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Amir Abrashi est une figure emblématique de GC.
KEYSTONE
Amir Abrashi est une figure emblématique de Grasshopper. De retour au club en 2021, le joueur de 36 ans s'apprête à disputer sa douzième saison de Super League. À l'approche du coup d'envoi de la saison, il évoque les bouleversements récents, les moments difficiles des dernières années et la saison à venir pour les Sauterelles.
Amir Abrashi, vous avez longuement hésité avant de décider si vous alliez poursuivre votre carrière de joueur. Qu’est-ce qui vous passait par la tête?
«Ces trois dernières années ont été très dures. On oublie parfois qu’on a encore une famille et une vie. Pendant un certain temps, je pensais que tout tournait autour du football, autour de GC, et c’était tout. Mais mon entourage en souffre aussi. Ma femme a remarqué à quel point la pression était énorme en fin de saison. Les matches étaient éprouvants et, à un moment donné, j’étais même absent à la maison. Je me suis demandé si c’était encore une bonne chose pour l’avenir. D’autant plus que je suis devenu papa pour la première fois il y a deux mois.»
Qu’est-ce qui vous a convaincu de continuer?
«Les personnes qui sont venues. Surtout Ludo (Ludovic Deléchat, le nouveau président du conseil d’administration de GC, ndlr.) et notre nouveau PDG, Richard Feuz, ont joué un rôle déterminant. Ce sont des gens bien, qui dégagent une bonne énergie. Nous sommes la priorité absolue des propriétaires. Nous pouvons communiquer ouvertement et honnêtement les uns avec les autres, ce qui ne va pas de soi.»
Cette bonne ambiance faisait-elle défaut par le passé?
«Avec les propriétaires de Los Angeles, la situation était différente. Le président était aux États-Unis, il est désormais à Zurich. Cela fait une différence. Mais nous devons également être reconnaissants envers les anciens propriétaires. Ils ont beaucoup fait pour le club.»
Quels sont vos objectifs pour la saison à venir?
«Je n’en dirai pas plus à ce sujet. Après le barrage contre Thoune en 2024, j’avais déclaré que je ne voulais plus participer aux barrages de relégation. Un an plus tard, nous y étions de nouveau, et j’étais convaincu que cela ne nous arriverait plus. Or, nous avons disputé le barrage pour la troisième fois. Quels arguments me reste-t-il donc pour définir un objectif? Nous voulons prendre les choses semaine après semaine et engranger le plus de points possible. Nous ne devons plus rêver, nous devons d’abord tenir nos promesses. Mais nous mettrons tout en œuvre pour voir davantage de visages souriants parmi les supporters.»
Vous évoquez les supporters. Après la victoire lors du match retour des barrages, la tribune a brandi une banderole sur laquelle on pouvait lire: «On renouvelle notre abonnement pour la saison prochaine? Vous n’avez pourtant pas participé à celle-ci!» Pouvez-vous comprendre cette frustration?
«J’ai dû rire jaune quand j’ai vu ça. On a fait n’importe quoi l’année dernière. On ne peut pas s’attendre à ce qu’ils se réjouissent simplement parce qu’on a évité la relégation pour la troisième fois.»
Que se serait-il passé si GC avait été relégué?
«J’aurais été anéanti. Une relégation m’aurait tué. Le lendemain du maintien, j’étais à Zurich et j’ai dit à ma femme: «Je crois que je ne serais pas là si nous avions été relégués.» Ça aurait été la défaite de ma carrière, de ma vie. J’avais une immense crainte face à cette perspective. Les émotions remontent déjà à la surface. Il faut que nous gardions le positif de ce dernier match.»
Avez-vous réussi à le faire jusqu’à présent?
«Le premier jour de reprise de l’entraînement, tout le monde ne faisait que rire. Il n’a pas été facile de digérer cette saison, mais pouvoir m’entraîner à nouveau pour la Super League, ça compte beaucoup pour moi.»
Le fait que GC dispose, en la personne de Peter Zeidler, d’un entraîneur qui connaît la Super League sur le bout des doigts est sans doute d’une grande aide.
«Peter Zeidler a déjà joué un rôle déterminant dans le maintien du club. Il faut du courage pour rejoindre un club dans une telle situation. Si nous avions été relégués et que nous n’avions pas réussi à remonter immédiatement, cela n’aurait pas été facile non plus pour sa carrière. Il a pris beaucoup de risques, ce que tout le monde ne ferait pas. Lui aussi estime que nous sommes sur la bonne voie, mais que nous devons encore améliorer certains détails. Ce ne sera pas une saison facile, mais une saison difficile. Il faudra se battre dès le début, sinon nous n’aurons aucune chance.»
Vous aidez les joueurs sur le terrain. Qu’est-ce qui est important pour réussir?
«La direction du club, l’entraîneur, les joueurs, les supporters: tout cela doit former un tout cohérent. Nous devons tous tirer dans le même sens. Grasshopper a un poids, ce maillot doit retrouver son prestige. Ce n’est pas une évidence de jouer ici. De plus, les joueurs qui arrivent doivent aussi avoir le bon caractère. Au final, c’est plus efficace quand un joueur s’intègre bien dans l’équipe. Si l’on recrute un immense talent qui ne pense qu’à lui-même, cela peut détruire l’équipe. C’est d’ailleurs ce que j’ai dit aux nouveaux propriétaires, par exemple.»
Vous avez dit tout à l’heure qu’il ne fallait plus se faire d’illusions. La saison dernière a pourtant montré à quel point la Super League est imprévisible.
«Chez certaines équipes, on sent qu’il n’y a pas d’esprit de famille. Je ne veux offenser personne. Mais à Thoune, par exemple? Là, on sentait qu’ils formaient une famille. Pendant des années, ils ont bien travaillé ensemble. Grâce à un bon début de saison, l’euphorie a soudainement atteint des sommets. Tout marchait. C’est ça, la Super League. En principe, c’est toujours 50/50. C’est sur ces derniers pourcents qu’on fait la différence.»