«Diego sentait mauvais» Premier procès Maradona avorté : entre larmes, dégoût et scandale

Gregoire Galley

14.4.2026

Les larmes des filles du joueur, un cadre de convalescence à peine salubre, l'épisode insolite de la «juge actrice»: le premier procès sur la mort de Diego Maradona, avorté en mai 2025, a laissé des images fortes, tour à tour émouvantes et rocambolesques.

Le premier procès sur la mort de Diego Maradona, avorté en mai 2025, a laissé des images fortes.
Le premier procès sur la mort de Diego Maradona, avorté en mai 2025, a laissé des images fortes.
ats

Agence France-Presse

L'icône du football argentin est décédée à 60 ans, le 25 novembre 2020, d'une crise cardiorespiratoire et d'un œdème pulmonaire, après des heures d'agonie sur son lit d'une résidence privée de Tigre, au nord de Buenos Aires, où il était en convalescence après une neurochirurgie.

Voici le rappel de quelques moments-clefs du «procès 1», avant le nouveau procès, mardi, des membres de l'équipe médicale.

L'odeur, le dénuement

Proches, médecins, témoins ont décrit à la barre l'état douteux, au mieux inadapté, de la résidence privée, pourtant plutôt cossue, qui accueillit la convalescence fatale de Maradona.

«Très sale, très en désordre, surtout la chambre. Il n'y avait aucun type d'ordre ou de propreté, même basique, pour accueillir une personne qui venait de se faire opérer», avait déclaré Colin Campbell, un médecin appelé en voisin et accouru à son chevet, avant l'ambulance.

«Là où était Diego, il y avait une odeur de pipi et de caca», témoigna entre deux sanglots Veronica Ojeda, mère d'un de ses enfants, la dernière fois qu'elle l'a vu, deux jours avant sa mort. «Diego sentait mauvais, il n'était pas en bon état».

«Je n'ai pas vu d'éléments médicaux dans la chambre. Pas de sérums qu'il doit, je pense, y avoir lors d'une hospitalisation à domicile», avait témoigné Lucas Farias, un policier entendu. «Ce n'était pas un lit médicalisé, c'était un sommier ordinaire».

«Il n'y avait rien là qui pouvait aider à une réanimation, pas d'oxygène, pas de tubes à oxygène, il n'y avait pas de défibrillateur», avait renchéri Juan Carlos Pinto, docteur arrivé avec l'ambulance. Le «théâtre de l'horreur», résuma le procureur Patricio Ferrari.

Flots de larmes

Dès le premier jour, électrique, du procès, les filles aînées, Dalma et Gianinna, ne purent retenir leur émotion, enfouissant le visage dans leurs mains, quand le procureur Patricio Ferrari créa un électrochoc avec «la» photo.

Face aux juges, il brandit une image de l'idole, mort sur son lit, le ventre atrocement gonflé: «Ainsi est mort Maradona !» lança-t-il. «Qu'ils (l'équipe médicale jugée, ndlr) viennent dire qu'ils n'ont pas perçu ce qui arrivait à Diego !»

A maintes reprises par la suite, l'émotion a de nouveau envahi l'audience: lorsque Gianinna, en une déposition de près de sept heures, sans cesse interrompue par les larmes, dit son sentiment d'avoir été sous-informée, tenue à l'écart, moquée même, par l'équipe de soignants.

A présent «je crois que ce fut une mise en scène, une pièce de théâtre qu'ils (l'équipe médicale) nous ont montée, pour poursuivre ce qu'ils voulaient, maintenir papa seul».

Larmes encore, de Dalma, quand elle dit avoir cru initialement les assurances d'une «hospitalisation à domicile sérieuse (...). ils nous ont trompés. Avec le recul, on aurait dû décider» d'une convalescence en clinique.

La docu-série du scandale

Au bout de deux mois et demi de procès et plus de 20 journées d'audience, la révélation qu'une des trois juges, Julieta Makintach, collaborait à une mini-série documentaire, dont elle était la protagoniste-clef, avait déclenché un tollé.

Des images de vidéo-surveillance avaient filtré dans la presse, montrant l'élégante magistrate de 47 ans, filmée par une équipe de production, le dimanche avant le procès, dans le tribunal désert.

La bande-annonce stylisée fut même par la suite projetée à une salle d'audience incrédule. «Une mort. Une idole. Une juge. Un procès», promettait la production en six épisodes de 30 minutes, intitulée «Justice divine» (référence au «Dieu» Maradona).

«Désastre judiciaire», «Risée du monde», «Justice bananière»... les parties, aussi bien la défense que le parquet, avaient réclamé la nullité du procès. La juge Makintach, elle, avoua regretter l"impact institutionnel et social" de son erreur. Elle a depuis été radiée. Et il aura fallu près d'un an avant qu'un nouveau procès s'ouvre.