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Les «hinchas» argentins, déjà sacrés dans les tribunes ?
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«On les a rendus fous»

Les «hinchas» argentins, déjà sacrés dans les tribunes ?

Lors de ce Mondial, l'Argentine domine aussi dans les tribunes.

Lors de ce Mondial, l'Argentine domine aussi dans les tribunes.

KEYSTONE

Les «banderazos», ces rassemblements géants entre drapeaux et barbecues, les chants incessants, slogans moqueurs, sifflets étouffant les rivaux : détestés ou fascinants, les «hinchas» (supporters) argentins ont écrasé la concurrence au Mondial-2026, comme au Qatar-2022. Doubles champions en tribunes, en attendant le verdict du terrain.

AFP

AFP

18.07.2026, 07:38•18.07.2026, 07:45

Les images et sons affluent à l'heure de décrire l'omniprésence des supporters argentins au Mondial: des chansons fétiches -«la cuarta estrella»-, au duel de décibels gagné face aux Anglais. Ou la banderole «Malouines argentines» qu'un groupe de fans a réussi à faire entrer au stade et qu'ont récupérée les joueurs.

A chaque match, la hinchada argentine a régné sur l'ambiance, remporté le rapport de force, bien plus nombreux et bruyants que les supporters adverses. C’était écrasant contre la Suisse en quart de finale, encore incontestable face aux Anglais, pourtant réputés pour voyager en masse.

«En tribune, on les a dominés du début à la fin, on les a rendus fous. Il n'y a pas eu une seconde où on n’était pas en train de chanter», confiait à l'AFP Christian Crivelli, 34 ans, en route pour New York, où pourtant il ne pourra s'offrir une place en finale. Mais il était à Atlanta face aux Anglais. «C'est là où il fallait tout donner pour être. Je n'ai jamais pleuré autant à un match !»

Cette ferveur envahissante a détonné d'autant plus, à ce Mondial aux Etats-Unis, qu'une grande partie du public est composée de citoyens américains surtout venus acclamer les stars du «soccer», tels Ronaldo et Mbappé.

D'où parfois des matches sans grande ambiance, même un sommet tel Espagne-Portugal. Où le public s’est réveillé par à-coups lorsque le visage de Ronaldo, ou d’une star de la NFL présente au stade, s’affichait sur les écrans géants.

Un tournant au Brésil

Mais il n'en a pas toujours été ainsi dans le sillage de l'Albiceleste, souligne Diego Murzi, sociologue du sport à Buenos Aires. Historiquement, les supporters de clubs - où là, il y a un ancrage farouche - suivaient assez peu la sélection. Ou la suivaient via la «barra» (groupe ultra) de tel ou tel club, quand elle pouvait s'organiser.

Il y a un «avant» et un «après» Mondial-2014 au Brésil proche, où pour la première fois les Argentins ont pu voyager par dizaines de milliers. L'Albiceleste, méritante, a atteint sa première finale en 24 ans, s'inclinant de justesse contre l'Allemagne (1-0 a.p.)

«Au Brésil, ce qui a changé, c’est que les supporters argentins ont apporté cette idée de l'+aguante+ (soutien actif et fidèle), de l'invasion du territoire rival, la démonstration de force festive, massive», à un Mondial, souligne Murzi.

Tournoi marquant du point de vue argentin, avec en plus la jouissance de railler, chez lui, le grand rival brésilien atomisé 7-1 par l'Allemagne en demi-finale, avec ce chant devenu emblématique: «Brasil, decime que se siente» (Brésil, dis-moi ce que ça fait...)

Ceci a explosé depuis, avec les réseaux sociaux, l'intelligence artificielle, qui rend plus facile qu'avant de détourner, rephraser un air connu. Qui peut accrocher, devenir viral, et enrichir un répertoire de chants. C'était «Muchachos» au Qatar-2022, cette fois «La cuarta estrella»: «pour les Malouines, pour Diego, pour la dernière de Leo...»

«Dimension de carnaval»

Et depuis le Qatar, on a une bonne organisation, relève Crivelli. «On s'arrange pour que quiconque voyage ait un lien, une connexion avec le reste, qu’on aille ensemble dans les mêmes directions. On a déjà fait sept banderazos.»

La ferveur des hinchas argentins est même... primée: véritable célébrité, Carlos «Tula» Pascual  (décédé en 2024) et sa grosse caisse emblématique, vétéran de trois sacres de l'Albiceleste, avait reçu aux «Fifa the Best 2022», le «Prix des Supporters», au nom des supporters argentins. Pour avoir, selon les termes de l'instance, «captivé le monde entier» au Qatar, «créant une ambiance chaleureuse et colorée» et apportant un «supplément d'énergie» à leur équipe.

Pourquoi tant de ferveur ? Les Argentins aiment volontiers se décrire par nature passionnés, festifs, «compañeros» (sens de la camaraderie, du collectif).

Sans s'aventurer sur le stéréotype, Murzi note dans le phénomène hincha «quelque chose qui relève de la dimension carnavalesque, un héritage qui fait de l'Argentine un lieu de mobilisation populaire permanente, pas seulement dans le football, aussi en politique» --avec d'innombrables mobilisations de rue, mi-revendicatives, mi-festives.

«Pour la finale, beaucoup d’entre nous vont rester dehors, à cause du prix, pour certains ça représente des années de boulot. Mais d'une façon ou d’une autre, on est ici, on tient, et  (samedi) au banderazo de Times Square, on va tout donner», promet Crivelli.

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