De plus en plus de détails concernant l'«affaire Fischer» émergent au lendemain de son licenciement. Le sujet dépasse largement le cadre du sport et suscite de vives réactions à travers la Suisse.
Mercredi soir, l'ère Patrick Fischer à la tête de l'équipe de Suisse de hockey sur glace a pris fin brutalement. Un certificat Covid falsifié, qu'il avait acheté en 2021 via la messagerie Telegram et utilisé pour se rendre aux Jeux olympiques en Chine, lui a été fatal. Mais si l'affaire éclate aujourd'hui, presque trois ans après qu'il a été condamné pénalement à une amende pour faux dans les titres, il ne peut s'en prendre qu'à lui-même.
Peu après l'annonce du licenciement, Pascal Schmitz, producteur et présentateur à la SRF depuis 2013, a expliqué le déroulement des événements lors de l'émission alémanique «10 vor 10» Selon lui, une rencontre aurait eu lieu il y a environ un mois dans le cadre d'un portrait du désormais ex-sélectionneur.
Lors de cette rencontre, en présence de Schmitz, d'un autre journaliste de la SRF et du responsable des médias de Swiss Ice Hockey, Fischer aurait évoqué spontanément le certificat Covid falsifié qu'il avait utilisé pour entrer en Chine lors des Jeux olympiques 2022.
Un intérêt public prépondérant
«En tant que journaliste, on doit se demander: que faire de cette information? La laisser de côté ou ne pas manquer à son devoir? Nous avons opté pour la seconde solution», a expliqué Pascal Schmitz.
S'en est suivie une enquête journalistique classique. La SRF a demandé à consulter l'ordonnance pénale au parquet de Lucerne, invoquant un intérêt public prépondérant. «Sur cette base, nous avons ensuite confronté Patrick Fischer avec les faits», précise le journaliste.
C'est pour cette raison que Patrick Fischer et Swiss Ice Hockey ont décidé de rendre l'affaire publique lundi. Mais après l'avoir d'abord soutenu, la Fédération a finalement fait le choix de se séparer de l'entraîneur zougois mercredi soir.
Au lendemain de l'annonce du licenciement, des fractures similaires à celles qui divisaient la population lors de la pandémie de Covid sont réapparues. Des opposants à la vaccination saluent Fischer pour sa position critique envers le vaccin, qu'il a toujours assumée.
Même des politiciens nationaux prennent sa défense. Dans les commentaires des médias en ligne, beaucoup regrettent que le Zougois ne puisse pas conclure dignement sa carrière sur le banc de l'équipe de Suisse lors du championnat du monde à Fribourg et Zurich (15-31 mai). Une pétition en ligne réclame même sa réintégration.
La pression était trop forte
Cela n'arrivera pas. La pression publique, mais aussi celle des institutions et des sponsors, était trop forte. La Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF), entre autres, a ouvert une enquête contre Fischer. Pendant le Mondial, il aurait été sous observation constante et les joueurs auraient eux aussi dû se positionner et répondre aux questions sur le sujet. La distraction aurait été immense.
Patrick Fischer ne méritait sans doute pas cette fin peu glorieuse. Pas seulement en raison des trois médailles d'argent mondiales remportées sous sa direction, mais aussi pour la manière dont il a marqué l'équipe. Il a insufflé une culture et une confiance en soi au sein de la sélection et du hockey suisse qui ont fait plaisir à voir. Les performances des dernières années étaient rafraîchissantes, l'esprit d'équipe remarquable.
Mais le Zougois est le seul responsable de cette fin. Non pas parce qu'il ne s'est pas fait vacciner, mais parce qu'il a cherché une échappatoire illégale pour contourner la vaccination. Il ne s'agissait pas des règles fixées par la Suisse, mais de celles du pays hôte, la Chine, et du Comité international olympique (CIO).
Or, l'esprit d'équipe qu'il exige à juste titre de ses joueurs n'est pas compatible avec le fait que (vraisemblablement) tous les membres de la délégation se fassent vacciner et qu'un seul s'arroge le droit de ne pas respecter les règles. Il aurait été plus cohérent, dans ce cas, de renoncer au voyage.
Un manque de sincérité
Plus grave encore, Fischer n'a pas été honnête, et à plusieurs reprises. À l'époque, il avait publiquement affirmé être vacciné. Et dans ses aveux – finalement involontaires – de lundi, il a tu qu'il avait déjà été condamné auparavant et que l'amende, particulièrement élevée (près de 40 000 francs), s'expliquait aussi par ce passé.
Le fait qu'il ait parlé si librement du certificat falsifié au journaliste de la SRF ne témoigne pas non plus d'une véritable conscience de la faute. Il en va de même pour son refus d'annoncer lui-même sa démission.
Plusieurs questions restent ouvertes. Patrick Fischer a assuré que personne au sein de la fédération n'était au courant de sa faute ni de sa condamnation. Est-ce exact ou son entourage proche dans l'équipe était-il informé? Swiss Ice Hockey doit-elle encore craindre des conséquences de la part de l'IIHF ou du CIO?
Comment cette affaire affectera-t-elle l'équipe: pourrait-il y avoir aussi des divergences d'opinion en son sein? Comment réagiront les supporters lors du Mondial? Il faudra peut-être attendre le mois de mai et le début de ce qui doit être une fête du hockey pour obtenir des réponses.