Ligue des Nations

L'équipe de Suisse et son plafond de verre

ATS

11.10.2020

Après sa défaite 1-0 en Espagne samedi, la Suisse a été confrontée à ses propres limites: elle a beau progresser, elle ne gagne toujours pas.

Loris Benito a manqué une énorme occasion face à l'Espagne
Keystone

Ce constat est implacable: l'équipe de Suisse connaît une crise de résultats. Elle n'a remporté aucun des quatre matchs qu'elle a disputés en 2020, subissant même trois défaites. Le match nul 1-1 contre l'Allemagne en septembre fait ainsi figure d'exception. Sur le plan comptable, c'est un passage à vide, comme Vladimir Petkovic n'en a jamais vraiment accusé depuis qu'il est en poste. Il y a eu quatre revers en cinq matches (Slovaquie, Irlande, Bosnie et Belgique) en préparation de l'Euro 2016, mais ce n'étaient que des rencontres amicales.

La donne est là différente. Aussi relative qu'elle soit, la Ligue des nations est une compétition internationale et conserver sa place dans la Ligue A est une condition nécessaire au développement de l'équipe de Suisse. «Nous devons tout faire pour nous maintenir», n'a d'ailleurs pas nié Petkovic après le match en Espagne samedi soir.

Sans faire de résultat en Allemagne mardi (20h45 à Cologne), cela sera compromis. Bien sûr, l'idée d'une «finale contre la relégation» lors de la dernière journée contre l'Ukraine permet de contenir la panique. Mais la sélection d'Andriy Shevchenko a un avantage de deux points suite à son succès 2-1 contre la Suisse à Lviv le mois passé. Sans résultat en Allemagne ou contre l'Espagne (le 14 novembre), il s'agirait de compter sur un zéro pointé des Ukrainiens d'ici à l'ultime match du 17 novembre. Un pari risqué, auquel il serait judicieux de renoncer.

Le jeu, plutôt que le résultat

«Nous devrons montrer en Allemagne que le 1-1 contre eux où nous avons eu plus d'opportunités qu'eux n'était pas un accident», a ainsi suggéré Petkovic. C'est son credo: se rattacher au terrain plus qu'aux notions comptables. «Pour moi, la façon dont nous jouons est très importante et, à ce niveau-là, nous avons fait des progrès», oppose-t-il ainsi à la vision axée sur les résultats. A croire que dans l'esprit du Mister, l'équipe de Suisse se porte bien et les points finiront par tomber d'eux-mêmes.

Depuis la reprise post-confinement et ce premier match en Ukraine, Vladimir Petkovic cultive ainsi l'optimisme. Il exprime son ressenti aux travers des prestations, plutôt convaincantes, et des intentions, qui semblent le rassurer. Même quand la Suisse a largement peiné à sortir de son camp en première période contre l'Espagne, il y a vu du positif: «Dès le début, nous avons essayé de développer notre jeu, insistait-il. Nous avons fait deux erreurs: l'occasion manquée par Benito, où nous avions 1000% de chances de marquer, et la passe malheureuse (de Sommer) sur le but.»

Et pourtant, cette relance complètement ratée de son gardien n'a pas irrité plus que cela Petkovic: «Peut-être que la prise de risque était trop importante, mais nous avons eu plein d'autres situations du même genre sans les rater. Lorsque l'on joue de la sorte, il faut accepter que cela puisse se passer ainsi.» On ne pourra d'ailleurs pas enlever à la Suisse qu'elle a tenté d'utiliser la même approche contre l'Espagne (une possession basse pour créer des espaces) que contre n'importe qui. Sauf que la Roja est la Roja et elle sait aussi pousser l'adversaire à la faute: «Bien presser était déterminant, a souligné Luis Enrique, le sélectionneur. Surtout face à un tel gardien capable de donner de la continuité au jeu.» La Suisse a été prise à son propre jeu.

Pas au bout de leurs idées?

C'est peut-être cela qui rend fier et convaincu Petkovic: savoir que l'identité de l'équipe nationale est reconnue et qu'on essaie de la faire déjouer. La posture est louable. Elle n'est pas totalement déconnectée non plus. Car si cette défaite dans le petit stade Alfredo di Stefano de Madrid est globalement logique, on ne peut pas dire que la Suisse ait tout raté. Ne perdre que 1-0 contre une sélection comme l'Espagne n'a rien d'indigent. Cette dernière a d'ailleurs été mise par moments en difficulté par l'équipe nationale.

Notamment lorsque la Suisse a cherché à presser. Trop peu souvent, beaucoup moins que contre l'Allemagne par exemple. Le bloc était plus bas, surtout en première période, et cela n'est pas que dû à l'adversaire. Il y a comme le sentiment que Granit Xhaka et ses coéquipiers ne sont pas allés au bout de leurs idées. Et cela incombe aussi à Petkovic, plus prudent que ces derniers temps, en choisissant trois milieux axiaux. Ce qui a délesté Haris Seferovic d'un partenaire supplémentaire en attaque. Dur de mettre en danger l'Espagne de la sorte.

La preuve que face à une équipe de ce calibre, les intentions ont beau être louées et les progrès perceptibles, il y a pour l'instant un plafond de verre évident. Mais pour rester compétitif dans cette Ligue des nations, il devient pressant de le «défoncer». Si possible mardi à Cologne.

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