Lars Weibel : "Je me fais du souci pour le hockey suisse"

sfy, ats

18.12.2020 - 14:35

Les clubs suisses luttent pour leur survie. Les coûts d'exploitation doivent diminuer drastiquement. C'est pourquoi l'augmentation du nombre de joueurs étrangers par équipes de quatre à dix est discutée actuellement. Lars Weibel et Patrick Fischer tirent le signal d'alarme.

Directeur des équipes nationales, Lars Weibel tire le signal d'alarme.
Keystone

Pour le directeur de la Ligue professionnelle, Denis Vaucher, le hockey suisse traverse actuellement sa plus grande crise. Certes, les clubs toucheront des sommes d'argent à fonds perdus de la part du Conseil fédéral, qui leur permettront de boucler – on l'espère – normalement la saison. Mais tous les problèmes sont loin d'être résolus. C'est pourquoi les solutions sont recherchées pour réduire les coûts.

La National League, qui s'est éloignée de la Fédération et a fondé sa propre société par actions, discute de diverses mesures dont celle d'augmenter le nombre de joueurs étrangers de quatre à dix sur la feuille de match. L'espoir étant de diminuer de manière importante la masse salariale avec la concurrence plus forte de la part des joueurs étrangers. Tant pour Lars Weibel, le directeur des équipes nationales que pour l'entraîneur national Patrick Fischer, il s'agit d'une vision à court terme.

La question des hauts salaires est pendante depuis longtemps, affirme Fischer dans un entretien avec Keystone-ATS. «On disait déjà qu'ils étaient trop hauts du temps où j'étais joueur. Quand j'ai commencé, un joueur du niveau de l'équipe nationale touchait entre 200'000 et 250'000 francs. Aujourd'hui, ça tourne autour de 800'000 francs. Qui a fait ça ? Est-ce que les jeunes joueurs doivent en souffrir parce que les salaires n'ont pas été maîtrisés ? Ils n'y peuvent rien, ils ne font pas les contrats.» Pour Fischer, il y aurait clairement des meilleures solutions pour baisser les salaires, à savoir établir des règles claires, qui touche combien et rendre publics les salaires comme en NHL.

Weibel complète: «En tant que Fédération, nous ne croyons pas que la spirale des salaires va être freinée avec cette mesure. Dans le pire des cas, cela pourrait être même le contraire.» Weibel pense que les grands clubs ne vont pas se tourner vers les étrangers les moins chers mais les plus banquables. Cela poussera les petits clubs à faire des folies pour rester concurrentiels. «Cela pourrait même déboucher sur une société à deux classes.»

Mais n'est-il pas utile que cette concurrence participe au développement d'un joueur ? Dans la mesure où l'ouverture du marché aurait alors un effet positif. Weibel ne le conçoit pas comme ça: «La concurrence est certainement pas mauvaise. Mais nous ne sommes pas un pays de développement. Le Suisse est plus exigeant qu'auparavant et ne se contente plus de peu. Notre marché est tellement petit que nous devons donner à nos talents le plus de plates-formes possibles pour se mettre en valeur. Sinon la durabilité sera perdue, cela signifie que le produit sera exsangue.»

Effectivement, la tâche des jeunes pour trouver une place en National League serait rendue beaucoup plus difficile avec l'augmentation du nombre de joueurs étrangers. Et ils auraient encore moins de temps glace tant dans les situations spéciales que dans les dernières minutes décisives. «Nous perdrions de la profondeur en équipe nationale», s'en persuade Fischer. «Alors qu'on se retrouvait pratiquement toujours les mêmes sous Ralph Krueger (réd: coach national entre 1998 et 2010), la concurrence est incroyablement grande aujourd'hui.» Les résultats positifs sont là pour témoigner avec les médailles d'argent aux Championnats du monde 2013 et 2018.

Pour Fischer, ce serait une «idée terrible, si je voyais dans un match des Canadiens, des Suédois, des Finlandais, des Slovaques et seulement quelques Suisses.» La question est de savoir aussi si les spectateurs goûteront autant d'étrangers sur la glace. Les partisans de cette solution argumenteront qu'en football, le marché s'est ouvert et que les fans ont suivi. Pour Weibel, la comparaison n'est pas raison: «Le public et le marché ne sont pas comparables en football et en hockey sur glace.»

Que se passerait-il si l'augmentation du nombre d'étrangers était acceptée malgré toutes les alertes ? «Cela nécessitera d'imposer un nombre minimal de jeunes joueurs à aligner sur feuille de match au minimum quatre d'un âge défini, par exemple 22 ans», souligne Fischer.

De son côté, Weibel n'a encore aucun plan B. «Il y a, concernant cette thématique, de nombreux exemples négatifs, qui devraient nous ouvrir les yeux. C'est pourquoi je me fais du souci pour le hockey suisse. Il ne faudrait pas beaucoup pour que nous reculions loin. Nous devrions alors corriger nos objectifs vers le bas. Nous portons toute la responsabilité pour le hockey suisse. Notre produit fonctionne et nous ne devons sous aucune condition miser sur ce choix.»

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