Première femme et première Africaine à la tête du CIO, la Zimbabwéenne Kirsty Coventry a succédé lundi à l'Allemand Thomas Bach au poste le plus prestigieux et teinté de politique du sport mondial.
La cérémonie de transition qui s'est déroulée à la mi-journée à Lausanne a symboliquement fait basculer la présidence du CIO: Thomas Bach a passé la main à la candidate élue le 20 mars en Grèce, qui prendra formellement ses fonctions à minuit.
A seulement 41 ans, la dixième présidente du CIO entame un mandat de huit ans – avec une possible reconduction pour quatre ans – et prévoit de consulter mardi et mercredi la centaine de membres de l'instance pour établir «une nouvelle feuille de route», avant de diriger jusqu'à jeudi sa première commission exécutive.
«Lorsque j'étais une fillette de neuf ans, jamais je n'aurais imaginé que je serais ici devant vous, avec la possibilité de redonner à notre incroyable mouvement (ce qu'il m'a apporté)», avait déclaré en mars la septuple médaillée olympique de natation, après avoir supplanté ses six adversaires dès le premier tour de scrutin.
Se disant «en paix» au moment de partir, Thomas Bach a estimé que les membres du CIO avaient «envoyé un message très fort au monde» en choisissant l'ex-ministre des Sports du Zimbabwe. Entrée à la commission des athlètes en 2013, Coventry est un puissant symbole de la mutation du CIO, club d'aristocrates et de dirigeants occidentaux qui s'est nettement internationalisé et féminisé sous la houlette de Bach.
«Elle reflète la véritable nature mondiale de notre mouvement et son orientation vers la jeunesse», a résumé l'Allemand lors d'une cérémonie de transition empreinte d'une bienveillance mutuelle. «Nous avons une athlète à la tête de l'organisation. C'est une bonne chose», avait d'ailleurs salué le Britannique Sebastian Coe, l'un de ses rivaux, tant Coventry incarne la montée en puissance politique des anciens champions.
Tests de féminité
Sa présidence pourrait être celle «d'une énorme réforme» du soutien financier aux athlètes, «pas seulement aux +Olympiens+ mais à ceux qui veulent le devenir», estime Jean-Loup Chappelet, spécialiste de l'olympisme à l'Université de Lausanne.
Après douze ans de règne, l'ancien champion olympique de fleuret laisse une maison prospère: les futurs pays organisateurs des Jeux olympiques ont été désignés jusqu'en 2034 et l'accord de diffusion avec la chaîne américaine NBC Universal a été sécurisé jusqu'en 2036.
Kirsty Coventry devra néanmoins imposer rapidement sa propre marque, elle qui a mené une campagne discrète – pendant laquelle elle a limité ses déplacements et accouché de sa deuxième fille -, sans avancer de propositions concrètes.
Sa position sera particulièrement scrutée sur la réémergence des tests chromosomiques de genre pour accéder aux compétitions féminines, sous l'impulsion de World Athletics, la fédération internationale d'athlétisme, en mars, puis de la jeune World Boxing, fin mai.