Supporters Europe.
«Au-delà de ce Mondial (...) qu’est-ce qui pourra nous garantir qu’une décision disciplinaire n’est pas dictée par une intervention directe et une instrumentalisation politique ?», s'interroge Pim Verschuuren, spécialiste de géopolitique du sport à l’Université Rennes-II.
Les réactions outrées sont venues de toutes parts, du monde sportif comme politique. Ulcérée, l’UEFA a estimé qu’une «ligne rouge» avait été franchie. Elle n'a pas pour autant serré les rangs autour d’un possible rival pour l’élection de mars, «un aveu d'impuissance», selon une source proche des instances.
Le fait est que Gianni Infantino ne fait pas mystère de sa complicité avec Donald Trump depuis le retour de celui-ci au pouvoir. En décembre 2025, il avait remis au président américain le «Prix de la paix de la Fifa» créé pour l'occasion, affichant déjà son allégeance en mondovision.