29.12.2013 - 19:36, Laurent Antonioli, Calgary

Bob Hartley - Interview exclusif

Bob Hartley, champion de Suisse 2012 avec les Lions de Zurich.

 

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Bob Hartley ne sera pas resté bien longtemps en Suisse. Une seule saison. Mais son passage n’est pas passé inaperçu puisqu’il a remporté le titre de champion de Suisse 2012 avec les Lions de Zurich. Quelques mois après ce sacre, l’Ontarien a sauté sur l’occasion de retrouver un banc en NHL en signant la saison dernière avec les Flames de Calgary. Dans l’Alberta, il a comme mission de relancer une franchise qui n’a plus participé aux play-offs depuis 2009.



L’entraînement des Flames de Calgary se termine gentiment. L’un après l’autre, les joueurs quittent la glace pour rejoindre leur vestiaire. Le gardien suisse Reto Berra passe devant nous. Devant la porte du vestiaire où figure le logo du club, soit un grand C rouge avec des…flammes, les journalistes, qui suivent au quotidien l’équipe de l’Alberta, attendent que le chef de presse les autorise à entrer. L’accord est donné et tout le monde se faufile dans le vestiaire. Les caméras et les micros se branchent, les dictaphones sont de sortie et les questions fusent dans tous les sens. Le capitaine Mark Giordano répond à la télévision du site internet. A sa place, Reto Berra discute, lui, avec un représentant d’un journal local. De notre côté, on attend Bob Hartley.

Avec trois vieilles connaissances du hockey helvétique

Comme lorsqu’il était à Zurich, le coach canadien donne beaucoup de sa personne sur la glace. Il parle beaucoup et fait les exercices avec les joueurs. Il est d’ailleurs toujours sur la glace. Il sort maintenant et nous voit. Il nous propose de le suivre dans la partie réservée aux «coaches ». Dans cet office se trouvent son entraîneur de gardien, son responsable vidéo, qui est en train d’étudier le power-play des Canucks de Vancouver, le futur adversaire, et trois vieilles connaissances du hockey helvétique. Parmi ses deux assistants, il y a son fidèle Jacques Cloutier, qui était notamment avec lui lors de son expérience en Suisse, mais aussi Martin Gelinas, l’ancien attaquant de Morges, de Lugano et de Berne. Et enfin Domenico Pittis. A notre grande surprise. L’ancien joueur de Kloten, de Zurich et de Viège a pour mission de faire travailler les joueurs dans plusieurs domaines que ça soit sur le plan physique ou technique, par exemple. Alors que Cloutier discute avec le responsable vidéo afin de préparer au mieux le jeu d’infériorité numérique des Flames, Hartley nous propose de le suivre dans son bureau pour parler.

Bob Hartley, vous êtes resté une saison en Suisse. Que retenez-vous de cette année ?

Bob Hartley : «Ca a été une superbe et très belle aventure. C’était ma première expérience en Europe et j’ai vraiment adoré ça. Le niveau de la ligue suisse m’a agréablement impressionné. Je pensais bien que le hockey n’allait pas être nul, mais j’ai vraiment été surpris par la qualité des joueurs. Le développement des jeunes en Suisse est vraiment exemplaire. Je comprends mieux pourquoi il y a de plus en plus de jeunes Suisses qui viennent jouer dans les différentes ligues d’Amérique du Nord. L’organisation des Lions de Zurich a été aussi exceptionnelle.»

Concernant les ambiances en Suisse ?

BH : «Chaque patinoire a sa particularité et son charme. Les partisans sont incroyables. Ils chantent, font du bruit tout le temps, tout en manipulant des grands drapeaux. Cela crée une atmosphère particulière à chaque match où que vous jouiez. J’ai été surpris aussi au début de voir les visiteurs être rangés dans un secteur prédéfini. Je me souviens aussi d’un match à Ambri où il faisait -25 sur le banc et j’ai vu des supporters de Zurich sans leur t-shirt. Alors que nous on se les gelait. Cela aide l’équipe à être compétitive. C’est sûr que ça pousse les joueurs à la victoire.» 

Et sur le plan humain ?

BH : «C’était la première expérience avec ma femme dans une nouvelle culture. La vie en Suisse est très agréable. La qualité de vie est très bonne. On a adoré. Cela nous a aussi permis de voyager un peu. On a beaucoup bougé en Suisse, mais on est allé également en Italie et en France. Grâce au hockey, j’ai vécu un très grand moment, autant personnel que sportif.» 

