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Le FC Thoune entame samedi soir la défense de son titre en Super League.
KEYSTONE
Promu en 2025, champion en 2026: Thoune incarne un véritable conte de fées footballistique. Dans l'Oberland bernois, on a toujours le droit de rêver. Mais les dirigeants sont conscients que cette saison, celle de la confirmation, s'annonce difficile.
«Génial! Génial!», s'écrie l'un d'eux dans le micro. «J'ai l'impression qu'une fleur s'épanouit en moi», ajoute un autre. Les supporters présents à l'Arena de Thoune en ce 3 mai 2026 ont du mal à croire à leur bonheur: 128 ans après la création du club, le FC Thoune est champion de Suisse pour la première fois. Et ce, seulement un an après sa promotion en Super League.
L'histoire de ce petit club de l'Oberland bernois est le plus beau conte de fées du football suisse, un conte qui a fait la une des journaux bien au-delà des frontières nationales. Près de trois mois se sont écoulés depuis les célébrations. Dans la région, on n'a pas encore vraiment pris la mesure de cet exploit.
«Ça semble toujours aussi irréel», lâche ainsi le président Andres Gerber. «Je ressens ça presque tous les jours: quand je vois un classement, que je reçois un e-mail ou que j'entends un commentaire dans la rue, je me dis ‹oui, c'est vrai, nous sommes champions de Suisse›. Tout le monde à Thoune est fier du club. Mais j'ai l'impression que nous sommes tous un peu dépassés par la situation.»
Andres Gerber est l'un des artisans du succès du FC Thoune. Il est au club depuis 24 ans. En 2009, il est passé en douceur du statut de joueur à celui de directeur sportif, et depuis avril 2021, il est président du conseil d'administration.
En tant que joueur et dirigeant, Gerber a connu des hauts et des bas avec son club de cœur. En 2005, il a vécu une qualification sensationnelle pour la Ligue des champions, et a joué contre Arsenal dans le vénérable stade de Highbury.
Trois ans plus tard, il a connu la relégation en Challenge League, avant de remonter en Super League en 2010 en tant que directeur sportif. L'entraîneur de l'époque: Murat Yakin. Gerber entretient toujours des contacts sporadiques avec l'actuel sélectionneur de la Suisse: «Je lui ai écrit avant la Coupe du monde: si Thoune peut devenir champion de Suisse, alors vous pouvez le faire...»
Dans l'Oberland bernois, on a commencé à rêver très tôt la saison dernière. Alors que d'autres ne cessaient d'évoquer l'effondrement de Thoune après un début prometteur, les dirigeants ont très vite parlé d'un éventuel titre de champion.
Malgré toute son humilité, le club ne se sous-estime pas. Il entend conserver son rôle d'outsider ambitieux, même après ce titre de champion. «Je ne veux pas que cela passe pour de l'arrogance ou de la folie. Mais je ne veux pas exclure la possibilité que nous devenions à nouveau champions de Suisse», déclare-t-il. Il faut laisser cette idée germer, y croire. «Sinon, nous ne serions pas devenus champions la saison dernière non plus.»
Dans le même temps, le quinquagénaire souligne que le simple fait d'atteindre le top 6 pourrait déjà être considéré comme un succès. «Dans ce cas, on n'a pas à craindre la relégation et on joue pour une place européenne. En même temps, ce n'est pas la fin du monde si on n'atteint pas cet objectif. Nos ambitions n'ont pas changé, même après le titre de champion», précise-t-il.
L'équipe n'est plus la même que lors de la saison du titre. De nombreux joueurs clés ont saisi leur chance et sont partis. Le meilleur buteur, Elmin Rastoder, a rejoint le Panathinaïkos à Athènes. Ethan Meichtry, 20 ans, tente l'aventure en Serie A avec le Genoa. Kastriot Imeri (Young Boys) et Noah Rupp (Karlsruhe), qui étaient prêtés, sont retournés dans leur club d'origine. «Tout cela est compréhensible et légitime», commente Gerber.
Des mots qui ne lui viennent pas à l'esprit en évoquant le transfert de Leonardo Bertone au FC Lucerne. Diplomate, il déclare: «Cela n'a aucun sens pour nous de retenir des joueurs à tout prix simplement parce qu'ils ont encore un contrat.» L'énergie négative au sein d'un groupe est dangereuse. L'esprit d'équipe l'emporte sur la qualité. A Thoune, on en est convaincu. Et ce ne sont pas des paroles en l'air, comme le prouve un coup d'œil à la vitrine des trophées.
Andres Gerber et le directeur sportif Dominik Albrecht, autre pilier, n'ont pas eu beaucoup de temps pour fêter ce titre. Peu après les célébrations, l'entraîneur Mauro Lustrinelli a fait part de son souhait de partir. «Au niveau du timing, ça a été un coup de tonnerre qui nous a immédiatement ramenés à la réalité», explique Gerber, dont la relation avec Lustrinelli allait bien au-delà de celle entre un président et un coach. «Avec Mauro, c'est aussi un bon ami qui est parti.» Mais «c'était tout à fait légitime, même si cela a été extrêmement douloureux sur le plan émotionnel.»
En la personne de Gian-Luca Privitelli, les dirigeants de Thoune ont sorti de leur chapeau un entraîneur auquel presque personne, en dehors de l'Oberland bernois, ne s'attendait. «Son nom nous trottait toujours dans la tête», explique Gerber, qui connaît depuis longtemps ce Bernois de 48 ans aux racines italiennes.
De 2018 à 2021, Privitelli a occupé les fonctions d'entraîneur des M21 puis des M18 à Thoune, avant de rejoindre le FC Bâle en tant que responsable de la formation et, plus récemment, d'entraîner l'équipe de Suisse M20 pendant un peu plus de deux ans. Avec lui, ce n'est pas seulement «un bon ami» qui revient, comme le décrit Gerber, mais quelqu'un qui correspond parfaitement au profil recherché et qui est capable de faire progresser les jeunes joueurs.
Thoune poursuit sans faiblir sur sa voie. Plutôt que de miser sur de grands noms, le club privilégie les relations humaines, la connaissance du football et l'intuition. Les recettes issues des transferts n'ont pas été investies dans des recrues coûteuses. A la place, le club a recruté des joueurs à fort potentiel provenant d'YB, d'Aarau, de la 2e division autrichienne ou du Danemark.
«Il y aura encore des changements dans l'effectif, le mercato est encore ouvert pour longtemps», souligne Gerber. «Domi a mené de nombreuses discussions et négociations ces dernières semaines, qui sont parfois restées sans suite. Cela fait partie du jeu. C'est pourquoi il est si important que nous fassions notre travail sans nous laisser influencer par les attentes accrues de l'extérieur. Nous nous inquiétons rarement lorsqu'un transfert ne se concrétise pas.»
Samedi, le champion de Suisse entamera la nouvelle saison de Super League à Lucerne, entre deux rêves de Ligue des champions. Les romantiques espèrent que l'histoire du petit FC Thoune connaîtra une suite digne d'un conte de fées dans le monde surcommercialisé du football.