Ils auraient pu acheter un immeuble, voire deux, mais à la place, ils ont à eux deux assisté à toutes les finales de Coupe du monde, d'Euro et de Ligue des champions des trente dernières années. Rencontre avec deux fous de foot.
En rentrant le 20 mai dernier à notre hôtel de Bilbao après avoir découvert le mythique San Mamés à la veille de la finale de l'Europa League, mon collègue Marco et moi ne nous attendions pas à prendre une seconde claque. Elle est pourtant survenue dans le hall de l'établissement, au détour d'une conversation engagée avec deux autres clients, venus tout droit du Plat Pays - leur accent ne laissait aucun doute.
Très vite, nous avons compris qu'avec Victor et Gaetano nous étions tombés sur deux spécimens rares. Des amoureux du ballon rond, nous en avions déjà croisés un paquet de par notre travail chez blue Sport, mais des «dingues de foot», pour reprendre les termes de Victor Pignon lui-même, jamais à ce point-là.
Un CV footballistique hors norme
«Dingues», le Belge ne pouvait en effet pas mieux dire. Car le sexagénaire n'a, tout comme son compère Gaetano Italiano, à une exception près pour le second nommé, manqué aucune finale d'un Euro ou d'une Coupe du monde depuis… 1982 !
Et ce n'est pas tout : «Depuis 2010 et une invitation de Gaetano, j'assiste également à toutes les finales de la Ligue des champions et depuis trois ans je fais les finales d'Europa et de Conference League. Et puis je suis également socio du Barça, donc tous les quinze jours plus ou moins, je suis en Catalogne. Et je suis encore abonné à Anderlecht», complète le Salmien de 61 ans.
29 finales de C1 consécutives
Vous l'aurez donc compris, Victor et Gaetano étaient à Munich le 31 mai dernier pour la finale de la Ligue des champions, la 29e consécutive pour l'Italien et ce, malgré une première expérience traumatisante.
«C'était à Bruxelles, au Heysel, en 1985. En tant que Juventino vivant en Belgique, j'étais allé voir la finale de la Ligue des champions (ndlr : Coupe des clubs champions à l'époque) entre la Juve et Liverpool. Quand les incidents ont éclaté, on a eu avec mon frère la chance de pouvoir sortir parmi les premiers de la tribune Z. Le drapeau qui était accroché au grillage, celui que les Anglais ont arraché, c'était celui que ma maman avait confectionné...», se remémore le sexagénaire italien.
De véritables globe-trotters
Du Japon au Brésil, en passant par Bilbao, Lisbonne ou encore Londres, les deux amis, qui se sont rencontrés en 2008, ont sillonné le monde et écumé les villes d'Europe. Et cela sans jamais rencontrer le moindre souci, même dans les contextes les plus chauds, tient à préciser Victor Pignon. «Car il faut savoir que lorsqu'on va voir un match, on n'arrive pas dans la ville où il se tient le matin même pour repartir le lendemain. On a des boulots qui nous offrent une certaine flexibilité donc on part toujours deux ou trois jours avant le match pour visiter la ville, voire la région, et on reste parfois même après», dévoile l'entrepreneur belge.
«Quand j'avais 18 ans, une cliente mariée à un dirigeant de foot et à qui j'avais confié ma passion pour le ballon rond m'avait dit : ‹Tu verras, le foot te fera découvrir la géographie et l'histoire›. Et bien elle avait vu juste : je suis allé partout», se réjouit Gaetano.
Une passion donc gourmande en temps… et en argent. «Ma femme me dit souvent qu'avec tous les voyages que j'ai faits pour le foot, j'aurais pu acheter un immeuble entier», sourit l'Italien, aujourd'hui retourné au pays, pour y ouvrir un B&B en Sicile. «C'est terrible cette passion que l'on a pour le foot… Mais les émotions que l'on vit dans un stade, c'est comme une drogue», justifie Victor.
