Football

Les conséquences du «Covid long» sont bien réelles

AFP

26.1.2022

Souffle court, réathlétisation perturbée, «Covid long»... Si les cas graves ont globalement épargné le football professionnel, certains joueurs peinent à retrouver leur niveau après une infection au Covid-19, victimes de séquelles souvent bénignes mais prises au sérieux par entraîneurs et médecins.

Paulo Dybala a été infecté par le Covid-19 au printemps 2020.
KEYSTONE

AFP

26.1.2022

«Lorsque les joueurs sont touchés par le virus et qu'ils reviennent, ça ne se fait pas en claquant des doigts. Même eux le sentent, cela prend du temps».

Le constat est posé par le sélectionneur des champions du monde français, Didier Deschamps, qui remarquait en décembre que les joueurs contaminés «ont été amenés à des blessures supplémentaires, plus importantes.»

Les exemples sont nombreux. Lionel Messi, infecté durant les fêtes de fin d'année, n'a rejoué que dimanche, un mois après sa contamination, et a reconnu avoir eu besoin de «plus de temps que prévu pour aller bien».

Au Bayern Munich, Joshua Kimmich, longtemps hésitant face au vaccin, a été victime d'infiltrations dans les poumons et a manqué deux mois de compétition, tandis que Paulo Dybala (Juventus Turin) avait avoué au printemps 2020 qu'il «manquait d'air» et sentait son «corps très lourd» au moment de reprendre.

«Complications»

Les cas plus graves sont restés rares: l'attaquant nantais Jean-Kevin Augustin, touché par un «Covid long», a passé plus d'un an hors du groupe professionnel; le Montpelliérain Junior Sambia a été hospitalisé en réanimation.

Mais les entraîneurs restent nombreux à s'inquiéter, ces dernières semaines, des conséquences du virus à court et moyen termes.

La communauté médicale se veut rassurante. «On n'a pas l'impression d'avoir plus de pathologies chroniques liées à ce virus. Ce sont plutôt des complications à gérer, des difficultés à la reprise», explique à l'AFP Emmanuel Orhant, directeur médical de la Fédération française.

«On sait que le virus a un impact sur les données ventilatoires à court terme. Avec une grippe, on peut remettre les joueurs sur le terrain dès qu'ils vont mieux. Cela demande un temps de réadaptation plus long avec le Covid», reprend ce médecin membre de la «commission Covid» du football français.

«Il faut faire attention car ce ne sont pas des blessures traditionnelles», confirme Nicolas Dyon, préparateur physique passé par Nice, Rennes et Saint-Etienne. «Il faut privilégier une reprise linéaire pour faire remonter progressivement la fréquence cardiaque et garder le joueur sous surveillance», reprend-il pour l'AFP.

Sur les conséquences à plus long terme, les études scientifiques sont encore rares, mais «au niveau cardiaque, il n'y a pas de séquelles», assure le Dr Orhant qui, en décembre 2020, a comptabilisé 2,2% de pathologies cardiaques sur environ 350 joueurs testés positifs: «Toutes étaient bénignes et ont disparu en quelques semaines, et il est impossible d'affirmer que toutes étaient liées au Covid».

Toujours des inconnues

A rebours des données médicales, des chercheurs des universités de Düsseldorf et Reading ont préféré se pencher sur les statistiques des 257 joueurs de Bundesliga et de Serie A infectés par le Covid-19 avant juillet 2021. Leurs résultats sont moins optimistes.

Les joueurs touchés observent en effet une baisse durable dans leurs statistiques: six mois après leur contamination, leur indice de performance dans le secteur des passes, par exemple, reste encore en retrait d'environ 5% par rapport à leurs standards pré-Covid.

Les chercheurs remarquent par ailleurs des effets plus importants pour les joueurs de plus de 30 ans, et, plus inquiétant, des conséquences également collectives: les équipes comptant le plus de joueurs guéris du Covid «performent» moins bien que leurs concurrentes.

«Jusque-là, les résultats suggèrent une altération permanente dans les capacités du joueur», estime pour l'AFP James Reade, directeur du département d'économie de l'université de Reading et co-auteur de l'étude.

Avec quelques bémols, néanmoins: «la majorité des joueurs n'avait pas été vaccinée» au moment de l'étude et «cela reste un facteur complexifiant», tempère cet universitaire.

Autre inconnue, les effets différenciés des variants: «Avec le variant Delta, les joueurs étaient souvent +KO+ pendant quelques jours, mais revenaient ensuite étonnamment rapidement», a remarqué Nicolas Dyon.

Le Dr Ohrant prolonge: «On ne peut plus parler d'Omicron de la même façon qu'on parlait des premières contaminations, beaucoup plus méchantes. Aujourd'hui, la plupart des joueurs n'a quasiment aucun symptôme.»