Mondial de hockey Le «rouleau compresseur» suisse a dompté une bête noire blessée

Nicolas Larchevêque, à Zurich

29.5.2026

Auteure d’une nouvelle performance collective de choix, l’équipe de Suisse de hockey sur glace a enfin vaincu le signe indien (ou plutôt suédois) jeudi soir à Zurich en battant (3-1) une formation scandinave méconnaissable en quarts de finale du Mondial. Voici les trois points à retenir de cette victoire historique, qui ouvre à la sélection de Jan Cadieux les portes du dernier carré.

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On a aimé...

... la réaction suisse après une entame compliquée. On ne cesse de le répéter depuis le début de ce Mondial : cette Suisse-là respire la sérénité. Elle l’a prouvé une nouvelle fois jeudi soir face à la Suède (3-1), qui a pourtant rapidement ouvert le score et qui aurait pu profiter d’une tournure des événements en sa faveur dans le premier tiers.

En effet, tout a semblé aller contre la troupe de Jan Cadieux dans les 20 minutes initiales. Après un départ maîtrisé, elle a concédé à la 7e minute le 1-0, signé Linus Karlsson, contre le cours du jeu et sur son seul oubli défensif de la soirée, se retrouvant ainsi menée pour la... première fois du tournoi ! À peine 25 secondes plus tard, elle a subi un second coup du sort en voyant son défenseur Dean Kukan être renvoyé au vestiaire prématurément pour un «cross-check» au visage d’Ivar Stenberg. Et à la 12e minute, elle a même encaissé le 2-0 avant que celui soit annulé, Simon Holmström poussant la rondelle au fond des filets avec l’aide du patin.

Mais malgré ces circonstances contre eux, Roman Josi et ses coéquipiers ont laissé passer l’orage, sans céder à la panique, comme à leur habitude depuis maintenant deux semaines. Une fois la tempête scandinave passée, le capitaine bernois, exemplaire jeudi soir, en a profité pour redonner des couleurs aux siens en égalisant à la 14e. Dès lors, la Suisse n’a plus rien cédé, décrochant enfin la première victoire de son histoire face aux «Tre Kronor» dans une partie à élimination directe dans un Mondial grâce aux réussites de Denis Malgin (33e) et Calvin Thürkauf (37e).

«Depuis le jour 1 de ce championnat du monde, on est dans un train qui roule en avant et aujourd’hui, personne n’a pensé à cette malédiction ou avait peur de jouer ce match. On était confiant et il y avait beaucoup d’excitation pour aller gagner», a expliqué Christoph Bertschy en zone mixte. «Le rouleau compresseur s’est mis en place et c’était parti», a imagé pour sa part Damien Riat. Une attitude a gardé samedi face à la Norvège, et même jusqu’à dimanche soir.

Nos trois étoiles de la rencontre

  • ⭐️ Roman Josi. Le défenseur bernois a tout simplement été génial jeudi soir. Avec un but et deux assistances, le capitaine de la Nati a montré l’exemple face aux «Tre Kronor». Voir un Roman Josi évoluer à ce niveau est un régal pour les yeux.
  • ⭐️ Denis Malgin. Avec ses trois poumons et demi, le génie zurichois a semblé voler sur la glace de la Swiss Life Arena, ses coups de patins dévastateurs prenant à défaut la défense nordique à de nombreuses reprises. C’est lui qui offre le puck de l’égalisation à Josi, avant d’inscrire le 2-1 victorieux au terme d’un joli solo dans la zone adverse.
  • ⭐️ Nico Hischier. La star du Haut-Valais a à nouveau été à la hauteur de son statut. Tant en infériorité qu’en supériorité numérique, le buteur des New Jersey Devils s’est montré décisif. Il a notamment offert sur un plateau le 3-1 à Calvin Thürkauf, auteur aussi d’une solide performance. 

On a moins aimé...

... une Suède méconnaissable. Alors oui, la Suisse a rendu une copie quasi parfaite et semble imprenable quand elle joue de la sorte. Et oui, cette équipe scandinave n’a pas laissé une belle impression lors de son passage à Fribourg durant la phase préliminaire. Mais il faut quand même reconnaître qu’on s’attendait à une plus grande opposition de la part de la deuxième nation la plus médaillée au Mondial (11 en or et 19 tant en argent qu’en bronze), surtout dans un match couperet.

Ses vedettes ont ainsi été transparentes. Les deux pépites de 18 ans que sont Ivar Stenberg et Viggo Björck, attendus pour être repêchés dans les premiers choix de la prochaine Draft en NHL et resplendissants sur la glace de la BCF Arena, ont paru bien empruntées face à cette Suisse plus expérimentée. Il en va de même pour Lucas Raymond, star des Detroit Red Wings et meilleur compteur suédois du Mondial (11 points), très discret (seulement deux tentatives à son actif).

De plus, les Nordiques, qui ont tenté de mettre à mal les Helvètes sur le plan physique, se sont fait avoir à leur propre jeu, s’effaçant petit à petit, au fur et à mesure que les minutes défilaient. «On a su répondre, mettre de l’intensité et de l’engagement», a relevé Riat au micro de blue News.  «Physiquement, on a été à la hauteur, voire supérieurs», a aussi estimé Bertschy. «Nos forces, ce sont la vitesse et l’intensité, mais quand c’est physique, on répond aussi présents.»

Les joueurs suédois se sont alors présentés en zone mixte les mines basses, plusieurs d’entre eux passant devant la presse sans arrêter ou fracassant leur canne de rage. Cette bête noire venue du nord, qui a tant fait souffrir la Suisse et ses supporters par le passé, a quitté jeudi la glace zurichoise blessée et frustrée par certaines décisions arbitrales. Mais pour être tout à fait honnête (et un peu chauvin sur les bords), on ne va, pour une fois, pas vraiment s’en plaindre.

Le facteur X

Les situations spéciales. «On sait à quel point c’est important d’avoir un bon box-play et un bon power-play dans ce championnat. Ça fait la différence et ce soir, on l’a encore vu.» Damien Riat a parfaitement résumé les moments clés de ce quart de finale. 

La Suède a ainsi bénéficié de quatre supériorités numériques («le seul bémol de la soirée», selon le sélectionneur Jan Cadieux), dont une de 5 minutes après la faute de Dean Kukan, sans parvenir à trouver la faille. La Suisse, elle ? Cette dernière n’a eu besoin que d’un petit 5 contre 4 à la mi-match pour assommer son adversaire sur le but de Calvin Thürkauf, admirablement servi par Nico Hischier.

«On joue extrêmement bien à quatre et ça nous donne beaucoup d’énergie. Après la pénalité de 5 minutes, on a pris le match en main», a analysé Bertschy. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : dans cette édition, la Nati présente actuellement tant le meilleur power-play (37,50 % d’efficacité) que le meilleur box-play (94,44 %, ce qui correspond à un seul but encaissé sur 18 situations accordées). Des statistiques affolantes.

Mention spéciale encore aux supporters suisses, qui, comme depuis le coup d’envoi de ce Mondial, ont parfaitement tenu leur rang jeudi soir, dans les bons comme dans les mauvais moments. «Quelle atmosphère ! Depuis le début du tournoi, on a ce septième homme sur la glace, derrière nous. C’est juste incroyable, je crois qu’on ne réalise pas encore l’engouement qu’il y a parce qu’on est dans notre bulle», a avoué l’attaquant du Lausanne HC. Frissons garantis.

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