Un musée dans ses caves
De ses voyages, ce dernier ne revient jamais les mains vides. Le Belge a donc créé un... «petit» musée dans ses caves. Cinq pièces, excusez du peu, entièrement dédiées à sa passion, où ses amis peuvent déambuler comme dans un temple du souvenir. A titre d'exemple, chaque finale de Coupe du monde à laquelle il a assisté dispose de son armoire. À l'intérieur : les maillots des deux finalistes, son billet du match, le ballon de la compétition, des gadgets en tout genre ainsi que des albums photos. «Je suis un peu collectionneur», nous glissera-t-il. C'est un euphémisme.
«Pour vous dire à quel point je suis fanatique, quand je pars en vacances avec ma famille, je regarde toujours s'il n'y a pas un match dans les environs. Et s'il n'y en a pas, je fais la tournée des stades du coin», sourit Victor. Avant de poursuivre : «Avec un ami, on avait imaginé créer un immense mât, avec des plaques minéralogiques indiquant les noms des stades que j'ai visités et leur distance depuis chez moi. Mais un seul mât ne suffira peut-être pas...».
D'autant que leur passion n'est visiblement pas près de se tarir. Les deux «dingos» planchent déjà sur leurs prochaines escales footballistiques.
Leur meilleur souvenir...
- Gaetano Italiano : «Mon meilleur souvenir, c'est sans hésiter la demi-finale Allemagne-Italie à Dortmund en 2006. C'était une ambiance de folie, c'était chaud. Dans la tribune où on était avec un ami, à l'exception d'un Japonais qui était assis à côté de nous, nous étions entourés d'Allemands. Ils criaient ‹Berlin, Berlin›, ils se voyaient déjà en finale. Et là, on arrive et on gagne. Quand Grosso a marqué pour l'Italie, le Japonais nous a embrassés, il était aussi fou que nous. On était tellement heureux.»
- Victor Pignon : «Tous les matches auxquels j'assiste sont de bons souvenirs, mais j'ai vécu une expérience d'un mois assez folle au Qatar en 2022 à l'occasion de la Coupe du monde. L'organisation, l'atmosphère, le scénario de la finale… tout était exceptionnel. Et comme je suis supporter du Barça, fatalement je suis aussi fan de Messi donc le voir triompher avec l'Argentine, c'était l'apothéose.»
Et le pire...
- Victor Pignon : «Mon plus mauvais souvenir en tant que supporter, c'est sans conteste la demi-finale de la Coupe du monde 2018 à Saint-Pétersbourg, quand la Belgique, et sa soi-disant génération dorée, a été éliminée par la France. On était je pense 2'500 Belges et je peux vous dire qu'on était très, mais alors très déçus, car on se voyait en finale où, on aurait je pense facilement pu remplacer la France car la Croatie était à bout de souffle.»
- Gaetano Italiano : «Pour moi, c'est le 3 juillet 1990 à Naples. Demi-finale de Coupe du monde, Argentine-Italie. L'atmosphère était assez étrange car l'Italie affrontait Maradona, donc les supporters napolitains étaient un peu partagés. Et on perd. J'étais anéanti, surtout qu'on allait assister à la finale. J'espérais tellement voir l'Italie en finale à Rome.»
Le joueur qui les a le plus impressionnés…
- Victor Pignon : «Je reviens toujours à Barcelone et à l'Argentine, mais c'est Lionel Messi, que j'ai eu l'occasion de voir jouer à de nombreuses reprises et qui est un véritable phénomène. C'est une star qui est toujours restée modeste et je pense que c'est vraiment un exemple à suivre. Et maintenant on a à Barcelone la pépite Lamine Yamal, qui est en train d'exploser. S'il est bien encadré, ce garçon va devenir la future grande star.»
- Gaetano Italiano : «Moi, j'ai adoré Maradona. Il gagnait un match à lui tout seul. A Naples, il a fait ce que personne n'a fait. S'il avait eu l'hygiène de vie de Messi... Et puis je vais être un peu chauvin, mais Baggio et Totti, c'était très fort. Et enfin, un autre joueur exceptionnel qui me plaisait et que j'ai vu grandir, c'était Ronaldo, le Brésilien.»