Avec votre année passée en Suisse, où voyez-vous les Suisses lors des prochains Jeux olympiques ?

BH : «C’est très difficile à dire. Un tournoi olympique est une compétition très courte. Tellement de choses peuvent arriver. Il faut éviter d’avoir des blessures ou que ton gardien joue mal ou encore que tes situations spéciales ne fonctionnent pas bien. Ce n’est pas comme une saison de 82 matches ici en NHL ou de 50 dans la ligue suisse. Tout peut arriver. Mais, la Suisse progresse. On a qu’à voir le nombre de joueurs suisses qui évoluent en NHL.»

Justement il y a deux Suisses dans l’organisation des Flames de Calgary. Un petit mot tout d’abord sur Reto Berra, qui joue très bien depuis plusieurs matches après avoir commencé la saison en AHL (9 matches avec le Heat d’Abbotsford) ?

BH : «La AHL est la meilleure école au monde. Les voyages sont longs et difficiles. Le calendrier y est exigeant. C’est un endroit idéal pour y faire ces classes. Cela te permet d’avoir la force mentale nécessaire pour ensuite aller en NHL. Cela a permis à Reto de s’habituer aussi aux dimensions des patinoires nord-américaines. Travailler sans pression ses sorties derrière le but et sa façon de jouer devant son filet. Il avait besoin de faire ces ajustements. On voulait vraiment qu’il passe par là, même si dans notre esprit, on savait qu’il reviendrait rapidement à Calgary. Cet apprentissage n’a d’ailleurs pas duré très longtemps.»

Dans quel domaine, l’ancien portier de Bienne et de Davos a-t-il progressé depuis son arrivée ?

BH : «Reto a bien compris qu’il devait mieux utiliser sa grosseur et sa grandeur. Il contrôle nettement mieux aussi ses mouvements. Il est en train d’éliminer des mouvements parasites qu’il avait avant. Il a bien amélioré aussi son jeu avec sa crosse. Il travaille vraiment très bien de jour en jour. Ces performances sont d’ailleurs très bonnes actuellement.»

Et concernant Sven Baertschy, c’est un peu plus compliqué. Vous l’avez d’ailleurs renvoyé dans votre club-école en AHL ?

BH : «Tout d’abord, Sven est nettement plus jeune que Reto. Il n’a que 21 ans, alors que Reto en a 26. C’est un joueur qui manque de présence physique. Il doit d’ailleurs prendre du poids. Il doit aussi grandir dans son jeu. Il doit prendre de meilleures décisions sans la rondelle. Mais c’est un prospect de grande qualité pour les Flames. Il faut être patient avec lui. Il y a très peu de joueurs qui ont fait le saut tout de suite en NHL. Tout le monde n’est pas Crosby. Ce passage en AHL va lui faire du bien et à court ou à long terme, ça sera une bonne chose pour notre organisation.»

Les résultats des Flames de Calgary cette saison sont un peu décevants (13es sur 14 dans la Conférence Ouest), non ?

BH : «C’est vrai que ce n’est pas facile. Mais on est quand même satisfait de ce que l’on produit à chaque sortie. On arrive à «compétitioner » lors de chaque match. On veut montrer à nos jeunes qu’on n’accepte pas ici la moindre défaite. Lors de chaque partie, nous demandons une performance maximale. Qu’on gagne ou qu’on perd.»

C’est une franchise qui n’a plus gagné de Coupe Stanley depuis 1989 et qui n’a plus participé au play-off depuis quatre saisons. Ressentez-vous de la pression sur vos épaules ?

BH : «Non, car nous sommes en pleine reconstruction. C’est la première année d’un projet. On est là pour travailler avec des jeunes joueurs. Mais ces jeunes doivent comprendre qu’ils doivent mériter leur temps de glace. Je ne veux pas travailler sur du long terme en perdant tous les matches. Cette reconstruction passe par une culture du travail au quotidien. Nous sommes sur le bon chemin. Le public a bien compris dans quel sens nous allons, puisque, malgré les défaites, la patinoire est pleine à chaque rencontre. Les gens apprécient nos efforts. Mais c’est certain que nous aimerions gagner plus de matches. Mais je savais où je mettais les pieds en signant à Calgary.»

Laurent Antonioli, Calgary

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