Julien Sprunger «En tant que Fribourgeois, perdre des finales on sait ce que c'est»

Clara Francey

26.5.2025

Au lendemain de la défaite de l'équipe de Suisse en finale du Championnat du monde de hockey sur glace, la quatrième en 13 ans, le capitaine de Fribourg-Gottéron Julien Sprunger, qui a disputé près de 100 matches sous le maillot rouge à croix blanche, livre son analyse.

Julien Sprunger sous le maillot de Fribourg-Gottéron.
Julien Sprunger sous le maillot de Fribourg-Gottéron.
IMAGO/dieBildmanufaktur

Clara Francey

Julien Sprunger, pour commencer, Fribourg-Gottéron a repris l'entraînement il y a quelques jours. Comment ça se passe ?

«Plutôt bien. On vient d'attaquer la troisième semaine de ces entraînements d'été. Pour l'instant, on ne fait encore que du physique. La préparation ce n'est pas la partie la plus fun de la saison parce qu'il n'y a pas les matches, ni le jeu, c'est de l'entraînement pur, mais c'est essentiel. Personnellement, j'aime bien cette période car c'est l'occasion de s'entraîner avec et donc de découvrir de nouveaux joueurs, et en particulier des jeunes.»

Il y a quelque chose qui s'est en revanche un peu moins bien passé, c'est la finale du Mondial de hockey sur glace pour l'équipe de Suisse, battue en prolongation par les États-Unis (1-0) dimanche soir à Stockholm. Vous qui avez disputé 25 matches de Championnat du monde avec la Nati, par quelles émotions êtes-vous passé ?

«Alors j'étais quand même moins stressé que si ça avait été un match de Gottéron, mais j'étais dans la peau d'un vrai supporter sur mon canapé. Franchement, j'étais hyper confiant avant le début du match, vu leur parcours et ce qu'ils avaient montré jusque-là même si je dois avouer que je n'avais pas regardé tous leurs matches de la phase préliminaire car on mange déjà beaucoup de hockey le reste de l'année (rires).»

«Après le premier tiers, durant lequel les Suisses ont eu une-deux grosses occasions, je me suis dit qu'il y avait vraiment quelque chose à faire. Je les ai trouvés très sereins défensivement. Tout au long du tournoi, ils ont été solides, efficaces derrière, à commencer par Leonardo Genoni, que je connais depuis longtemps et qui est extraordinaire dans les grands moments.»

«Ensuite, les Suisses ont un peu plus subi. Dès le deuxième tiers, les Américains ont pris un léger ascendant et se sont créés les meilleures occasions. Mais tu sais que dans ce genre de matches, il suffit de pas grand-chose : d'un shoot, d'une déviation ou d'un power play, un exercice dans lequel les Suisses s'étaient montrés excellents jusque-là. J'y ai cru jusqu'au bout. Malheureusement, dimanche, c'est la meilleure équipe sur le match qui l'a emporté, même si pour l'ensemble de son tournoi, la Suisse aurait mérité ce titre.»

États-Unis et Mondial sont aussi un mauvais souvenir pour vous, vous qui aviez frôlé le pire le 4 mai 2009 à Berne lorsque l'Américain David Backes vous avait infligé une vilaine charge...

«Non, effectivement, ce n'est pas un très bon souvenir. C'est clair que cette blessure (ndlr : une atteinte aux vertèbres cervicales qui l'avait tenu écarté des patinoires pendant six mois) n'a pas été le moment le plus joyeux de ma carrière. Mais heureusement, ça ne s'est pas terminé là-dessus : j'ai ensuite pu participer aux Jeux olympiques (de Vancouver), rejouer contre l'équipe américaine... Je ne suis pas resté bloqué sur cet épisode.»

Quatrième finale et quatrième défaite donc : la Suisse est-elle le Poulidor du hockey ?

«Non, je ne pense pas. En tant que fribourgeois, des défaites en finale, on en a connues, je pense qu'on en a perdues 4 ou 5 aussi, donc on sait ce que c'est... Mais je préfère voir le positif. Cette fois, la Suisse avait le statut de favorite, ce qui change un peu la donne. On n'a jamais été une nation dominante, mais depuis 10-15 ans, on forme des joueurs qui partent aux Etats-Unis et y brillent et qui reviennent avec fierté en équipe nationale. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'on décroche ce titre mondial. Il faut continuer à bien former, à prendre les bonnes décisions pour le futur du hockey suisse. Cette régularité au plus haut niveau prouve qu'on avance dans la bonne direction.»

Le Mondial 2026 aura lieu à Zurich et Fribourg. Un avantage ou une pression supplémentaire pour l'équipe de Suisse ?

«Je vois surtout du positif. Jouer à domicile, avec une patinoire acquise à ta cause et tout un pays derrière toi, c'est un vrai plus. L'année prochaine sera spéciale car il y aura aussi les JO en février. Il se pourrait donc que certaines nations viennent jouer le Mondial avec des effectifs moins complets, ce qui pourrait être une vraie opportunité pour la Suisse. Mais il ne faut pas oublier d'où on vient : viser le titre, oui, mais sans tomber dans le «tout ou rien». L'important, c'est de continuer à intégrer des jeunes, à régénérer cette équipe et à la garder attractive pour les meilleurs joueurs suisses. Et ça, on le fait bien. En résumé, il faut continuer sur cette lancée.»

Quand vous dites «continuer sur cette lancée», cela inclut-il Patrick Fischer, malgré les trois finales perdues (2018, 2024 et 2025) ?

«C'est toujours difficile de se prononcer. Je l'ai connu comme joueur, pas comme coach, et ce sont deux rôles très différents. Si la volonté de la fédération est de prendre un nouveau virage, de repartir à zéro et de modifier certaines choses alors peut-être qu'un changement d'entraîneur pourrait être positif. Mais si l'objectif reste de viser le sommet, Patrick Fischer a su construire quelque chose de solide depuis plusieurs années. Il parvient à convaincre les meilleurs joueurs de venir en sélection, ce qui n'est pas rien. On peut voir le verre à moitié vide : trois finales, trois défaites. Mais on peut aussi se dire : trois finales en sept ans, ce n'est pas rien pour une nation comme la Suisse. S'il y avait des flops à répétition, la question se poserait différemment.»

Pour terminer, est-ce que depuis dimanche vous avez eu contact avec vos coéquipiers de Fribourg impliqués dans cette finale, à savoir Christoph Bertschy et Sandro Schmid, voire même Andrea Glauser, avec qui vous évoluerez dès la saison prochaine ?

«Alors, j'ai eu contact avec eux avant le match. Je leur ai souhaité bonne chance et surtout de profiter à fond, car disputer une finale de Championnat du monde, ça n'arrive pas tous les jours. Je leur ai dit que j'espérais qu'ils deviennent les premiers champions du monde de l'histoire du hockey suisse et qu'ils écrivent la plus belle page de notre sport. Après le match, en revanche, je les ai laissés tranquilles. Ce sont des moments très chargés en émotions. Je pense qu'ils ont besoin de relâcher un petit peu, d'atterrir et puis on aura l'occasion de les voir tout bientôt chez nous, à Fribourg.»


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